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Numérique et tourisme responsable : même combat !

Publié le 23 février 2022
5 min

Quelle époque mes aïeux, quelle époque. Alors que l’éco-anxiété mine le moral, le marketing vert s’impose en palliatif. Et les actions concrètes ? On verra ça plus tard. 

Pourtant du côté du tourisme responsable, les territoires veulent faire leur part. Et nombreux sont ceux qui entament cette démarche en balayant devant leur porte. Mais dérouler le fil de la pelote responsable est tout aussi passionnant que vertigineux. Et malheureusement parfois désespérant. Ce n’est pas plus simple du côté du numérique. Mais tout n’est pas binaire, essayons d’être pragmatiques. 

Voyage en train
Manarola, Cinque Terre

8 tonnes à perdre

 L’été dernier, l’ADEME a publié le bilan des gaz à effet de serre du tourisme en France. Un rapport de 80 pages extrêmement instructif que vous invite à lire absolument si ce n’est déjà fait . Deux idées ont particulièrement retenu mon attention : 

  • 77% des GES du tourisme en France proviennent de la mobilité ; 
  • 1 voyageur réalisant un aller simple entre Paris et New-York émet à lui seul 2 tonnes équivalent CO2. 

Concrètement, que représentent 2 tonnes ? 

Ce petit outil donne quelques éléments de comparaison :  https://monconvertisseurco2.fr

Que représentent 2 tonnes de CO2 ?
2 tonnes

En matière d’impact carbone il n’y a donc pas photo, le train reste la meilleure solution pour se déplacer et l’avion est la pire. 

Mais 2 tonnes équivalent CO2, c’est aussi le budget carbone maximum que chaque français doit atteindre pour tenir l’objectif des accords de Paris. Actuellement, nous émettons en moyenne individuellement 10 tonnes équivalent CO2 par an. Les chiffres sont connus et le dernier rapport du GIEC est sans équivoque, nous n’avons pas d’autre alternative qu’une mise au régime de nos dépenses en carbone. Je vous évite le détail des conséquences anxiogènes si nous n’y parvenons pas. 

Pourtant comme l’explique très bien Laurence dans son billet, notre cerveau est ainsi fait que la connaissance des impacts négatifs de nos actions n’est pas suffisante pour nous faire agir différemment. Tout cela à cause des biais cognitifs (maudit effet spectateur !). 

Le monde d’après devait être sans avion, mais zut après tout ça fait deux ans qu’on ne peut pas kiffer. L’heure est au revenge travel ! Les micro-aventures ne sont donc pas si cool que ça. Ne me dites pas que c’était juste du marketing pour accepter la contrainte de ne pas pouvoir se déplacer librement durant la période du Covid-19 ? 

Comprendre et agir 

En ce début d’année 2022, François Houste imaginait un néologisme entrer avec fracas dans nos quotidiens d’internautes : le Netskam. Il prédit, dans le style d’une nouvelle dont il a le secret, un mouvement de honte du numérique et le déploiement de messages de sensibilisation sur ses impacts. Ainsi au moment de lancer slack, le message suivant s’affiche : “Chaque octet compte. Pour la protection de la planète, utilisez de préférence des messages courts”. L’auteur des mykrodystopies s’est aussi livré à un passionnant récit où internet aurait une date de fin.   

Il est vrai que sur le sujet du carbone, le numérique aussi doit faire sa part. Mais encore faut-il comprendre l’origine des impacts et agir là où c’est efficace. D’un point de vue global, le numérique pèse aujourd’hui 4% des GES et cette part va continuer de progresser, c’est une évidence. 

Concrètement à titre individuel, que pèse le numérique ?

Le streaming vidéo est régulièrement pointé du doigt comme étant particulièrement impactant. Netflix a analysé son impact carbone, et affirme qu’ “une heure de streaming en 2020 correspond en moyenne à moins de 100 grammes équivalent CO2”. Rapporté aux milliards d’heures passées par les utilisateurs sur la plateforme, l’impact est considérable.  

Ramené à un niveau individuel, il faut donc 20 000 heures de visionnage de Netflix pour atteindre le niveau d’émissions de CO2 d’un A/R Paris New-York. Soit 2,3 années de visionnage en continu ou plus de 10 000 épisodes de séries binge-watchés pour atteindre ces fameuses 2 tonnes. 

Autre comparaison intéressante, voici résumé en une infographie la différence d’impact carbone entre un smartphone et une voiture

https://twitter.com/maeool/status/1490701008648945667

Sur ce sujet, comme dans tout me direz-vous, une approche en silo sera toujours contre-productive. Certes il est indispensable d’identifier et de comprendre la provenance des impacts, mais aussi d’imaginer comment quelques kilogrammes de CO2 peuvent permettre de supprimer quelques tonnes. Une forme de pollution utile finalement. 

En d’autres termes travaillons à fond pour un Green IT, mais sans jamais négliger l’idée d’un IT for Green.    

Le numérique responsable n’est pas qu’une question de CO2 

Tout comme pour le tourisme responsable, les enjeux du numérique responsable sont biens plus larges que la problématique du CO2.  La production des terminaux et la consommation du numérique (terminaux, data-centers, infrastructures réseau) ont un impact carbone conséquent. 

Mais pour rendre le numérique plus vertueux, il s’agit aussi de prendre en compte les questions de bien-être numérique (véracité de l’information, besoin de déconnexion, dépressions, FOMO, …), de protection de la vie privée (RGPD, souveraineté numérique, …) mais aussi de responsabilité sociétale (accessibilité, inclusion sociale, …) 

Ainsi, les stratégies de tourisme responsable et de numérique responsable doivent être pensées en commun. Tout comme il y a quelques années lorsque le tourisme et l’etourisme n’ont fait qu’un, la notion de responsabilité ne peut être imaginée ou déployée par domaine, mais bien dans une approche transversale. 

Penser une stratégie de numérique responsable pour faire venir massivement et en avion des voyageurs depuis les quatre coins de la planète est une antinomie. 

L’influence à bon escient 

Les écosystèmes digitaux des territoires permettent de toucher des millions de personnes. Ce sont autant de millions d’occasions de valoriser des acteurs engagés, des mobilités douces, de mettre en avant des éco-gestes ou d’inciter à vivre le territoire autrement. 

Placer le numérique au service d’un tourisme plus responsable permet de créer un cercle vertueux capable d’agir sur l’offre et sur la demande. Ainsi, la valorisation des acteurs locaux les plus engagés influencera ceux qui ne le sont pas encore et incitera visiteurs et habitants à faire évoluer leurs pratiques.

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Sébastien est le directeur de my destination, agence de communication numérique et engagée. Leur crédo : placer les réseaux sociaux au service des stratégies touristiques. My destination travaille spécifiquement sur les sujets numérique et tourisme responsables.
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