460000 conseillers municipaux seront réélus au plus tard dimanche 22 mars, pour un mandat de 7 ans. 460000 conseillers municipaux pour 1200 Offices de Tourisme… Comment parler à ces partenaires, essentiels, mais souvent peu connaisseurs de la réalité du fonctionnement d’un organisme de gestion de destination ? C’est un enjeu majeur dans ces périodes de disette budgétaire où les budgets des organismes satellites seront souvent discutés au sein des conseils municipaux ou communautaires.
Dès lors, la communication de l’Office de Tourisme envers ces nouveaux élus est un exercice essentiel, qui selon moi, dot être totalement renouvelée.

Des élus multi sujets
Revenons sur ces 460000 conseillers municipaux, mais aussi 36000 maires ou encore 38000 conseillers communautaires. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces élus devront être multi compétents : urbanisme, logement, attractivité, mobilité, ordures ménagères, commerce, finance, sport, culture, et parfois tourisme… Les sujets pour un nouvel élu sont nombreux. Or, on estime que plus de 40% de ces 460000 conseillers municipaux seront nouveaux dans leurs fonctions et donc devront rapidement se former à ces multiples sujets. Autant dire que les subtilités du code du tourisme et du quotidien de l’Office de Tourisme seront peu abordées dans les conseils municipaux…
Il y a évidemment des différences essentielles selon le rapport de la commune au tourisme. Dans les stations classées de tourisme, notamment les quelques dizaines qui ont conservé leur Office de tourisme communal, la proximité est beaucoup plus forte, surtout que souvent c’est le maire qui est président de l’Office de Tourisme.
Mais ce cas de figure est minoritaire : depuis la loi NOTRe la majorité des communes touristiques et des stations classées disposent d’un Office de Tourisme communautaire ou intercommunautaire; d’où un éloignement naturel évident. Travaillant fréquemment sur ces questions là, je ressens de la part de ces élus locaux un sentiment de dépossession de l’activité touristique; et la puissance de ce sentiment varie en fonction de la proximité de l’élu avec l’Office de Tourisme. Le maire d’une station classée qui se retrouve président de l’OT communautaire aura un sentiment totalement différent de son collègue qui n’est pas impliqué.
Enfin, les communes qui ont peu d’activité touristique voient surtout l’Office de Tourisme comme un poste de dépenses pour l’intercommunalité. Un satellite dont on ne perçoit pas forcément l’intérêt, et qui surtout n’a pas ou peu d’impact sur sa propre commune.

Des Offices de Tourisme en quête de légitimité
Face à cette multiplicité et variété d’élus locaux, les Offices de Tourisme sont bien conscients de la nécessité de leur parler, et d’expliquer que le rôle de l’Office de Tourisme ne se limite pas à la fonction d’accueil estivale.
Mais ce n’est pas si simple que cela : les élus, nous l’avons dit plus haut, disposent de peu de temps. L’équipe de l’OT par facilité, et peut-être parce qu’elle ne place pas la priorité sur cette cible « élus », se contente d’une communication standard.
Les élus sont notamment invités à l’Assemblée Générale ou au bilan de saison de l’OT. En général, on déplore leur faible nombre, malgré les relances faites, la qualité et la chaleur de l’invitation et le soin apporté au programme. Pourquoi si peu de participation des élus locaux? D’abord, parce qu’ils ne sont pas directement concernés par l’Office de Tourisme, et surtout parce qu’ils sont hyper sollicités! Ils jonglent avec les AG et événements des 15 ou 20 satellites de l’intercommunalité… Le PETR, le Syndicat Mixte des mobilités, le Parc Naturel, la mission locale, le contrat local de santé, etc. etc. déplorent tout autant le manque d’implication des élus locaux. Or l’AG de l’OT rentre en concurrence avec tous les moments d’implication des élus locaux provenant de ces autres satellites.
Quelque part, je n’envie pas la vie des élus locaux passant leurs soirées dans des réunions d’organismes communautaire, intercommunautaires qui se félicitent chacun du travail accompli… sans compter les commissions communales et communautaires où le dit élu a souvent l’impression d’être un simple spectateur…
Bref, tout comme les Offices de Tourisme ont du se réinventer pour mobiliser les partenaires socio-professionnels, la communication envers les élus locaux doit être source d’innovation…

Des intérêts logiquement différents
Prenons l’Office de Tourisme du Pays Basque, qui dépend de la plus grande communauté d’agglomération de France en nombre de communes : ce sont pas moins de 2500 conseillers municipaux qui vont être élus d’ici le 22 mars. Et pour une Communauté de Communes dans la moyenne française, soit 27-28 communes, on dépasse les 350 conseillers… D’où l’intérêt de segmenter un minimum cet ensemble d’élus locaux.
Il y a d’abord les élus intéressés à l’Office de Tourisme : bien sur le président, qui est souvent un VP de l’interco, et les élus proches, ce que l’on retrouve dans la gouvernance de l’OT. Logiquement, ce sont les premiers soutiens de l’Office de Tourisme, ceux qui vont le défendre auprès de leurs collègues. Autant dire qu’il faut qu’ils soient totalement formés aux enjeux de la structure, et du tourisme de façon générale. Il faut leur préparer des mémos efficaces et les faire réviser (vive Notebook LM!)
On trouve ensuite les grands élus communautaires, c’est à dire les membres du bureau, autres vice-présidents qui « roulent » pour d’autres compétences; au moment des choix budgétaires, ils peuvent facilement se trouver en concurrence avec le tourisme. Je trouve qu’ils sont trop souvent ignorés par les Offices de Tourisme; alors qu’ils peuvent trouver un intérêt évident à la transversalité des fonctions : le vice-président au commerce, à l’attractivité, ou à la culture a tout intérêt à s’appuyer sur l’Office de Tourisme comme organisme agile et transversal… Ce sera évidemment plus difficile dans le cas des Offices de Tourisme intercommunautaire, pour lesquels ces présidences seront multipliées par le nombre d’EPCI concernés.
Troisième catégorie : les maires. ils sont en moyenne 27 ou 28 dans les EPCI à fiscalité propre en France. Et ce sont les maires qui ont en général le pouvoir dans les communautés de communes ou d’agglo : tous représentés au conseil communautaire, c’est vraiment eux qui prennent les décisions. L’avantage, c’est qu’ils sont peu nombreux (par rapport à tous les conseillers municipaux), et que donc, une relation interpersonnelle peut s’établir avec chacun d’entre eux, ainsi qu’avec leurs staf technique (DGS, cabinet). C’est vraiment pour moi le moteur de la relation
On trouve ensuite l’ensemble des conseils municipaux; je ferai évidemment une distinction entre les conseils municipaux de communes « touristiques » et les autres. Les premiers sont logiquement plus en lien avec l’Office de Tourisme car demandeurs, ou parfois critiques sur la politique touristique.
Quelques idées pour renforcer la communication
Ces quelques idées ne sont évidemment pas exhaustives, mais elles ont pour but de suggérer des actions un peu renouvelées.
La Tournée des popotes. C’est pour moi absolument essentiel : la direction de l’Office de Tourisme doit rencontrer dans les mois qui suivent les élections, l’ensemble des maires (même ceux qui étaient déjà en place). Ces rendez-vous individuels sont l’occasion de refaire un point, commune par commune, sur les projets. Mais c’est aussi le moment d’expliquer les fonctions pau connues de l’OT. Et c’est enfin la construction d’une relaiton interpersonnelle, si importante pour l’avenir.
J’ai malheureusement le sentiment que cette tournée, si évidente, n’est plus forcément prioritaire pour les directeurs/rices d’OT. Et pourtant! j’avais le témoignage la semaine dernière d’Alicia, qui vient de prendre la direction d’un Office de Tourisme intercommunautaire tout neuf dans le Sud Ouest et qui a débuté la tournée des élus locaux : « c’est dans ces moments de rencontre que je sais pourquoi j’ai choisi ce métier, tellement c’est riche! », m’a-t’elle confié.
L’appui de l’Office de Tourisme à la politique municipale. Les conseils municipaux s’installent et ils vont travailler sur leur projet, avec des envies de réalisation concrète. Pourquoi ne pas proposer, à l’occasion de la tournée des maires, de pouvoir animer une réunion du conseil sur les projets communaux? D’expérience, surtout dans les petites communes, les conseils sont souvent démunis en terme d’ingénierie. L’OT peut démontrer son expertise à cette occasion.
La sensibilisation/formation : le début d’un mandat, c’est le bon moment pour proposer aux nouveaux élus une sensibilisation aux enjeux du tourisme et des Offices de Tourisme. Réalisé en interne ou avec un intervenant, cette séquence peut prendre plusieurs formes : au mieux un séminaire d’une journée pour les élus représentés dans la gouvernance de l’OT et a minima deux heures pour faire un point sur la situation.
La newsletter spécial élus : pourquoi ne pas constituer la base de données de TOUS les conseillers municipaux, afin de communiquer régulièrement des informations spécifiques pour les élus? Et ne pas se limiter aux chiffes de fréquentation de l’OT; il faut aborder des sujets sui sont importants pour toutes les communes. Par exemple, l’application concrète de la loi Lemeur (cf. l’article de Jérôme de la semaine dernière) est un sujet essentiel pour toutes les communes concernées par les problématiques de logement; mais on pourra aussi parler services aux habitants, promotion des produits locaux, etc. Bref, une communication ciblée.
Rafraichir vos événements : c’est déjà ce que font nombre d’OTs qui ont inventé des AG plus dynamiques, notamment pour itnéresser les socioprofessionnels. A réfléchir en équipe cette année : comment faire pour être séduisant aussi pour les élus!
