Adoptée le 19 novembre 2024, la loi LE MEUR — surnommée loi « Airbnb » ou « anti-Airbnb » selon les camps — est entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier 2025. L’objectif : renforcer les outils de régularisation des meublés de tourisme à l’échelle locale pour remédier aux déséquilibres du marché locatif. Un an plus tard, le nombre d’annonces semble stagner, voire légèrement reculer. Simple fluctuation ou premier effet de la loi ? Pour tenter d’y voir plus clair, j’ai mené l’enquête auprès de plusieurs territoires et hébergeurs touristiques. Une investigation qui s’est révélée presque aussi compliquée que de retrouver un appartement disponible à l’année dans certaines villes !
Loi LE MEUR : retour sur les premiers éléments du dossier
Pourquoi La France a-t-elle légiféré sur les locations de courte durée ?
En février 2026, selon les données de PriceLabs, la France compte près d’un million d’annonces actives, soit environ deux fois plus qu’il y a cinq ans auparavant. Une croissance insolente des locations saisonnières portée par une rentabilité souvent supérieure à la location à l’année et par des plateformes qui ont considérablement simplifié la commercialisation.Dans de nombreux territoires touristiques, cette progression spectaculaire a alimenté des tensions : accès au logement plus difficile pour les habitants, loyers sous pression… Autant de signaux qui ont poussé certains élus à vouloir encadrer davantage le phénomène.

Ces derniers mois, la tendance semble s’inverser, comme vous le voyez sur cette courbe. Peut-on l’associer à la loi LE MEUR ? Avant d’y répondre, je vous propose de poser le cadre.
Quelles mesures ont été prises à l’échelle nationale ?
Même si mon enquête m’a plutôt mené au cœur des territoires, il est important de rappeler les mesures de la loi LE MEUR. Celles qui impactent l’ensemble des hébergeurs touristiques, quel que soit le lieu où ils ont décidé d’accueillir leurs hôtes.
- Enregistrement obligatoire des meublés de tourisme, avec attribution d’un numéro à 13 chiffres. Les sanctions peuvent atteindre 10 000 € en cas de défaut et 20 000 € en cas de fausse déclaration.
- Coup de rabot fiscal sur le régime micro-BIC : l’abattement passe de 50 % à 30 % pour les meublés non classés (plafond 15 000 €), et de 71 % à 50 % pour les meublés classés et chambres d’hôtes (plafond 77 000 €).
- Pouvoir renforcé des copropriétés, désormais en mesure de s’opposer plus facilement aux meublés de tourisme.
- Exigence énergétique progressive : les logements devront atteindre un DPE entre A et D d’ici 2034, sous peine d’amendes pouvant aller jusqu’à 50 000 €
Comment les territoires se sont-ils emparés du dossier LE MEUR ?
La loi LE MEUR ne se limite pas à des ajustements nationaux. Son véritable terrain d’expérimentation se situe à l’échelle locale, là où les élus disposent désormais de tout un arsenal pour réguler la location courte durée.
1. Possibilité de réduire à 90 jours par an la location d’une résidence principale, contre 120 jours auparavant
Cette mesure concerne des particuliers qui louent une dépendance de leur maison ou quittent temporairement leur logement pour le louer quelques semaines par an, souvent pour compléter leurs revenus ou financer quelques projets.
Exemples de villes qui ont activé ce levier : Paris bien sûr, mais aussi Marseille, Bordeaux, Nice, Lyon ou encore Arcachon. Et la liste continue de s’allonger. À Annecy, par exemple, le plafond de 120 jours est pour l’instant maintenu, mais certaines zones — comme la zone A — font déjà l’objet d’une surveillance particulière en vue d’un éventuel abaissement à 90 jours.
2. Possibilité de réserver certains secteurs du PLU à la construction de résidences principales
Cette servitude consiste à préserver un parc de logements accessible aux habitants permanents dans des territoires où la pression immobilière liée au tourisme devient très forte. Une mesure qui s’adresse particulièrement à vos porteurs de projets.
De nombreuses destinations touristiques ont déjà mis en œuvre ce dispositif : Cancale, Biarritz, Chamonix, Santa-Maria-di-Lota en Corse…
Ajoutée à la majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, cette mesure pourrait progressivement réduire la part des résidences secondaires dans certains territoires.
Cette majoration, qui concerne les communes situées dans les zones où s’applique la taxe annuelle sur les logements vacants (TLV), s’est d’ailleurs largement étendue. En 2023, 1136 communes entraient dans le champ d’application de la TLV et 308 l’appliquaient. En 2025, elles sont 3 690 et 44 % ont décidé d’instaurer la majoration.

Reste une question au cœur du dossier : moins de résidences secondaires signifie forcément moins de locations saisonnières ? Difficile de se prononcer…
3. Autorisation de changement d’usage avec obligation de compensation
Sur le papier, la procédure semble simple : obtenir une autorisation administrative pour transformer un logement d’habitation en meublé de tourisme. Dans la pratique, elle s’accompagne souvent d’une obligation de compensation.
Le propriétaire doit alors remettre sur le marché résidentiel une surface équivalente à celle du logement converti. Cela peut passer par :
- l’achat d’un autre bien destiné à la location à l’année,
- la modification d’un local existant en habitation,
- l’acquisition d’un titre de commercialité : un accord conclu entre deux acteurs privés dans lequel l’un s’engage à transformer un local non destiné à l’habitation en logement pérenne, afin de compenser la surface convertie. Une opération qui repose sur une transaction dont le prix au m² est librement négocié.
Cette mécanique reste relativement accessible pour les multipropriétaires. En revanche, pour les hébergeurs qui ne disposent que d’un seul bien en meublé de tourisme, la contrainte peut rapidement devenir difficile à assumer — comme le démontre le témoignage présenté plus loin dans cet article.
Plusieurs territoires ont déjà recours à ce dispositif, notamment La Rochelle, Bordeaux ou Lyon. La communauté d’agglomération du Pays basque l’a également instauré dans 21 de ses 24 communes membres, après une hausse de 130 % des annonces entre 2016 et 2020. Selon son président Jean-René Etchegaray, le bilan serait plutôt positif : « des logements […] reviennent progressivement sur le marché de la location à l’année », même si « certains propriétaires […] ont engagé des procédures judiciaires contre la compensation ». (source : Banque des Territoires)
De mon côté, j’ai tenté d’enquêter sur ce terrain… mais à l’approche des municipales, le sujet reste particulièrement sensible.
4. Autorisation de changement d’usage avec mise en place de quotas de meublés de tourisme
Dans certains territoires, la régulation ne passe pas par une interdiction pure et simple des locations saisonnières, mais par un plafonnement de leur nombre (tout en étant souvent associé à un changement d’usage).
Plusieurs destinations ont déjà recours à ce type de dispositif, notamment Montpellier, Saint-Malo ou le Grand Annecy.
Dans l’agglomération de la « Venise des Alpes », le nombre de meublés de tourisme a explosé de 199 %, passant de 2 854 annonces en 2019 à 8 550 en 2024. Une progression rapide que les élus expliquent par « l’avènement des sites de mise en relation (de type Airbnb ou Abritel), combiné à la très forte attractivité touristique de la ville ». Depuis le 1er juin 2025, la collectivité a mis en place un zonage et un quota de meublés de tourisme par commune, une limitation du nombre d’autorisations par propriétaire et un encadrement plus strict des changements d’usage. L’objectif résumé par François Astorg, maire d’Annecy : « Ce vote représente une avancée notable, porteuse d’un grand espoir face à notre objectif de retrouver un équilibre entre logements permanents et logements de courte durée dédiés à nos visiteurs. » (source : Agglomération du Grand Annecy)
Là aussi, j’ai essayé d’enquêter sur le terrain. Mais la mise en œuvre de ces mesures reste encore trop récente pour en mesurer pleinement les effets.
Ce que révèlent les premiers témoignages du terrain

En choisissant ce sujet, mon objectif était simple : nourrir vos échanges avec vos partenaires hébergeurs autour d’une loi qui pourrait, pour certains, remettre en question leur activité. Car, plus d’un an après son entrée en vigueur, peu d’analyses se sont penchées sur les retours concrets du terrain.
J’ai donc enfilé mon imperméable de Colombo pour interroger mon réseau. Mais l’enquête s’est révélée plus compliquée que prévu : malgré plusieurs sollicitations, les témoignages se sont faits rares. Analysons malgré tout les indices récoltés.
Du côté des OGD
J’ai interrogé plusieurs offices de tourisme. L’idée était de comprendre les choix des élus, d’observer les effets sur l’offre de locations saisonnières et de recueillir le ressenti des professionnels comme celui des équipes des OGD (évolution du nombre de partenaires, nouvelles sollicitations, tensions éventuelles…)
Mais tous mes contacts concernés par des mesures de quotas ou de compensations ont décliné l’exercice. Même sous couvert d’anonymat.
Un silence qui interroge…
Le timing n’est-il tout simplement pas le bon, à l’approche des élections municipales qui impactent directement les organismes de destination ? Le dispositif est-il encore trop récent pour en évaluer les effets ? Ou le débat reste-t-il profondément polarisé entre ceux qui veulent protéger le logement des habitants et ceux qui redoutent un frein à l’économie touristique ? Une chose est sûre : le sujet reste particulièrement sensible, à la croisée des enjeux économiques, sociaux et politiques…
J’ai donc choisi de prendre l’enquête à l’envers, en analysant le témoignage d’Alexandra Brisson, directrice de l’Office de Tourisme de l’Anjou Bleu.
Les 3 enseignements tirés du témoignage d’Alexandra Brisson, directrice de l’Office de Tourisme de l’Anjou Bleu
Une destination où aucune mesure locale n’a été appliquée.
En Anjou Bleu, aucune mesure spécifique n’a été jugée nécessaire. Comme l’explique sa directrice Alexandra, il n’existe pas d’indicateur montrant que la location touristique « réduit significativement l’accès au logement pour les habitants ». Elle souligne même « un déficit relatif d’hébergements touristiques (offre hôtelière) », ce qui rend ces locations « utiles à l’offre d’accueil ».
Autre particularité : « En Anjou bleu, on observe peu de phénomènes de professionnalisation intensive ou de multi-propriétaires qui peuvent parfois générer des tensions dans les territoires plus urbains et/ou touristiques. »
Le sujet n’est pas totalement absent des discussions. « Certains propriétaires s’interrogent néanmoins sur l’évolution de la réglementation nationale, les obligations fiscales ou déclaratives ou l’avenir de la location saisonnière. « L’Office de tourisme devient alors un relais d’information pour ces questions.
La stratégie à adopter n’est pas celle de l’ignorance ou du rejet, mais plutôt celle de l’observation. Comme le résume Alexandra, “la loi constitue avant tout un outil mis à disposition des collectivités, qui pourront l’activer si les équilibres territoriaux venaient à évoluer.” Dans cette perspective, l’enjeu pour le territoire est surtout de maintenir un suivi régulier du phénomène, afin d’anticiper d’éventuelles évolutions. C’est là aussi la mission de l’Office de Tourisme de l’Anjou Bleu. »
Du côté des hébergeurs
J’ai interrogé mon réseau d’hébergeurs, et plus particulièrement ceux impactés par des mesures locales. Là encore, l’exercice s’est révélé délicat : un seul propriétaire a accepté de partager son expérience, et uniquement sous couvert d’anonymat.
Interview d’un hébergeur touristique confronté à une autorisation de changement d’usage assortie d’une obligation de compensation.
Il est exploitant d’un appartement en résidence secondaire, à des centaines de kilomètres de son domicile.
À moins de créer un nouveau logement à l’année, nous ne pouvons plus louer notre appartement en meublé de tourisme. Nous pouvons faire de la location saisonnière si nous louons à des étudiants 9 mois de l’année ou à des professionnels 6 mois à l’année.
Mais notre appartement n’est pas adapté pour des étudiants (parquets, boiseries, lustre en cristal). Il convient davantage à une famille avec ses 3 chambres.
Nous ne souhaitons pas non plus louer à l’année. Nous l’avons fait pendant 15 ans et avons eu des locataires qui ne payaient plus leur loyer et nous avons retrouvé un appartement dégradé.
Nous ne louons qu’un seul appartement, qui est une résidence secondaire. Il nous permet d’avoir un complément de retraite d’agriculteur.
Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, nous avons dû annuler des réservations faites avant le changement de loi. Nous ne pouvons plus louer 28 semaines par an ; l’impact est donc total.
Surprenant, incompréhensible, très sévère. À 500 m de chez nous, ils ont l’autorisation de louer en saisonnier. Nous espérons un aménagement. Cela touche à notre liberté.
Dans les mêmes conditions, ce n’est pas possible. Nous réfléchissons à comment faire pour l’année prochaine. Peut-être, passer par des locations professionnelles pendant six mois, ou espérer un assouplissement des règles concernant la location saisonnière.
Mes premières conclusions de l’enquête sur la loi LE MEUR
Vous l’aurez compris : difficile de tirer des conclusions définitives sans disposer des moyens d’une enquête façon Élise Lucet. Néanmoins, les quelques témoignages recueillis apportent déjà des éléments intéressants.
Le marché de la location saisonnière en France devrait donc continuer de bouger, selon plusieurs variables encore inconnues :
- Le nombre de meublés de tourisme va-t-il diminuer durablement ?
- Certains hébergeurs vont-ils revoir leur stratégie… ou contourner les règles ?
- Quel impact pour l’économie touristique locale et pour vos structures ?
En tout cas, deux choses sont sûres. La régulation des meublés de tourisme est devenue un sujet politique local majeur, parfois très clivant. Le cadre réglementaire se complexifie pour les propriétaires. Entre fiscalité, normes énergétiques, autorisations locales, quotas ou compensation, la location saisonnière exige désormais une véritable maîtrise administrative et juridique. Une évolution qui favorise la professionnalisation du secteur, mais qui peut fragiliser les petits exploitants. Certainement LA carte à jouer pour les OGD actuellement…
De mon côté, l’enquête ne fait que commencer. Et si vous souhaitez y contribuer, les témoignages — y compris à visage couvert — restent les bienvenus…
Autres sources :
Réglementations de la location saisonnière à Nice – Gecko Immobilier
Réglementation Airbnb 2026 : Restrictions, Quotas et Fiscalité par Ville – Magazine Hostcare
Airbnb : La régulation permet-elle de freiner la location saisonnière ? – La Tribune Dimanche
CARTE. Fin de l’âge d’or pour les locations Airbnb ? Ces régions où leur nombre chute en 2025 – Actu.fr