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Le Tourisme, c’est du lien social, et pas que sur le web !

Publié le 5 mars 2021
7 min

Normalement, c’est le jour du billet « Easy Friday », où l’on vous parle d’un outil, d’une fonctionnalité, qui peut vous aider dans votre quotidien. J’avais pensé à vous parler de Whatsapp Business, qu’on a jamais trop traité dans un billet, et puis de la nouvelle coqueluche des réseaux sociaux, « ClubHouse », mais Sébastien l’a fait avec beaucoup plus d’optimisme, et je ne voudrais pas être le chat noir des réseaux sociaux qui ont le vent en poupe, après avoir évoqué dans ce blog les défunts Ello, Pheed, Vine ou Periscope. D’ailleurs, en parlant de réseaux sociaux, j’ai quasiment déserté Twitter, je ne poste qu’épisodiquement sur Instagram, je fais défiler mes XXX mètres quotidiens de mur Facebook envahi de pubs sans plus trop rien y partager, Snapchat ne me sert qu’à échanger dans le groupe familial imposé par nos trois ados à leurs « darons », réfractaires à Whatsapp ou Messenger, TikTok ne m’attire toujours pas… Peut-être parce que c’est justement le social, le vrai, qui nous manque le plus en cette période, qu’on passe tellement de temps derrière nos écrans en Zoom, Teams et autres outils de visio…

Pourtant, il s’y passe toujours des trucs géniaux, sympas qui viennent contrecarrer le côté malsain que l’on nous présente un peu trop souvent dans les medias. Récemment, c’est la vidéo Konbini au sujet de Wanted qui m’a « rafraîchi » ! Sébastien Répéto (encore lui !?) m’avait fait connaître cette communauté née sur Facebook, à Bordeaux, en les conviant à intervenir aux #ET15 à Pau lors d’un atelier. Si vous ne les connaissez pas, voici la vidéo de présentation qui figure sur leur site.

Une belle histoire, celle de trois gars à la fibre sociale qui ne s’épanouissent pas dans leur boulot et qui vont réussir presque malgré eux, grâce à leur naturel et leur foi en l’espèce humaine, à fédérer des énergies au sein d’un groupe Facebook, puis pour de vrai dans un café solidaire à Bordeaux, et demain dans d’autres villes grâce notamment à une bourse de 1M$ versée par Facebook, même si les projets ont dû être un peu plombés par cette dernière année.

Alors vous allez me dire, mais quel est le rapport avec le tourisme, qui plus est institutionnel ?

Je ne vais pas vous refaire le grand laïus des nouvelles tendances du tourisme de demain à l’aune de la crise que nous traversons… mais bon : plus local, plus durable, plus inclusif, plus solidaire, plus d’espaces, plus de partages, blablabla ânonné à l’envi, retranscrit dans des stratégies et plans d’actions, mais qu’en est-il de la mise en oeuvre ? On attend de voir.

Et si, chacun à son échelle, on reprenait à son compte cette idée de recréer davantage de liens entre résidents, secondaires ou pas, et voyageurs, sociopros ? En y mettant un peu de budget, de bonne humeur, de solidarité ? Si on remettait à l’ordre du jour les animations, le pot d’accueil du syndicat d’initiatives qui mixait tout le monde autour d’un moment sympa et convivial ? Vous êtes encore un certain nombre à le faire, mais bien moins qu’avant, parce que c’est galère à mettre en oeuvre, ça prend du temps, de l’argent, y’a les conditions de sécurité, faudrait pas que les gens se bourrent la gueule et fassent des conneries après… et puis on passe plus de ressources humaines et financières à séduire, communiquer, publiciser nos territoires qu’à y accueillir les gens non ?

Et pourquoi pas y travailler avec les pros du coin ? Le pot d’accueil chez le gros camping du coin, ça eut marché, mais ça marche plus ? Les gens n’ont plus envie d’entendre la litanie des activités et animations présentées à la queue-leu-leu en échange d’une sangria ? Et pourquoi ne pas monter un deal avec les bars du coin, du village, de la ville, ce soir, c’est la Destination qui régale, et si tu ne veux pas que le trésorier s’affole, tu fais juste le premier verre offert (avec un bon, un ticket, un jeton, ce que tu veux, même un QR Code si t’es trop geek… mais pas que !). Et puis pas forcément le samedi, où les voyageurs viennent de débarquer, poser leurs valises, faire leurs courses, et les locaux leurs propres apéros entre copains ? Et puis n’oublie pas de bien communiquer dessus, que les habitants comme les voyageurs soient au courant, et d’ailleurs, ce n’est pas « le pot d’accueil de l’Office de Tourisme des terres du Milieu pas loin de la mer », mais un truc de destination, une animation qui n’attire pas QUE la clientèle traditionnelle des Offices, avec un nom sympa que vous aurez trouvé tous ensemble… sûrement autour de quelques spécialités locales.

Ca va coûter cher ? Bah, moins qu’un nouveau logo, une pub dans le métro, un nouveau site internet, une nouvelle stratégie marketing ou un salon avec un stand et trois personnes qui balancent de la brochure à tout va ! Et puis ce que tu dépenses, ça reste sur le territoire, chez des partenaires qui ont bien voulu jouer le jeu, qui participent à la vie du territoire. J’imagine déjà le truc, quatre bars, quatre ambiances, avec le guinguette pour Maurice et Ginette, le rap pour les d’jeuns, le lounge pour les bobos, le Têtes Raides et Mano Negra pour les quinquas, c’est festival tous les soirs ! Ou une fois par semaine…

Après, rien ne t’empêche de faire comme avant et de gérer en interne. J’ai le souvenir d’une réunion à Val Tho où la moitié de l’équipe se pointe avec les mains qui pue le fromage à raclette parce qu’ils viennent de passer une heure à couper des kilos de raclette pour la dégustation gratos sur la place le jeudi soir, d’une autre salle en bord de mer qui fleure bon la vinasse et la cannelle dès la veille parce que la sangria, il faut que ça marine.

Mais si on veut attirer une autre clientèle que celle qui franchit les portes de l’Office, va falloir faire autre chose que de monter deux barnums, une table pliante et un présentoir à brochures non (d’où les photos d’illustration du billet… tu te demandais bien d’où elle sortait non) ? Comment peut-on autant investir de temps et d’argent dans tous ces outils en ligne au top de la modernité et rester aussi plan-plan, voire flon-flon, dans la plupart des trucs des trucs proposés sur place !!??

Solidaire, ouvert, convivial et festif !

C’est comme ça que je vois le tourisme de demain si tu me le demandes ! Et c’est pour ça que je te parle immédiatement de bamboche, de canons, de spécialités locales et de zik ! Pas besoin de commander un sondage pour savoir de quoi on aura envie dès qu’on pourra réouvrir, et se retrouver sans pétocher à l’idée de créer un nouveau cluster.

Oublie ceux dont on te parle dans la presse, qui vont repartir à la « découverte » de contrées et cultures lointaines, ou des plages des Maldives, Seychelles ou Punta Cana selon le budget. Pense à ces familles, ces amis, ces couples qui vont venir chez toi prendre un bol d’air, le temps d’un week-end, de quelques jours, à Pâques ?! sur les ponts de Mai ?! cet été ??!!

Nourris leur envie de se lâcher, de se poser, de se déconnecter, avec de belles histoires et de grandes gueules locales, des produits locaux, du circuit court… sauf sur la zik et éventuellement la boisson, t’as le droit d’importer un peu là… Accompagne tes prestataires, et fais-leur comprendre l’intérêt de bosser ensemble, comme nous le rappelait Charlotte dans ce billet, investis-toi un max dans ce relationnel circulaire entre habitants, sociopros, voyageurs dont tu dois être la plaque tournante !

Et puisqu’on parle de circuit court, de circulaire, n’est-il pas temps d’accompagner toutes ces démarches liées au financement participatif ? Ces plates-formes nées pendant la crise pour soutenir son bar, son resto, son commerce de proximité ? Des initiatives du type de celle qu’évoquait Jérôme, solidaires vis-à-vis des étudiants, fleurissent un peu partout en France, sans oublier les multiples opérations de l’an dernier vis-à-vis des soignants avec le Repos des Héros de l’AadT64 en tête de pont, les chèques, bons, cadeaux vacances pour les publics défavorisés, …

Oui, le tourisme retrouve son rôle social, sans mettre de côté l’aspect économique. Plusieurs régions/CRT se sont lancés dans ce type d’initiatives, avec une fond de dotation du côté d’Auvergne Rhône-Alpes et une démarche autour d’un Tourisme Bienveillant, l’Occitanie avec une plate-forme dédié au tourisme et plus récemment en collaboration avec la CCI, la plate-forme Occistart.

J’écoutais récemment à la radio Florian Breton, fondateur de la plate-forme de financement participatif Miimosa, dédiée à l’agriculture, et par ailleurs au bureau de La Ferme Digitale. À la question du pourquoi une plate-forme spécifique à l’agriculture quand il en existe tellement qui sont généralistes, il répondait que le secteur, de par son importance, ses spécificités, et les valeurs qu’il véhicule le méritait bien, la preuve en étant son succès. N’en est-il pas de même pour le tourisme local ? Les voyageurs, les acteurs économiques, ne sont -ils pas prêts à abonder, volontairement ou de façon plus incitative pour financer un tourisme porteur de sens et de valeurs ?

On n’a sûrement pas fini de remettre en question nos actions, nos missions, nos arbitrages, et probablement faut-il, comme le concluait Caroline dans cette Carte Blanche : « Revoir les gouvernances pour une meilleure organisation touristique, faire participer l’ensemble des parties prenantes et créer des nouveaux modèles de démocratie citoyenne, créer un tourisme à impacts positif. Moins de politique, plus de participatif. »

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Ludovic a démarré sa carrière en Auvergne, à l’Agence Régionale de Développement, puis dans un cabinet conseil sur les stratégies TIC des collectivités locales. Il a rejoint en 2002 l’Ardesi Midi-Pyrénées (Agence du Numérique) et a plus particulièrement en charge le tourisme et la culture. C'est dans ce cadre qu'il lance les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel dont il organisera les six premières éditions à Toulouse. À son compte depuis [...]
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