Des contributions pas comme les autres

Publié le 25 juin 2026
6 min

Raconter une destination touristique, c’est souvent la raconter du point de vue de celles et ceux qui accueillent. C’est parfois la raconter dans le regard de ceux qui la visitent. Mais malgré la diversité des contributeurs, qui ont pourtant des histoires, des personnalités et des façons de vivre la destination différentes, on retrouve beaucoup de similitudes dans la façon de montrer ce qu’il y a à faire, à voir et à vivre.

Il y a par exemple la personne un peu plus sportive que la moyenne (qu’elle soit locale ou touriste) qui va donner ses bons plans pour aller surfer, courir ou faire du VTT. Il y a les parents, avec leurs enfants qui vont partager leurs bonnes adresses pour faire plaisir à toute la tribu. Ces profils sont choisis pour que les futurs vacanciers se reconnaissant dans ce qui est écrit. C’est rassurant, attendu mais peu enclin à la surprise. 

Alors, comment trouver d’autres angles pour raconter la destination autrement ?

credit – Lensman Agence – Mickael Meniane – Festival des littératures Atlantide

S’inspirer d’autres pratiques : le festival des littératures Atlantide

Le festival des littératures Atlandide, se tient chaque année à Nantes. Pendant plusieurs jours, des conférences avec des autrices et des auteurs sont animées par des journalistes littéraires. En complément de cette programmation, des rencontres, délocalisées dans différents quartiers de la ville, sont pensées pour le public éloigné de l’offre culturelle.

C’est dans ce cadre, qu’une rencontre a été organisée en partenariat avec une association locale proposant des ateliers de français langue étrangère.

La rencontre avec l’auteur :

Au coeur d’une maison de quartier, près de quarante personnes, débutant l’apprentissage du français, se sont réunies pour rencontrer un des écrivains invités du festival Atlantide. Son roman racontait l’histoire d’une jeune femme ayant subi des violences dans son pays, le Congo.

Installés en cercle autour de l’auteur, chaque participant conservait précieusement la question – qu’elle ou il souhaitait poser – sur un petit papier. Les débuts de prise de parole ont été un peu timide – oser prendre la parole dans une langue qui n’est pas la sienne reste une épreuve – puis les questions se sont enchaînées pendant plus d’une heure. L’animatrice de cette rencontre a joué un rôle clé : elle distribuait la parole et reprononçait les questions posées si besoin. Mais elle n’en posait aucune elle-même. Son rôle était de soutenir les apprentis journalistes du jour.

Avant la rencontre :

L’association locale qui anime les ateliers de français avait fait étudier aux apprenants le roman afin d’en comprendre les grandes lignes. Les questions posées le jour J avaient été soigneusement préparées, rédigées et prononcées pendant ces séances.

Pendant la rencontre :

Les questions posées ici étaient plus simples que celles posées par les critiques littéraires durant le festival. Mais elles ont apporté tout autant de richesse et de nuance. Beaucoup voulaient notamment savoir comment l’auteur avait réussi à se mettre dans la peau d’un personnage féminin avec autant de justesse.

Les éléments clés pour que cela fonctionne :

L’idéal a été d’accepter l’imperfection de questions. Certaines ont été posées deux fois, parce qu’elle n’avaient pas été comprises ou entendues par tous. L’auteur, lui, a dû aussi faire preuve de beaucoup de patience, d’effort de compréhension et d’adaptation pour que son langage soit accessible. L’animation aussi a pris une autre forme car elle se mettait au service des questions du public. Mais au milieu de tout cela, la rencontre avec l’auteur, avec son texte , avec l’histoire de cette jeune femme, est bien restée au centre de ce moment. 

C’est avec une approche un peu similaire mais avec des contributeurs différents que l’émission les Rencontres du Papotin a été pensée ( à voir sur France TV). Le principe : une personnalité est interviewée par des journalistes non professionnels , porteur de trouble du spectre de l’autisme. Pas d’animatrice ou d’animateur vedette, les vedettes ce sont ces journalistes non professionnels. Ce format produit une spontanéité dans les questions qu’on ne retrouve pas ailleurs. On se laisse surprendre par l’audace des questions qui donnent naissance à des conversation faisant voir une autre facette de la personne interviewée.

Ce qu’il y a de commun :

Ces deux expériences ont en commun plusieurs éléments :

. Des contributeurs amateurs : ce sont des personnes non professionnelles, qui de part leur vécu et leur éloignement de l’offre (culturelle ici) , apportent un peu de fraicheur, de profondeur et de nuance. Les questions sont directes et elles créent la surprise. Elles font naître des réponses plus sincères, peut-être parce qu’elles sont posées dans un unique but de curiosité.

. Le rôle de création de contenu transformé : la personne dite « professionnelle » bascule dans un rôle de soutien. Ses compétences sont mises au service des contributeurs pour leur donner les clés pour préparer des questions et oser la prise de parole. Sa mission est de créer un cadre sécurisant (ici le fait de poser des questions puis d’encourager à la prise de parole) pour qu’ensuite une liberté soit donnée sur ce qui peut être posé. Mais sa mission, n’est plus de produire le contenu.

.Une matière vivante : on ne gomme plus les erreurs car elles font partie du processus. Cela donne à voir une facette moins habituelle de la personne interviewée. On explore des aspects moins attendus, qui créent du relief et de l’inattendu.

Comment s’inspirer de ces expériences ?

Ces deux expériences ont utilisé le format interview. Mais cette approche peut s’appliquer à d’autres formats de création de contenus. Voici quelques questions à se poser avant de se lancer :

. Choisir les contributeurs auxquels on souhaite s’ouvrir en se rapprochant d’associations locales, qui accompagnent les personnes en situation de handicap, les personnes éloignées de l’accès aux vacances, les personnes allophones par exemple…. Ces associations permettront de faciliter le lien et de lever les barrières du « je ne croyais pas que c’était possible de créer du contenu de cette façon ».

. Déterminer l’offre à valoriser et le format utilisé. C’est la partie classique de la mission : que veut-on raconter et comment ? Le format choisi peut-être un peu différent, en proposant quelques adaptations pour ne pas mettre en difficulté les contributeurs.

. Basculer la mission de création de contenu à une mission de soutien à la création de contenu. Comment aider ces nouveaux contributeurs afin que cela soit simple et facile pour eux ? La mission n’est plus de raconter « à la place de » , mais d’aider pour qu’elles et ils se sentent capables de le faire.

. Accepter de ne pas tout maîtriser. C’est cette partie qui créera la surprise. Tout ne peut pas et ne doit pas être écrit avant sinon il n’y aura plus de place à la spontanéité. Il sera donc nécessaire de lâcher les automatismes pour s’ouvrir à d’autres façons de voir le territoire.

A mon sens, le plus important c’est d’être sensible aux contributeurs choisis. S’engager dans cette approche, demandera plus de temps, plus de tâtonnements et un peu de persévérance pour être à la hauteur des attendus. Savoir pourquoi on le fait, c’est s’assurer de tenir sur la longueur.

Et vous, avez-vous essayé de raconter votre destination avec un angle atypique ?



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Experte en approches humaines innovantes, j'accompagne les destinations touristiques à engager leurs équipes sur les sujets qui leur tiennent à cœur. J'utilise la facilitation en intelligence collective pour accompagner ces projets et ces conduites de changement. J'étais, jusqu'en avril 2019, Directrice de l’Office de Tourisme du Pays d’Ancenis -Val de Loire, où j’avais notamment en charge les missions traditionnelles concernant le management d’équipe, les stratégies de communication, l'ingénierie de projet, [...]
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