Le climat nous rend malades. Le tourisme peut-il nous faire du bien ?

Publié le 22 juin 2026
7 min
Le tourisme est souvent accusé de nombreux maux : surfréquentation, émissions carbone, artificialisation ou tensions d'usage. Pourtant, il pourrait aussi faire partie des remèdes. Face à la montée des canicules, du stress, de la sédentarité ou des inégalités territoriales de santé, les destinations disposent d'atouts précieux : accès à la nature, mobilités actives, lien social, qualité de vie et maintien de services de proximité. À la croisée du tourisme, de l'environnement et de la santé publique, cet article explore comment le tourisme peut contribuer à répondre à certains défis sanitaires contemporains et participer à la construction d'une véritable santé territoriale.
Source image : Littoral Chaire de recherche en partenariat sentinelle Nord en approches écosystémiques de la santé (Laval).

L’actualité elle est chaude chaude chaude (dixit Éric Aymeric Lompret).

Si je te parle de santé dans un article du blog etourisme, tu vas peut-être vérifié que tu n’es pas tombé par erreur sur le site de l’Assurance Maladie. Rassure-toi, il ne sera ni question de tourisme médical, ni de cure thermale, ni de mutuelle pour les visiteurs.

Pourtant, entre les canicules à répétition, la qualité de l’air, l’accès à la nature, la santé mentale ou encore les mobilités actives, les destinations touristiques influencent déjà notre santé bien plus qu’on ne l’imagine. Et si les offices de tourisme contribuaient aussi, sans toujours le savoir, à fabriquer des territoires où l’on vit… et où l’on se porte mieux ?

Le tourisme est souvent accusé de nombreux maux : surfréquentation, émissions carbone, artificialisation ou tensions d'usage. Pourtant, il pourrait aussi faire partie des remèdes. Face à la montée des canicules, du stress, de la sédentarité ou des inégalités territoriales de santé, les destinations disposent d'atouts précieux : accès à la nature, mobilités actives, lien social, qualité de vie et maintien de services de proximité. À la croisée du tourisme, de l'environnement et de la santé publique, cet article explore comment le tourisme peut contribuer à répondre à certains défis sanitaires contemporains et participer à la construction d'une véritable santé territoriale.

One Health : le tourisme devient aussi une question de santé

Pendant longtemps, les questions de santé semblaient éloignées des préoccupations des offices de tourisme. Les uns s’occupaient des visiteurs, les autres des patients. Les uns parlaient d’attractivité, les autres d’hôpitaux. Pourtant, cette frontière est en train de disparaître.

L’approche « One Health » (« Une seule santé »), portée par l’Organisation mondiale de la santé, les agences internationales et désormais la Commission européenne, repose sur une idée simple : la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont profondément liées. Une eau polluée, une biodiversité dégradée ou une ville surchauffée finissent toujours par produire des effets sur notre santé.

Source ARS Occitanie

Cette approche résonne particulièrement avec les défis auxquels sont confrontées les destinations touristiques. Canicules, incendies, pollution de l’air, tensions sur la ressource en eau, prolifération de certaines espèces invasives ou encore dégradation des espaces naturels : les conséquences du changement climatique ne concernent plus seulement l’environnement. Elles touchent directement la qualité de vie des habitants et l’expérience des visiteurs.

La question devient alors plus large : au-delà de ses retombées économiques, le tourisme peut-il contribuer à maintenir, voire améliorer, la santé des gens et des territoires ?

Le changement climatique est déjà un sujet de santé publique

Dans son ouvrage A notre santé, l’enseignent chercheur et épidémiologiste Kevin Jean rappelle que le changement climatique est aujourd’hui l’une des plus grandes menaces sanitaires du XXIe siècle. Pourtant, nous continuons souvent à le considérer comme un problème environnemental abstrait, mesuré en tonnes de carbone ou en degrés de réchauffement.

Les effets sur notre santé sont pourtant déjà visibles (lire son article sur Bon Pote du 18/10/23).

Les épisodes de chaleur extrême se multiplient. Selon Santé publique France, l’été 2025 aurait provoqué plus de 3 700 décès attribuables à la chaleur sur le territoire national. Derrière ces chiffres se cachent des réalités très concrètes : aggravation des maladies cardiovasculaires et respiratoires, déshydratation, troubles rénaux, fatigue chronique ou encore dégradation du sommeil (consulter le site « Vivre avec la chaleur »).

Plus récemment, plusieurs travaux ont également montré que les fortes chaleurs affectent nos capacités cognitives. Difficultés de concentration, baisse de vigilance, irritabilité ou fatigue mentale deviennent plus fréquentes lorsque les températures augmentent durablement. Certains chercheurs évoquent même l’impact du réchauffement climatique sur nos fonctions cérébrales.

La santé mentale n’est pas épargnée. L’éco-anxiété, la solastalgie (ce sentiment de détresse face à la dégradation de son environnement) ou encore les formes de stress liées aux catastrophes climatiques gagnent du terrain. Comme le rappellent plusieurs membres de l’Alliance Santé Planétaire, les crises écologiques ne produisent pas seulement des dommages physiques ; elles affectent aussi notre rapport au monde et notre bien-être psychologique. On note aussi une augmentation des violences lors de pic de températures.

Pour les destinations touristiques, ces évolutions ne sont pas anodines. Elles transforment progressivement les conditions d’accueil des visiteurs. Comment organiser une visite urbaine à 42 °C ? Comment maintenir l’attractivité d’un centre historique devenu inconfortable plusieurs semaines par an ? Comment gérer les conflits d’usage autour de l’eau ou les fermetures d’espaces naturels lors des épisodes de sécheresse ou d’incendie ? (j’en avait déjà parlé dans un billet de 2024 « l’effet sauna qui fait mal »).

À Avignon, à Arles ou dans de nombreuses destinations méditerranéennes, la question de l’ombre, de l’accès à l’eau, des îlots de fraîcheur ou du confort climatique devient autant un enjeu touristique qu’un enjeu sanitaire (suivre le brillant Clément Gaillard expert en design bioclimatique).

La santé n’est plus un sujet périphérique (lire aussi le dernier rapport Oxfam France « comment le changement climatique menace notre santé« , sorti le 18/06/26). Elle devient progressivement un indicateur de robustesse territoriale.

Synthèse des travaux de Kévin Jean (généré par IA)

Le secteur touristique fait déjà partie de la solution

La bonne nouvelle est que les mêmes territoires qui subissent les effets du changement climatique disposent souvent d’une partie des réponses.

Depuis plusieurs années, les chercheurs en santé environnementale accumulent les preuves concernant les bénéfices du contact avec la nature. Marcher dans une forêt, pratiquer une activité physique en extérieur, séjourner dans un environnement calme ou simplement avoir accès à des espaces verts améliore significativement la santé physique et mentale.

Les bénéfices observés sont nombreux : réduction du stress, amélioration du sommeil, diminution de certains troubles anxieux, augmentation de l’activité physique et amélioration du bien-être général.

Une étude relayée récemment par BBC Future a même montré qu’une simple expérience de camping pouvait contribuer à resynchroniser les rythmes biologiques et améliorer durablement la qualité du sommeil.

Finalement, une grande partie de ce qui fait la richesse touristique d’un territoire correspond également à ce qui favorise notre santé.

Les sentiers de randonnée encouragent l’activité physique. Les voies cyclables réduisent la dépendance à la voiture. Les espaces naturels favorisent la détente et la récupération psychologique. Les marchés locaux soutiennent une alimentation plus saine. Les séjours de proximité limitent le stress lié aux déplacements et renforcent le lien avec le territoire.

Autrement dit, de nombreuses pratiques touristiques génèrent des « co-bénéfices » : elles sont bonnes à la fois pour l’environnement, pour le climat et pour la santé (suivre les travaux de Fiona Ottaviani).

Cette idée est au cœur des travaux de plusieurs organisations, dont le Réseau Action Climat ou Bon Pote : tout ce qui est bon pour le climat est souvent bon pour la santé.

Pour les offices de tourisme et autres OGD, cela ouvre un champ d’action particulièrement intéressant. Il ne s’agit plus seulement de promouvoir des activités de loisirs, mais aussi des expériences favorables au bien-être des visiteurs.

Certaines destinations commencent déjà à explorer cette voie. Le projet Ardenne Good Life (cœur cœur Joël Dath), développé dans les Ardennes franco-belges, en est une illustration. Son ambition dépasse la simple promotion touristique : il s’agit de valoriser un cadre de vie associant nature, activités de plein air, alimentation locale, mobilités douces et qualité de vie.

Source : Ardenne Good Life, fonds documentaire « soin par la nature ».

Le message n’est plus uniquement : « Venez visiter notre territoire ». Il devient : « Venez vivre mieux ».

Vers une santé territoriale par le tourisme

Cette évolution pourrait profondément renouveler la manière dont nous pensons les destinations.

Pendant des décennies, le tourisme a principalement été évalué à travers sa capacité à attirer des visiteurs et à générer des retombées économiques. Ces dimensions demeurent essentielles. Mais elles ne suffisent plus à répondre aux défis contemporains.

Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population, les canicules, les inégalités territoriales et les tensions budgétaires sur les services publics, une nouvelle question apparaît : comment le tourisme peut-il contribuer à améliorer les conditions de vie de tous ?

Le sujet dépasse largement les seuls visiteurs.

Dans de nombreux territoires ruraux ou de montagne, l’activité touristique permet de maintenir des commerces, des équipements sportifs, des services de mobilité, des cabinets médicaux ou encore des équipements culturels dont bénéficient également les habitants permanents.

Le tourisme agit alors comme un facteur de maintien de l’habitabilité territoriale.

Demain, les destinations les plus attractives ne seront peut-être pas celles qui accueilleront le plus de visiteurs. Elles pourraient être celles qui réussiront à concilier la santé des habitants, la santé des visiteurs et la santé des écosystèmes (clin d’œil à la formidable Julie Rieg, sociologue prospective avec qui j’ai bossé pour Isère Attractivité).

C’est précisément l’ambition portée par l’approche One Health. Et peut-être l’une des prochaines frontières du management des destinations : le tourisme comme médicament aux maux de la société (punchline trouvée avec Jean-Christophe Mercorelli de l’OT Châteillon Plage).

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Dans un secteur touristique en développement continu, il est indispensable d'accompagner les professionnels vers un tourisme raisonné et responsable. Je me décris comme une apicultrice de projets touristiques en transition. J'aime aller m'inspirer ailleurs et je prône la politique du petit pas (penser global et agir local). Je prépare actuellement une thèse doctorale sur la "gouvernance de la performance publique, management hybride de la performance globale pour les OGD".
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