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Comment développer l’attractivité touristique d’une smart city ? L’exemple d’Issy-les-Moulineaux.

Publié le 31 janvier 2022
6 min

Les termes de smart city ou de tourisme intelligent ne sont plus des nouveautés puisqu’ils sont intégrés dans de nombreuses stratégies territoriales depuis près d’une décennie. Déjà abordés sur le blog etourisme.info en 2015 et 2017, Jean-Baptiste Soubaigné et Mathieu Bruc rappelaient l’importance de la dimension technologique dans ces stratégies. 

Bien qu’a priori théoriques, plusieurs initiatives montrent comment les territoires s’approprient ces concepts pour développer leur attractivité touristique. Nous prendrons l’exemple de la ville d’Issy-les-Moulineaux suite à de nombreux échanges avec Emmanuelle Breuil-Salles, directrice d’Issy Tourisme International.

De la smart city à la smart destination

L’émergence de la smart city répond à de nombreux enjeux urbains relatifs à la qualité de vie des usagers. Elle prend en compte la gestion des ressources par l’utilisation des technologies et dans une vision durable des villes (Picon, 2013). Par mimétisme, nous differencions le smart tourisme qui se concentre sur l’amélioration de l’expérience voyageur (Gretzel, 2015) et la smart destination plutôt orientée sur la gouvernance et la gestion des territoires (Femenia-Serra & al., 2019). Les initiatives smart ont donc pour objectif de trouver le subtil équilibre entre les bénéfices de ce que peuvent apporter les technologies et la vision durable des territoires. 

LA cyber cité d’Issy-les-Moulineaux

En France, Issy-les-Moulineaux s’est très rapidement imposée comme une référence auprès des smart cities. Ville de 4,25 km2 située dans la petite couronne parisienne, elle bénéficie de nombreux avantages comme la proximité avec la capitale et le Paris Expo porte de Versailles, un accès privilégié jusqu’au centre de Paris (RER, métro, tram, Grand Paris), ou encore la présence de grands sièges sociaux (Microsoft France, Coca-Cola France, Canal +, etc.). La ville s’est très rapidement orientée sur le numérique et a décuplé les projets smart qui ont contribué à développer sa notoriété dans les réseaux internationaux: création de smart grid pour la gestion optimisée de l’énergie, construction de quartiers éco responsables, numérisation des services publics, etc.

Petit bras de Seine depuis la passerelle de l’Ile Saint Germain (Issy-les-Moulineaux).

L’attractivité touristique d’une smart city

Pour la ville d’Issy-les-Moulineaux, le numérique n’est pas incompatible avec l’attractivité touristique. En effet, valoriser l’attractivité d’un lieu ne dépend pas uniquement de ses atouts géographiques ou culturels mais de la stratégie et de la symbolique véhiculée par les acteurs pour représenter ces lieux (Gagnon, 2017). Bien qu’Issy-les-Moulineaux dispose d’atouts touristiques comme la tour aux figures du Parc départemental de l’île Saint Germain ou le musée de la carte à jouer, c’est autour du numérique et sur une cible MICE/tourisme d’affaire que la ville a développé son identité touristique. Au regard des activités d’Issy Tourisme International, nous pouvons identifier plusieurs caractéristiques liées à la smart city:

  1. Considérer le tourisme comme un levier économique

Dans une politique de smart city, le tourisme devient une composante essentielle des villes au même titre que la santé, la gestion des déchets ou la mobilité (Guo & al, 2014). Ainsi « ce qu’on doit valoriser avec la promotion du territoire, c’est le côté vertueux des retombées économiques pour la ville: remplissage des hôtels, des restaurants, achats chez les commerçants, récupération des taxes de séjour, etc.» (Breuil-Salles, 2022). Le tourisme n’est plus considéré comme une variable d’ajustement des actions publiques mais comme un levier économique.

  1. Diversifier les activités de l’office de tourisme

À Issy-les-Moulineaux, cette réflexion hors des silos se retrouve également par l’imbrication et la multiplication des compétences de l’office de tourisme. Il n’est plus uniquement un organisme de valorisation touristique mais un acteur stratégique de la collaboration internationale, capable entre autre d’accueillir les délégations étrangères et de gérer les accords de jumelages avec les villes partenaires. 

  1. Développer ses activités à l’international

Pour répondre au dernier article de Maïthé Levasseur, « Comment positionner une destination voisine d’un grand centre urbain », ici l’office met en avant la destination Paris en partenariat avec des Tour-opérateurs internationaux. Il profite de cette visibilité pour valoriser ensuite leur qualité d’accueil et de service aux portes de Paris. L’office de tourisme devient un réceptif qui vend des packages pour une clientèle individuelle regroupée ou MICE. En plus d’une autonomie liée à ses actions commerciales, il bénéficie d’une plus grande autonomie financière.

  1. Normer et certifier la qualité d’accueil et de service

L’office de tourisme devient un opérateur de voyage pour les résidents, les touristes, et pour toutes la gestion des relations internationales. Pour assurer un niveau de qualité, la ville a été la première commune à recevoir la certification Qualiville d’AFNOR, attestant de son efficacité dans le traitement des demandes des habitants. Pour les visiteurs, l’office de tourisme bénéficie de la norme ISO 9001-2015 reconnue à l’internationale qui vise à accroître la satisfaction des clients en démontrant son aptitude à proposer des produits et des services conformes aux exigences de chacun. Ces indicateurs de performance contribuent à rationaliser puis valoriser les services de la smart city.

  1. Mettre en tourisme le concept de smart tourisme

La smart city révèle des projets développés dans une vision pratique et efficiente des territoires avant d’être séduisants et touristiques. L’enjeu pour la ville c’est donc de coordonner cette identité technologique avec un attrait touristique. Dans ce sens, la ville a signé en 2019 un contrat régional de destination sur la thématique de la smart city pour mettre en avant ses initiatives numériques. Elle propose un « smart Issy tour » pour sa clientèle affaire, reliant les différents spots de la smart city pour valoriser les coulisses d’une ville numérique. Il est complété par une mission MICE qui propose des team building en réalité augmentée et la visite des écoquartiers. Le numérique développé par la smart city devient un lieu touristique à l’image du tourisme industriel ou culturel.

  1. Proposer des expériences numériques

L’office de tourisme continue la numérisation de son espace d’accueil avec l’arrivée du robot Peper et l’installation de la borne Timescope qui présente le teaser du Smart Issy Tour. L’office complète cet accueil avec des parcours numériques dans la ville. Par exemple, il est possible de suivre un circuit en réalité augmentée autour de l’Héliport d’Issy, berceau mondial de l’aviation. Aussi, en partenariat avec Runnin’ City, l’OT propose des flâneries urbaines pour allier jogging et découverte culturelle. Cependant, Issy Tourisme International réserve encore des surprises qui seront révélées pour cette année 2022.

voyage numérique en bord de Seine

Pour terminer, la visite du numérique est rarement un objet qui déclenche l’envie de voyager. Pourtant, pour être authentiques, les destinations doivent représenter leur identité. Pour Issy-les-Moulineaux, cette identité est numérique et elle se retrouve par ricochet sur l’identité valorisée pour développer leur attractivité. Enfin, il faut reconnaître que la vision et les actions d’Emmanuelle Breuil-Salles contribuent à faire de cette stratégie atypique, un beau projet de territoire.

Bibliographie

Bruc, M., (2017), Voyages-sncf.com passe à l’offensive avec le smart tourisme #VSC2017, etourisme.info, en ligne.

Femenia-Serra, F., Neuhofer, B., & Ivars-Baidal, J. A. (2019). Towards a conceptualisation of smart tourists and their role within the smart destination scenario. The Service Industries Journal, 39(2), 109-133.

Gagnon, S. (2007). Attractivité touristique et «sens» géo-anthropologique des territoires. Téoros. Revue de recherche en tourisme, 26(26-2), 5-11.

Gretzel, U., Werthner, H., Koo, C., & Lamsfus, C. (2015). Conceptual foundations for understanding smart tourism ecosystems. Computers in Human Behavior, 50, 558-563.

Guo, Y., Liu, H., & Chai, Y. (2014). The embedding convergence of smart cities and tourism internet of things in China: An advance perspective. Advances in Hospitality and Tourism Research (AHTR), 2(1), 54-69.

Levasseur, M., (2022), Comment positionner une destination voisine d’un grand centre urbain, etourisme.info, en ligne.

Picon, A. (2013). Smart Cities: Théorie et critique d’un idéal auto-réalisateur (p. 120). B2.

Soubaigné, J.B., (2015), Smart city, quel enjeu pour l’office de tourisme ?, etourisme.info, en ligne.

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Cyril est enseignant et coordinateur de la recherche à l’ESCAET, école de commerce spécialisée en tourisme (Aix-en-Provence). En parallèle il effectue un doctorat en sciences de l'information et de la communication à l'Université Gustave Eiffel. Ses recherches tentent de mettre en lumière la représentation médiatique des concepts smart dans la presse professionnelle. Passionné par la recherche universitaire, il décrit l'actualité du secteur à travers la littérature académique spécialisée dans le [...]
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