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Clubhouse, quelles applications pour le marketing touristique ?

Publié le 8 mars 2021
7 min
Cela ne vous aura pas échappé, Club House agite le landerneau des réseaux sociaux tant le nombre d’utilisateurs ne cesse de croître, au rythme des invitations lancées par les « happy few » possesseurs d’iphone.

Passée l’euphorie de la découverte,
les rédacteurs de votre blog préféré, toujours sur la brèche, investissent ce média et s’interrogent sur ce que ce dernier peut apporter au monde du tourisme.

Clubhouse est un réseau social audio, basé uniquement sur le vocal, au travers de « rooms » dans lesquelles tout un chacun peut écouter ou intervenir à sa guise (ou presque). Si vous avez besoin d’un update sur l’app, je vous renvoie vers le billet de Seb Répéto ou sur le très clair article du blog du modérateur.

Un espace à investir pour doper sa stratégie marketing

Ce nouveau média social compte de nombreux détracteurs, et ce pour plusieurs raisons, la principale étant tout autant un atout qu’un sujet à controverse, il s’agit de son caractère exclusif. En effet, le fait que l’application ne soit téléchargeable que par les heureux propriétaires d’Iphone, et qu’elle ne soit accessible que sur invitation a de quoi faire dresser les cheveux de plus d’un.

Et pourtant, c’est bien parce qu’elle est exclusive qu’elle attire les nouveaux usagers, trop heureux de faire partie des early adopters (la communauté française ne compte encore que 45 000 abonnés VS les 6 millions à l’international), trop fiers d’être là où ça se passe. La grande liberté de ton des débuts, le côté un peu radio libre et la gouvernance horizontale passent pour le summum du cool. Ajoutons à ceci que les célébrités qui s’amusent de ce nouveau terrain de jeu y sont présentes, et qu’il n’est pas rare de se retrouver dans une room entre Woodkid et Jonathan Cohen.

De plus, l’application est bien conçue, elle est extrêmement simple à prendre en main, et joue sur les mécanismes habituels des réseaux sociaux pour nous rendre totalement addicts : remise régulière d’invitations à distribuer pour cocher la case « récompense » et prendre un shoot de dopamine, instantanéité du direct des conversations en cours dans les rooms non enregistrées qui jouent sur la peur de rater quelque chose, notifications intempestives mais lorsque l’on croyait les avoir paramétrées correctement. Oui, c’est terrible, mais ça a pour effet de créer une vaste audience très captive, et curieuse de tout ce que ce nouvel univers peut offrir.

SE POSITIONNER COMME UN MéDIA SUR CH

Clubhouse est donc un nouvel espace médiatique que les marques (j’entends par là les OGD demain, vous me suivez) peuvent investir pour véhiculer leurs valeurs et générer des contenus conversationnels avec leurs communautés.

Pour illustrer ce propos, on peut regarder ce que fait l’entreprise Feed., très active sur le réseau. Feed. est une marque de produits alimentaires qui cherche à se positionner comme une marque inspirante, et qui se différencie de ses concurrents par les valeurs qu’elle porte et sa capacité à apporter du contenu voire une certaine philosophie de vie à ses clients. Dès novembre 2020, à l’arrivée de CH en France, Feed. s’est engagé très fortement en créant et animant 3 rooms par jour. Ces rooms prennent un peu la forme de podcasts en direct, sous forme d’interviews de personnalités sur des sujets variés et souvent déconnectés de l’alimentation, mais parfaitement en phase avec l’une des valeurs clefs de la marque, le dépassement de soi. Feed gagne 1000 abonnés par jour, ils visent les 100 000 abonnés d’ici deux à trois mois, et viennent de recruter un modérateur 100% dédié à ClubHouse.

Un incontournable du genre passe également par le fait de donner la parole aux auditeurs de la room en leur permettant de « monter on stage » pour « speaker » (déso). La distance sociale s’estompe, et une sensation de grande proximité s’instille entre les différentes personnes, chacun se sentant légitime de prendre la parole, d’exprimer un point de vue, de témoigner, de débattre. A ce stade, le réseau français est si petit que la bienveillance est encore clairement de mise et que l’absence de jugement favorise une spontanéité rafraîchissante. A l’inverse d’un réseau comme Instagram fait de papier glacé et d’icônes inaccessibles, ClubHouse reste à l’heure actuelle un réseau « social » dans son sens le plus strict. Pas étonnant que de nombreux influenceurs s’y retrouvent, Bruno Maltor, Alex Vizeo et Little Gypsy pour ne citer qu’eux dans le domaine qui qui nous intéresse. Le pouvoir de la voix n’y est pas pour rien, les radiophiles conviendront de l’attachement que l’on peut tisser avec des voix devenues progressivement familières, parce qu’elles entrent dans nos maisons, dans notre sphère intime. Cela crée un rapport de proximité, un lien privilégié : ne pas voir les centaines d’autres personnes présentes dans la room permet de se sentir dans une bulle, dans une relation hyper qualitative et individualisée avec les speakers.

Sensation très étonnante de débarquer dans une room, juste parce que le sujet avait l’air intéressant, et de s’entendre dire « aujourd’hui on va essayer de donner la parole aux nouveaux », puis de se retrouver à partager son point de vue (sur un sujet qu’on connaît, ouf). Clubhouse est donc aussi un endroit qui démystifie la prise de parole en public, qui horizontalise le débat et casse la hiérarchie habituelle qui veille au fait que ce sont toujours les mêmes qui parlent. Cela renouvelle clairement le genre, donne une bonne bouffée d’air frais aux échanges, surtout en cette période trustée par les « experts ».

Enfin, si le social audio crée beaucoup d’engagement de la part des abonnés, un de ses avantages notables est qu’il est aussi vécu comme un média que l’on peut consommer « en faisant autre chose ». Comme son cousin le podcast, la room sur CH n’occupe que la fonction auditive de l’usager, le laissant libre de conduire, de courir, de cuisiner, que sais-je encore. Je n’ajoute pas « traiter ses mails » dans cette liste parce qu’il s’agirait quand même d’écouter un minimum, hein.

le tourisme dans clubhouse

Dans l’application, une fonction « recherche » permet d’explorer qui est présent sur le réseau, mais aussi d’identifier des clubs que l’on va pouvoir suivre. Fonction bien pratique puisque je dois bien avouer que l’algorithme n’est pas encore franchement au point, et que les rooms que l’appli me propose spontanément me déconcertent parfois. Les clubs permettent d’affiner ses centres d’intérêt, de fidéliser une communauté, à condition, comme sur toute plateforme, de l’animer avec soin et régularité. Il existe des dizaines de clubs autour de la thématique « travel », beaucoup moins autour de celle du voyage, plutôt orientée Amérique du Nord pour le moment, nos amis canadiens ayant eu accès à l’app plus tôt que nous. Ca évoluera dans le temps naturellement, à nous de jouer !

Pour le moment, les clubs thématisés #voyage regroupent des voyageurs qui échangent des tips et des récits, en revanche aucun OGD à l’horizon. Non, non, aucun.

Parce que c’est le lieu de la conversation, ce que toute marque / toute destination recherche dans ses interactions avec ses visiteurs qu’elle se doit de convertir en communauté en sortant du top down, Clubhouse semble être un beau terrain de jeu pour expérimenter de nouvelles façons de s’adresser aux internautes :

  • Ouvrir une room récurrente en y invitant une figure de votre destination pour un échange informel, d’abord en mode interview puis en séquence échanges avec les auditeurs (on dit QnA sur CH, pour « questions & answers » 🙂 )
  • Evénementialiser votre présence sur CH en vous appuyant sur l’actualité de la destination, par exemple en proposant un mini concert d’un des groupes à l’affiche du festival du moment, sur un format court, à une heure à la c** que du coup personne ne voudra rater !
  • Proposer des temps de retours d’expérience de visiteurs, sur leurs coups de coeur, leurs bons plans, qui ne soient plus ceux que la desti a décidé de mettre en avant mais plutôt du vécu, perçu comme plus authentique
  • Organiser des jeux concours ou des tirages au sort sur vos autres réseaux sociaux pour faire gagner des invitations à rejoindre CH

les rendez-vous tourisme

> Chaque mardi, de 13h30 à 14h, les rédacteurs du blog etourisme.info refont le match de la semaine précédente en reprenant un des articles, pour l’approfondir avec l’auteur.e et tous ceux qui ont envie d’en débattre, et au sein de notre nouvelle « Roomba du blog » (copyright François Perroy). Demain, c’est Cédric Chabry qui s’y colle avec son billet sur l’éco-conception des sites web.

> Chaque vendredi à 12h heure de Montréal, les amis québecois (dont Fred Gonzalo qui fait partie de la team du blog) proposent « Voyage, voyage », une room d’une heure pour parler tourisme, j’ai écouté la dernière room sur l’agrotourisme, hyper intéressant.

> Chaque lundi à 9h30 heure de Montréal, la formidable gang du MT Lab nous livre du Tourisme et l’innovation, pour démarrer la semaine plein d’inspirations.

Quelques un.e.s d’entre nous ont bien envie de tester des idées, d’expérimenter des formats sur Clubhouse, si vous avez envie de vous embarquer avec nous pour mettre sur la table tous les sujets qui traversent vos pratiques professionnelles, signalez-vous ! A force de traîner sur Clubhouse, on a un paquet d’invits à partager 😉 Faites-moi signe ici.

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Laurence Giuliani dirige Akken, agence de production sonore pour les destinations touristiques et les lieux de culture. Anciennement responsable d'un Office de Tourisme en milieu néo-rural (ou péri-urbain, comme vous voulez), manager d'artistes, productrice en label indépendant, Laurence cultive la curiosité comme carburant du quotidien. Ses marottes : le son, le tourisme culturel et le "komorebi", cette lumière qui filtre entre les arbres, comme des fêlures de timidité entre les [...]
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