Retrouver le temps long

Publié le 3 septembre 2026
5 min

Après une fermeture estivale bien méritée, la rédac chef réouvre le blog aujourd’hui, avec un billet sous forme de vœu partagé à l’ensemble de notre industrie, celui de retrouver le temps long.

C’est sûr qu’après l’été qu’on vient de traverser, ça peut sembler un peu superfétatoire, cette histoire de “retrouver le temps long”. Et pourtant.
Pourtant face à l’état d’urgence dans lequel nous plongent toute l’année canicules, sécheresses, incendies, orages, tempêtes, inondations, rareté de l’eau, sur des temps courts et d’une intensité “rare”, nous croyons, ici, à la nécessité de prendre la mesure des années écoulées et de ce qu’elles nous ont déjà enseigné.

TRAJECTOIRES

2023, lors des #ET19, quatre destinations composent le panel d’une table ronde sobrement intitulée “On est dans la m*rde !”. Quatre directrices d’offices de tourisme y livrent les combats menés face aux catastrophes naturelles mais aussi à la lente érosion du vivant sur leurs territoires, dont la vulnérabilité s’accroît chaque année.
Les phénomènes climatiques et dévastateurs sont déjà largement connus, documentés, et pourtant. Pourtant chaque nouvel événement de ce type semble nous prendre de court, nous surprendre, sidérés et pantois face à cette nature qui ne nous ménage pas, dans un écho de réciprocité qu’on n’écoute jamais bien longtemps.
Pour se rafraîchir la mémoire en visionnant la conférence, c’est sous ce lien.

La même année, la commission Prospective d’ADN Tourisme, l’ADEME ainsi qu’Atout France, travaillent sur des scénarios prospectifs à dix et trente ans, impliquant des données climatiques mais aussi géopolitiques et démographiques. Les scénarios prospectifs sont publiés pour identifier des trajectoires à venir.  

Les travaux d’ADN aboutissent notamment à l’écriture et à la diffusion de micro-fictions plus ou moins dystopiques. L’une d’entre elles s’appelle “Drapeau d’alerte”, et décrit la situation du littoral girondin-landais en 2033, avec des restrictions de baignades causées par une algue invasive et toxique, puis des restrictions d’accès au massif forestier. Dans ce récit, qui constituait d’ailleurs l’introduction de la conférence des #ET19 évoquée au-dessus, les grands incendies de 2022 en Gironde ont amené les métiers du tourisme à évoluer pour prendre en compte les nombreux risques inhérents au changement climatique : informer, expliquer mais aussi protéger les visiteurs sont au cœur de ces nouvelles missions. Toujours dans ce scénario, le nouveau gouvernement en place dès 2027 a œuvré au regroupement et à une plus forte coopération des services du tourisme, de l’ONF,  de la protection civile… Les recompositions organisationnelles sont de mise.

Pour replonger dans la synthèse de ces productions : https://www.etourisme.info/prospective-du-tourisme-vue-par-atout-france-par-adn/ 

Pour replonger dans les récits du futur, sous forme de podcasts : https://drive.google.com/drive/folders/1AY3RdEfRxoCcXUlgUE8sEaSXEnoIXYFA 

Pour le travailler avec ses équipes et nouvelles gouvernances: https://www.etourisme.info/noublions-pas-les-futurs-possibles-mais-comment/ 

RÉALITÉS HUMAINES

Cet été, vous avez peut-être vu passer sur les réseaux le “bingo de l’été de l’OT”, qui recense tout ce qui se répète inlassablement dans les accueils des bureaux touristiques, mais aussi et surtout toutes les questions régulièrement posées par les visiteur·euses.
Version été 2026 : On peut se baigner malgré les cyanobactéries ? On peut maintenir notre location Airbnb la semaine prochaine (en plein méga feu) ? On peut louer des kayaks malgré la sécheresse ? Où peut-on trouver des rues ombragées (autrement appelés “refuges climatiques” désormais) ?


Cet été, les conseiller·ères en séjour ont été sacrément dans la sauce, entre volonté de ne pas décourager, de ne pas donner une image négative du territoire, et nécessité de transmettre une information correcte et fiable : un exercice de haute voltige, en présence de visiteur·euses parfois peu compréhensifs. La détresse des un·es et des autres se comprend aisément, l’été d’aujourd’hui ne tient plus ses promesses de détente et de lâcher prise, occupé·es que nous sommes à surveiller des nouvelles ultra anxiogènes dans une location saisonnière où il fait 36°.

D’ailleurs, chez vos équipes aussi, il faisait 36°.
La coupure se fait attendre pour les uns, tandis que les autres reviennent moins en forme qu’on l’aurait cru de leurs vacances pas si reposantes. Qu’est-ce qu’on fait de cette fatigue physique mais aussi émotionnelle qui s’est accumulée depuis ces derniers mois ? Échanger sur cet état de santé professionnel et mental sera déjà un premier pas de rentrée dans le management des équipes. 

Et puis il y a les professionnels du tourisme, qui prennent les chocs comme nul autre. Une saison ratée, ça ne se rattrape pas facilement.

Alors on a vu fleurir des campagnes de promotion last minute, pour tenter de rassurer les visiteur·euses, et il fallait le faire. Et pourtant. Pourtant aujourd’hui, dans le monde du tourisme, si accompagner l’adaptation demande d’importants investissements, pendant ce temps les coûts causés par l’inaction grimpent.

Qu’allons-nous faire et mettre en œuvre concrètement, maintenant que le thermomètre est redescendu ? Comment ne pas retomber dans une forme d’amnésie collective maintenant qu’on a remisé le ventilo et ressorti notre petite laine ? Comment ne pas s’habituer à ce nouveau statu quo, à la manière de cette grenouille, dans sa casserole d’eau tiède ? À ce propos, on a pu noter cet été une évolution sémantique des médias dans le traitement des incendies qui auparavant “ravageaient”, et qui dorénavant “parcourent” des hectares de forêt. De là à penser que ce type d’événement se normalise, se banalise, même dans le discours mainstream, il n’y a qu’un pas.

DES PLANS D’ACTIONS OU DES PLANS D’ADAPTATION ?

Alors voilà, aujourd’hui, c’est la rentrée et l’exercice habituel du fameux plan d’actions qu’on dresse a minima pour l’année. 

Mais dans ce contexte bouleversé et parfaitement imprévisible, sommes-nous encore capables de réaliser nos plans d’actions ? Sommes-nous capables de mesurer les risques auxquels nos territoires sont confrontés et sommes-nous consciemment à l’écoute de ces possibles ?

Avec les billets du blog produits avec conviction par la vingtaine de rédacteur·rices récurrents, tu trouveras certainement de quoi t’inspirer, te questionner et peut-être même t’aider pour des trajectoires revues et corrigées, des impacts mesurées, des coopérations aiguisées, des compétences adaptées. En tout cas, compte sur nous pour ne rien lâcher !

Pour conclure ce billet, nous souhaitions revenir sur une nouveauté désormais présente en fin de chaque article sur le blog, qui permet à chaque rédacteur·rice d’indiquer s’il a fait usage et de quelle manière de l’intelligence artificielle, que ce soit pour la conception, les recherches, l’écriture ou l’illustration de son papier.
Ce souci de transparence nous paraît indispensable, en ces temps de responsabilité partagée.
Pour ce papier, aucun recours à l’intelligence artificielle, juste trois cœurs et trois cerveaux bien humains.

JB, Ludo & Laurence

Je partage l'article
Voir les commentaires
0
23 articles
La rédaction du blog etourisme.info, composée de près d'une trentaines de contributeur·trices, avec Laurence, JB et Ludo à la rédac' chef.
Voir les 0 commentaires
Également sur etourisme.info