Ce matin, je reçois une alerte de la part de Jean-Baptiste: « Guillaume, tu étais de blog ce matin, ton article est ready?«
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Oups… non.
Je cherche en vain une alternative avec un autre blogueur mais, forcément, après un énième week-end de 4 jours du mois de mai, y’a pas grand monde pour rédiger un article en quelques minutes et me venir en aide.
Bien sûr, il y a l’IA. Je peux demander à Claude de me rédiger rapidos un article pour faire illusion. C’est tellement facile désormais. Mais, est-ce que je suis vraiment ce genre de personne. Ne suis-je pas capable de rédiger en 2026 un article bien ficelé, bien sourcé, à forte valeur ajoutée sans appui d’un LLM en quelques minutes et sans me prendre un minimum la tête?!
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Oups… non.
Merde. Voilà ce que nous sommes devenus… Mais que va-t-on réellement réussir à faire dans les années à venir quand Claude et ses copains auront utilisé toute la puissance de calcul d’Elon Musk et de son datacenter Colossus pour nous développer l’AGI? Vu ce qui s’est passé ces derniers mois, ça va être un sacré chamboulement dans nos vies et dans nos structures (oui, c’est clairement déjà le cas!). Il y a quand même une telle facilité d’usage et une telle efficacité à faire rédiger un article, un mail ou un rapport avec l’IA que l’on se sent un peu faible à côté!
Avant, j’anticipais quand Jean-Luc me demandait de rédiger un article. Je faisais des recherches sur Google. Je lisais l’actualité. Je feuilletais même des magazines papier pour trouver l’inspiration et permettre à mon cerveau de rapprocher ce que je lisais avec mon expertise dans le tourisme… Aujourd’hui, c’est Claude qui me fait tout ça. C’est quand même très très confortable… Mais à quel prix?!?
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Bah oui, l’impact écologique, la future casse sociale que cela va provoquer dans notre société! C’est grave! On ne peut pas utiliser ça à fond comme ça sans réfléchir un chouïa! Il va falloir doser, utiliser uniquement si c’est VRAIMENT pertinent et important et avec le bon modèle! Oui, ok, bien entendu, mais c’est quand même vraiment facile et efficace pour travailler au quotidien…
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Voilà le bazar actuel de mon cerveau. Je ne pense pas être le seul. J’ai donc proposé à Nicolas François de transformer cette dissonance ou cette schizophrénie en atelier pour les Rencontres du Tourisme à Pau en octobre prochain. C’est qu’il va nous falloir une petite thérapie de groupe pour mettre des mots sur tout ce qui se passe actuellement dans nos cerveaux, dans notre réflexion face à notre travail du quotidien en utilisant l’IA ou non pour bien comprendre ce qui serait souhaitable de faire!
En guise de fin, je vous propose quand même un mini article fait avec mon agent et fait en quelques minutes d’échange pour commenter 5 actualités autour des transitions de notre secteur (écologique, climatique, IA, sociétale, etc.) que je trouve particulièrement intéressantes!
1. Le kérosène a doublé. Le low-cost vacille.
Les faits
Willie Walsh, directeur général de l’IATA, l’a confirmé le 20 mars 2026 : une hausse de 20 à 40 % des billets d’avion est « inévitable » pour l’été. La part du carburant dans les coûts des compagnies est passée de 25-30 % à environ 45 % (FNAM, avril 2026), et Air France-KLM a déjà appliqué une surcharge de 100 euros sur les aller-retours long-courriers en économique. Un Paris-Barcelone est passé de 98 à 126 euros en une semaine, soit +29 %.
Mon regard
Je trouve assez sidérant que des destinations aient construit toute leur stratégie de développement sur l’accessibilité aérienne à bas coût sans jamais poser la question de la résilience. On parle pas mal de robustesse ces temps-ci (Coucou Olivier Hamant) mais là, c’est un vrai test de solidité que l’on a jamais trop questionné dans des territoires qui se droguent aux vols low-cost. Ca fait une bonne cure de detox!
2. ChatGPT devient un média de performance. Les OTAs ont dégainé en premier.
Les faits
Depuis le 17 avril 2026, ChatGPT adopte officiellement le modèle CPC — coût par clic — alignant son offre publicitaire sur le standard Google. Selon les premières analyses (Hotelrank.ai, mai 2026), Booking rafle déjà près de 44 % des apparitions publicitaires sur les requêtes hôtelières aux États-Unis.
Mon regard
J’ai un déjà-vu, pas vous? En 2005, les mêmes OTAs ont préempté Google Ads avant que les indépendants ne comprennent les règles du jeu. Vingt ans plus tard, les professionnels du tourisme regardent encore l’horizon en se demandant si ça va vraiment changer. Je pose la question directement : combien d’offices de tourisme ont aujourd’hui un budget pour exister dans ce nouveau canal conversationnel ?
3. Anthropic loue les serveurs d’Elon Musk. L’IA n’a pas d’idéologie.
Les faits
Le 6 mai 2026, Anthropic a signé un accord avec SpaceX pour exploiter l’intégralité du datacenter Colossus 1 à Memphis : 300 mégawatts, 220 000 GPU Nvidia. Trois mois seulement après qu’Elon Musk qualifiait publiquement Claude de modèle « evil » et accusait Anthropic de biais dans ses réponses.
Mon regard
C’est exactement l’histoire dont je parle en introduction. Le même Claude que j’utilise pour écrire cet article tourne désormais sur les serveurs de SpaceX. La guerre de l’IA se joue sur l’infrastructure brute, pas sur les valeurs affichées. Pour les destinations qui misent sur des outils IA « souverains » ou « éthiques », cette réalité mérite d’être regardée en face plutôt que décorée de bons sentiments.
4. Google I/O 2026 : « Remy », l’agent qui organise vos vacances sans vous demander votre avis.
Les faits
Google annonce lors de son I/O 2026 le projet Remy, un agent IA disponible 24h/24, capable d’agir de manière autonome — communiquer, planifier, effectuer des achats — en apprenant des interactions, du contexte personnel et des fichiers de l’utilisateur. Extension hors États-Unis prévue fin 2026.
Mon regard
Quand un agent réserve un séjour sans que le voyageur consulte un seul site de destination, que reste-t-il de la stratégie d’inspiration des CDT et des offices de tourisme ? La question pivot : comment être éligible à la décision d’un algorithme qui connaît le voyageur mieux que lui — et la filière n’a, à ma connaissance, pas encore commencé à formuler la bonne réponse.
5. L’IA consomme autant qu’une ville moyenne. Le tourisme durable peut-il s’appuyer sur des outils qui ne le sont pas ?
Les faits
Les centres de données représentent environ 1 à 1,5 % de la consommation électrique mondiale, une part en forte croissance avec l’explosion des usages IA — et une grande partie de cette énergie provient encore de sources non renouvelables (AIE). Le seul datacenter Colossus 1 — celui qu’Anthropic vient de louer à SpaceX — consomme 300 mégawatts soit la consommation instantanée d’une ville comme Bordeaux!
Mon regard
L’angle mort du débat sur le numérique responsable dans le tourisme — et ça me gêne personnellement, d’autant que j’utilise ces outils, y compris pour écrire cet article. Les destinations et les OT qui affichent des engagements RSE forts tout en déployant massivement des outils IA sans traçabilité carbone (mais peut-on vraiment le faire facilement aujourd’hui?!) construisent une contradiction qui finira par leur être renvoyée. Je ne plaide pas contre l’IA. Je plaide pour mesurer ce que l’on consomme numériquement avec la même rigueur qu’on prétend appliquer à nos déplacements physiques (bon, tout n’est pas non plus parfait encore dans ce domaine même si on progresse!)
Merci pour la lecture et désolé pour le retard!