Cet article est le fruit d’une collaboration entre le blog et Touriscopie à l’occasion des 10 ans du blog. Touriscopie, créé et piloté par Josette Sicsic, est à la fois un journal mensuel et un observatoire des indicateurs dans le tourisme qui influent sur son évolution. D’autres articles écrits par des blogueurs et publiés dans Touriscopie sous des formes diverses, seront prochainement repris ici. Les articles sont enrichis dans le numéro de janvier de Touriscopie. Dans cet article nous nous intéressons particulièrement à l’évolution des transports, collectifs et individuels, particulièrement marqués par les innovations numériques, à commencer par l’essor des autos au pilotage autonome lancées en priorité par les majors Google et Apple.

Les transports sont l’un des maillons essentiels de la chaîne touristique. Assimilés de manière historique en priorité à l’automobile, puis au train et à l’avion, ils s’ouvrent de plus en plus à des solutions partagées, comme le covoiturage et possiblement demain le co-avionnage, autonomes (locations ou possessions de voiture et vélos électriques), et en réseau (plateformes multimodales). La variété remplace l’unicité et le désir d’autonomie dans les différentes séquences d’un trajet se révèle.

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2016 : Etat des lieux

Le monde des transports connaît une révolution majeure, directement impulsée par les innovations de l’univers numérique :

  • le covoiturage optimisé,
  • le vélo repensé sous des formes diverses et réapproprié dans les villes,
  • les nouveaux modes de transports électriques comme les vélos, les trottinettes, les Segway ou les Howerboard, ces derniers ont marqué le Noël 2015,
  • l’autocar grandes lignes proposant des liaisons nouvelles en France à tarifs compétitifs,
  • les bateaux de loisirs,
  • l’avion de loisir partagé,
  • le taxi ré-inventé, au point de créer un nouveau mot, l’ubérisation.

Tout cela suit la profonde révolution aérienne, toujours à l’œuvre, sous l’effet des compagnies à bas coûts et à bas prix.

écran tesla

Mais plus que cela, la liaison entre numérique et durable est en train de s’établir dans l’univers des transports, y compris dans les hautes sphères. Elon Musk a encore frappé un coup spectaculaire à la fin 2015 en démontrant qu’une fusée (Space X) pouvait avoir une double vie. Pour la première fois, à part l’exemple de la Navette Spatiale conçue sur le mode d’un avion kangourou, une vraie fusée a décollé pour placer des éléments en orbite avant de revenir sur poser. L’aventure spatiale durable peut être envisagée, de même que le tourisme spatial. Et d’évoquer des coûts de sortie allant de 50 000 à 100 000 dollars. Plus immédiatement accessible, la voiture électrique Tesla, imaginée et fabriquée par le même inventeur offre confort, puissance et autonomie électrique sur plus de 400 km. Une première qui bouleverse l’industrie automobile, tellement partie prenant de l’industrie touristique. Repensons au guide Michelin, créé voilà plus de 100 ans par les frères Michelin pour accompagner le développement de l’automobile. L’univers des transports va évoluer encore plus vite avec l’émergence des voitures à pilotage automatique et des autoroutes productrices d’énergie.

2016 : Etat du tourisme

Du côté des particuliers, le covoiturage fait de plus en plus d’émules et l’achat de vélos, notamment pliants et électriques, progresse fortement. A l’insécurité redoutée et à la promiscuité presque toujours garantie des transports en commun, de nombreux citoyens préfèrent l’évolution personnelle ou en petit comité, source d’apaisement et de bien être sportif.

Dans les collectivités, le poste traditionnel de la voirie, l’un des premiers en termes de parts de budget, est désormais couplé à celui du mode de transport : aux tramways et autobus sont ajoutées des stations de location de vélos et de voitures électriques. Après avoir voulu freiner le trafic automobile en réduisant les voies et modifiant les plans de circulation urbaine sans marquer de réels points, car les besoins de mobilité ne cessent de progresser, les collectivités pensent désormais en transports multiples et combinés. Encore que les situations soient différentes entre l’Europe et l’Amérique du Nord par exemple : contraction ici des axes de circulation, recours majeur à l’électrique et à l’hybride là bas. Par ailleurs, les voies réservées aux mobinautes se multiplient en Asie (pour éviter les chocs entre piétons concentrés sur leurs écrans) et l’Allemagne vient de lancer sa première autoroute pour vélos. Avec un objectif européen de 20% d’énergie renouvelable dans la consommation globale, de nouvelles initiatives voient le jour comme la première autoroute solaire de 30 km inaugurée en 2011 en Italie entre Catania et Siracuse.

Dans les offices de tourisme, on s’équipe de vélos électriques et de petites autos électriques proposés à la location et on part au devant des touristes en triporteur. L’office de tourisme hors les murs est un axe de sauvegarde de la profession. La location d’Hoverboard pourrait compléter l’offre déjà enrichie depuis quelques années par les Segway.

Chez les professionnels de l’hébergement, les stations de recharge de véhicules électriques vont se multiplier, tant pour les possesseurs de telles voitures que pour ceux qui arrivent en avion ou train et veulent louer occasionnellement. De son côté Tesla cherche des ancrages auprès de resorts de luxe pour proposer des plateformes de recharge ultra-rapides, des locations et des tours.

 

recharge auto amsterdam

Dans un futur proche, que se passera-t-il ?

Les collectivités vont certainement mieux lier politiques touristique et de transport : plateformes multimodales, mise en avant de solutions partagées de transport sur les sites d’offices de tourisme, renforcement des systèmes de location d’autos et vélos électriques (des fabricants, notamment californien et espagnol, commercialisent des motos électriques).

De plus en plus de citadins : 50% à l’échelle mondiale aujourd’hui, 70% en 2050. Ce qui signifie un plus grand étalement malgré un recentrage vertical des villes et des besoins d’infrastructures ferroviaires en croissance. Les villes seront fortement émettrices de touristes, mais aussi fortement autonomes en proposant leur découverte à leur propre population. Les transports urbains ont un brillant avenir devant eux. Les villes intelligentes (smart cities) mettent en commun et en relation des réseaux : le wifi territorial est un exemple en déploiement, y compris en transports, production et diffusion de l’électricité partagée, notamment fournie par les bâtiments modernes à énergie positive.

Nous allons observer une tendance au resserrement du nombre de compagnies aériennes car elles ont besoin de volumes et de prix serrés. A l’inverse on assistera à la démultiplication des solutions de transports de proximité régionale ou locale. IATA estime qu’en 2016, la rentabilité des compagnies aériennes devrait être au rendez vous. Le prix bas du pétrole à 55 dollars le baril et la hausse de la demande des passages à +6,7% en 2015 expliquent en partie cette perspective positive. A moyen terme, malgré les risques d’attentats et les tensions de la grande zone sud et orientale de la Méditerranée, l’aérien devrait se développer.

Le maritime est actuellement dans une course au gigantisme que rien ne semble arrêter. Le paquebot Harmony of the seas, actuellement en construction à Saint Nazaire pour embarquer 8400 personnes dont 6300 passagers. Et cela va contribue à pousser le nombre de croisiéristes, mais des accidents de navigation sont malheureusement à prévoir, avec des conséquences dramatiques en raison des volumes de passagers.

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L’impact comportemental et mental sur le touriste

Big is better : l’agglomération des moyens et des services dans des villes de plus en plus grandes (100 cités dépassent le million d’habitants en Chine) va modifier la perception des aspirants au voyage : d’un point de vue opérationnel il est et il sera de plus en plus facile de se déplacer, d’un point de vue mental, il est possible que les zones rurales paraissent de moins en moins attractives aux citadins. L’ennui projeté est un risque pour ces territoires de plus en plus coupés des métropoles.

Small is beautiful : en réponse au gigantisme urbain, les petites unités d’accueil touristique, du type hameau de meublés chaleureux et hyper confortables auront probablement le vent en poupe. La rencontre, l’expérience humaine, l’isolement voulu, la tranquillité assurée, seront des besoins accrus.

Citoyens et véhicules connectés : le vélo guidé par GPS, les automobiles connectées et autonomes (voire plus sûres, Volvo estime qu’en 2020 les accidents mortels seront fortement réduits), les GPS et le wifi territorial guidant vers les espaces clefs pour se mouvoir ou stationner son véhicule avec la garantie d’y trouver place et services associés (l’essor des concierges et voituriers est réels), le recours à des moyens multiples dans un trajet (vélo au départ + train + auto partagée ou louée à destination + vélo à destination) va s’intensifier avec ce désir de prendre en main son évolution (au sens de déplacement).

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François Perroy est aujourd’hui directeur de l’agence Emotio Tourisme, spécialisée en marketing et en éditorial touristiques après avoir créé et animé de 1999 à 2005 l’agence un Air de Vacances. Par ailleurs, il produit et anime le classeur “Diriger un office de tourisme” chez Territorial et a été responsable pendant plusieurs années de la lettre Réseau Tourisme de www.territorial.fr. Précédemment, il a occupé des fonctions de directeur marketing au sein de l’agence Haute Saison (DDB) et de journaliste en presse professionnelle du tourisme à L’Officiel des Terrains de Camping et pour l'Echo Touristique. Il est également auteur de plusieurs ouvrages ayant trait au tourisme : La communication touristique des collectivités territoriales, avec Pierre Frustier, Editions de la Lettre du Cadre Territorial (www.territorial.fr ) Le Camping aux PUF (Collection Que Sais Je ?) Divers guides de randonnées et carnets de voyages pour les Editions Glénat De nombreuses publications pour la revue Espaces Contact : fperroy at etourisme.info (cette adresse apparait en clair pour éviter les robots)