Cet article est le fruit d’une collaboration entre le blog et Touriscopie à l’occasion des 10 ans du blog.Touriscopie, créé et piloté par Josette Sicsic, est à la fois un journal mensuel et un observatoire des indicateurs dans le tourisme qui influent sur son évolution. D’autres articles écrits par des blogueurs et publiés dans Touriscopie sous des formes diverses, sont publiés dans le blog. C’est le cas du papier de François paru la semaine dernière concernant la révolution des transports par le numérique.  Chaque article est enrichi dans le numéro de janvier de Touriscopie.

Dans cet article, nous aborderons l’impact des objets connectés sur le tourisme.

2016 : Etat des lieux

L’Internet des objets (IoT pour Internet of Things) est souvent qualifié de web 3.0. Derrière ce vocable, il y a tous les objets qui peuvent communiquer entre eux et véhiculer ainsi d’énormes sommes de données sur leurs utilisateurs.

L’objet connecté, cela va de Wistiki, le porte-clé connecté au web pour retrouver ses objets perdus, au thermostat ou autre objet domotique piloté par le smartphone en passant par le capteur dans une station de ski qui va communiquer la hauteur de neige sur le réseau…

Une catégorie d’objets connectés se porte :  on parle de wearables, : on a bien en mémoire les Google Glass, dont le succès a été somme toute mitigé, mais aussi les montres connectés telle l’apple iwatch ou les bracelets ou bijoux connectés. Il s’agit  d’un ensemble de périphériques qui semblent être des extensions du Smartphones et qui  présentent un usage similaire.

Les chiffres prospectifs sur le nombre d’objets connectés sont impressionnants. S’ils diffèrent selon les études, ils sont toujours énormes : de 30 à 50 milliards d’objets connectés en 2020 !

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La première vertu de l’internet des objets devrait être de faciliter la vie des utilisateurs : je peux surveiller à distance la santé de mes plantes vertes, actionner le distributeur de croquettes de mon chat ou surveiller mon domicile grâce à une petite caméra wifi qui diffusera une image sur mon smartphone.

Mais l’intérêt de la majorité des acteurs qui travaillent sur l’internet des objets est d’abord la donnée : chaque interaction avec un objet connecté apporte des informations sur la façon dont les usagers se comportent, et le croisement de ces données permettent de mieux gérer un environnement, ou… de faire un meilleur marketing.

Mieux gérer c’est le concept de la ville intelligente : chaque élément du mobilier urbain peut être connecté, du lampadaire au feu rouge!  Transformer un objet en adresse IP, c’est valoriser des données. La convergence des informations permet de fluidifier les flux, d’optimiser les emplacements de parking, etc.

Mais la data est précieuse pour faire du marketing : chaque fois qu’un téléphone portable sera en relation avec un objet connecté, il apporte des renseignements sur le comportement de l’usager. On peut donc lui proposer les meilleures promotions à proximité, lui suggérer des activités ciblées, etc.

On peut donc dire que la vraie révolution de l’internet des objets n’est pas tant de faciliter la vie des usagers mais d’utiliser l’information rendue disponible SUR les usagers, notamment voyageurs. Car la géolocalisation ou l’équipement, permettent d’envisager des traitements des demandes ou des propositions commerciales beaucoup plus fines.

 

 
2016 : Etat du tourisme

Première réalité : les objets connectés existent largement déjà dans le parcours du voyageur. Ainsi la SNCF propose aux titulaires du programme de fidélité « grand voyageur » de bénéficier d’un scooter électrique ou d’une twizzy à l’arrivée en gare. Comment démarrer le véhicule ? Grâce à sa carte Grand Voyageur, évidemment connectée.

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On peut déjà utiliser son iwatch pour afficher son billet d’avion au moment de l’embarquement.

Les parcs d’attraction utilisent également des objets connectés comme Disneyland, qui suit ses visiteurs grâce à des bracelets connectés : la firme américaine a investi un milliard de dollars dans un programme capable de traquer les moindres faits et gestes des visiteurs de ses différents parcs d’attractions, grâce à « magic band », un bracelet connecté qui émet des ondes radios. Le bracelet est utile pour le visiteur, qui paye avec, ouvre sa chambre d’hôtel, accède aux attractions. Mais Disney sait également où s’arrête le visiteur, ce qu’il consomme, où à quelle attraction il fait la queue le plus longtemps.

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Ce système existe aussi dans les évènements. Le festival marmandais Garorock a testé en 2015 un bracelet connecté en RFID utilisé par les festivaliers. L’objectif est fluidifier les entrées, éviter l’utilisation de l’argent liquide, mais cela permet aussi de récolter de précieuses datas sur les comportements de ces clients jeunes, cibles privilégiées de nombreuses marques.

A Amsterdam, la city card proposée par l’office de tourisme IAmsterdam donne l’accès groupé aux transports public et aux principaux sites et musées. Equipée d’une puce RFID, elle permet de stocker les informations des millions de visiteurs de la ville. Ces données retracent les parcours visiteurs, les associations entre sites de visite, les activités selon l’heure de la journée, les déplacements, etc. Une mine d’or pour l’observatoire local du tourisme et les sites touristiques !

La montagne s’y met aussi : le domaine skiable Paradiski qui regroupe Les Arcs et La Plagne a lancé une application mobile « padariski Yuge » incluse dans le forfait, à télécharger sur son smartphone. J’ai écrit un billet sur Yuge il y a quelques semaines. 

 

Mais les objets connectés, ce sont aussi beaucoup de gadgets, développés par de multiples start-up qui tentent de trouver « LE » produit connecté miracle. Le tourisme n’y échappe pas :

La valise connectée Delsey par exemple permet de suivre son bagage dans son cheminement aérien et ainsi de savoir où elle a été perdue. Il faudra malgré tout la récupérer par la suite.

Le bracelet connecté June (une invention française) qui est surtout un bijou destiné aux femmes a comme fonction principale de prévenir les effets de l’exposition au soleil, en indiquant à chaque instant le taux d’ensoleillement.

 

Plein d’autres gadgets connectés pour les vacances sont décrits dans cet article du site objetconnecte.net

 

Dans un futur proche, que se passera-t-il ?

Les objets connectés vont connaître un développement extraordinaire en terme de collectes de données de manière à rendre la destination plus intelligente, comme je l’expliquais dans cet article.

En Aquitaine, le GIP littoral qui travaille notamment sur la gestion des flux sur les plages s’est associé à une start-up locale pour équiper les postes de secours de capteurs de présence de smartphone. Grâce à un algorithme prédictif, la solution permet de prévoir les lieux qui seront les plus fréquentés dans les heures à venir. L’étape suivante sera de connecter ces données aux écrans d’information de la rocade bordelaise pour conseiller aux automobilistes les « spots » les plus disponibles. Informations qui seront également disponibles dans une application.

Les applications connectées avec le système des Beacon devraient se développer. Le beacon est une balise, placé dans différents types de lieux, qui va pouvoir rentrer en communication avec un smartphone. A Paris, la rue des martyrs devrait être en 2016 la première rue connectée : grâce à une application fournie aux clients locaux, à télécharger sur leur smartphone, ils vont être contactés par les commerçants en passant devant la vitrine : une promotion, une proposition ? le message s’affiche sur l’écran.

 

Autre utilisation des beacons possible dans les visites de site. C’est Varsovie qui teste le système grâce à un ambitieux programme projet de maillage de la ville en beacons, des balises capables d’interagir avec des smartphones compatibles pour se repérer facilement et obtenir des informations contextuelles. Le projet en est à un stade expérimental.

 

Les systèmes de visite et de découverte devraient être rapidement opérationnels grâce à l’Internet des objets. En voici trois exemples :

  • Une start-up provençale Think & Go propose d’installer des écrans connectés. En approchant le smartphone de l’écran, le visiteur pourra par exemple télécharger un guide de visite. Il suffit que l’appareil soit équipe de la technologie NFC ce qui est de plus en plus répandu.
  • La ville de Créon en Gironde testera à l’été 2016 un système de balade avec parapluie connecté. C’est le concept « sonopluie » : son parapluie géolocalisé à la main, les écouteurs sur les oreilles, le visiteur explore un territoire sonore où le guidage se déclenche automatiquement selon sa position
  • A Londres, les statues parlent : « talking statues » fait parler 40 grandes figures britanniques. Là encore, un dispositif NFC sur la statue active automatiquement le smartphone du visiteur pour entendre le personnage célèbre s’exprimer.

Talking statues

 

 

 

Ce qu’attendront les visiteurs des objets connectés 

Les attentes principales sont les suivantes :

  • Garantir ma liberté  : les consommateurs seront très attentifs à l’utilisation de leurs données personnelles. La généralisation des objets connectés dans un environnement de vacances peut laisser craindre une utilisation mercantile des datas, et pousser les touristes à refuser ce type d’expérience.

 

  • Faciliter mon séjour : à l’inverse, les touristes seront de plus en plus sensibles à la simplification de tout ce qui est compliqué dans un voyage. Et l’objet connecté peut faciliter l’enregistrement à l’aéroport, fluidifier l’accès au parking, fournir la clé de la chambre, le guide de voyage, et le coupe-fil pour el musée. Autant de services dont la majorité ne pourra plus se passer rapidement

 

  • Vivre de nouvelles expériences : l’objet connecté, c’est aussi une nouvelle manière de virve des espaces, avec des informations plus précises, dans ma langue, des statues qui parlent, des parapluies qui font guide de visite, etc. Pour les destinations l’Internet des objets peut être aussi un outil de différenciation

 

 

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Jean Luc Boulin est directeur de la Mission OTSI et Pays Touristiques d’Aquitaine (MOPA). Cette structure, unique en France, regroupe les Pays Touristiques et les Offices de Tourisme d’Aquitaine. Elle est soutenue par le Conseil Régional. Trois missions principales lui sont confiées : la structuration touristique des territoires, la qualité et la professionnalisation. Dans ce cadre là, la MOPA assure une veille permanente sur le etourisme et accompagne des expériences dans son réseau. Directeur de l’office de tourisme de l’Entre-deux-Mers (Gironde) et du pays d’accueil touristique du même nom pendant plus de dix ans, Jean Luc Boulin dirige la MOPA depuis sa création en 2003. Le manque de source d’information au même endroit sur le etourisme institutionnel et le besoin d‘échanger sur cette formidable mutation du métier des offices de tourisme vers l’Internet ont donné l’idée à Jean Luc Boulin de créer ce blog “etourisme.info”, qui se veut être le creuset de l’etourisme institutionnel sous toutes ses formes. Jean-Luc Boulin est également enseignant en Master Tourisme AGEST (aménagement et gestion des sites et territoires touristiques) à l'université de Bordeaux 3. Le site Internet de la MOPA. |Email : jlboulin at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots). |Twitter : @JeanLucBoulin