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Vos bistrots sont des héros

Publié le 11 mai 2022
4 min

Ils ont longtemps servi de refuge aux adroits du coude, aux adeptes du secours contre la soif, aux vaccinés au salpêtre. Mais ils n’ont pas que la fonction historique d’accueillir pour arroser le gosier. Les bistrots, troquets, bouchons, rades, cafés, bars ont une raison sociale. Ils créent de la proximité. Ils facilitent la discussion, nourrissent le temps vide, contribuent aux rendez-vous. Ils illustrent abondamment les photos de nos chers visiteurs notamment étrangers. Ils participent de la dimension touristique. Et pourtant, en France, on ne les voit quasi pas dans les sites web des Offices de Tourisme. Des oubliés de la chaîne de valeurs touristiques. C’est étonnant et c’est injuste. Aussi, je voudrais évoquer avec vous l’intérêt de les prendre en considération.

Au coeur de la vie locale

Dans les années 1960, la France comptait 200 000 débits de boissons. En 1964, le taux de départ en vacances n’était que de 43%. On travaillait dur, mais on prenait le temps de l’apéro, de la discussion et de la belote au bistrot avec les copains et les collègues. Aujourd’hui, on compte moins de 40 000 cafés, mais on part bien plus souvent en vacances. Avec ce repli du nombre de bistrots, s’effacent des relations simples, des argots et des scènes joyeuses. Pourtant, ces langues du soir ou du petit matin, en marge de la langue courante ont fait le sel des films nourris aux dialogues de Michel Audiard. Curieusement, à part dans Paris, largement couru dans tous les sens par des touristes internationaux, c’est souvent dans des quartiers ou villages moins arpentés par les voyageurs, que l’on découvre des endroits ravissants où se poser. On peut s’y rafraîchir, y boire en suisse, se dégraisser les dents, rencontrer le populo et l’aristo du coin, s’y reposer un temps, entendre des conversations, de la musique, répondre à ses emails et conversations sociales.

Et si honnêtement on examine dans les sites web des Offices de Tourisme, la place réservée aux bistrots, on tombe à la renverse. Ces endroits sociaux par excellence sont rarement mis en avant. Une description sommaire du SIT et hop. Alors que non, il faudrait clairement les pousser. Certains méritent vraiment le détour. Cherchez bien votre pépite locale, le bar de votre adolescence qui persiste, l’enseigne locale de référence, il y a matière à faire. Regardez les sites des destinations d’Espagne : la rubrique des bars occupe une place sensible, au même titre que celle des restaurants ou des sites culturels.

DES CONSERVATOIRES DES PARLERS LOCAUX

Si dans le Nord on valorise parfois les estaminets, où certains viennent déboucher une rue (payer leur ardoise), en Gascogne on apprécie les Cercles où se rejoue le dernier match de rugby, où se commente la dernière élection municipale. Dans les régions moins exposées au tourisme, on découvre des multiples locaux faisant office de dépôt de pain et de presse, d’épicerie de sauvetage, de bistrot de ralliement. Les grands photographes du noir et blanc ne s’y sont pas trompés, c’est dans les cafés que l’on appréciait le peuple et ses expressions joueuses. Heureusement dans certains quartiers, je pense à la Rue de la Gaité à Paris ou du côté de Belleville, bruissent vers 18 – 19 h des jeunes qui se retrouvent pour des after. Dans ma belle ville de Bayonne, le Bar du Marché est l’institution. Il a sa page sur Instagram. C’est là que vibre l’ambiance bayonnaise. Et les RRRR du fameux steak frrrrites roulés par Josette la fondatrice. A Paris, les 4 guinguettes Rosa Bonheur sont des bars à bastringue des temps modernes hyper chaleureux.

Le bar du marché à Bayonne, avec Josette au centre

Moi je vous recommande vraiment de prendre le temps de faire le tour de vos bars les plus emblématiques et de les mettre en valeur bien au-delà du simple objet touristique : l’expérience dans l’un de ces endroits est des plus merveilleuses qui soit pour un touriste. Surtout qu’il peut voir, entendre, rencontrer des locaux en chair et en os. A l’échelle d’une ville moyenne ou d’un village, les bars sont des sites touristiques de la première importance.

Je recommande un travail éditorial spécifique autour des brèves et des braves de comptoir. Si l’on rencontre aujourd’hui moins de nez passés à l’encaustique dans ces endroits, on peut toujours descendre chez le notaire du coin pour mettre sa gueule à jour. Aux expressions charmantes entendues dans les bars historiques s’ajouteront des photos et des moments mémorables. D’autant plus que c’est là que l’on peut encore savourer d’excellents sandwiches ou des plats à l’ancienne. Marion Descors qui dirige l’Office de Tourisme d’Orthe et Arrigans dans les Landes ne s’y est pas trompé. Dans la collection de podcasts qu’elle a créés Rendez-vous en terre authentique, on découvre le fabuleux marché de Peyrehorade et Bernadette du bar et restaurant Le bon coin, les pieds de cochon. Un délice. Franchement, vos bistrots sont des héros, pensez à les mettre en valeur.

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François Perroy est aujourd’hui cofondateur d'Agitateurs de Destinations Numériques et directeur de l’agence Emotio Tourisme, spécialisée en marketing et en éditorial touristiques. Il a créé et animé de 1999 à 2005 l’agence un Air de Vacances.  Précédemment, il a occupé des fonctions de directeur marketing au sein de l’agence Haute Saison (DDB) et de journaliste en presse professionnelle du tourisme à L’Officiel des Terrains de Camping et pour l'Echo Touristique. Il [...]
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