Passer à l’imparfait

Publié le 14 septembre 2026
3 min

En cette rentrée 2026, nous en étions convaincus : cette machine allait tuer l’humanité. Le message de Jacob Coxon avait produit une onde de choc médiatique. Comme lorsque nous avions compris que le COVID n’était pas juste une grosse grippe. Pour autant, nous nous étions immédiatement rattachés à une Fable (5.1), où la machine supprimerait les points de douleurs et nous assisterait dans une vie de légèreté. 

Affiche d'une campagne Polaroïd sur une plage, face à l'eau. On peut y lire : Plonge profiter de l'eau avant que les data-centers l'aient toute bu
Campagne signée Polaroid – 2026

Pourtant, les signaux faibles étaient devenus terriblement forts. 

Plus personne ne niait le réchauffement climatique, il nous était apparu dans toutes ses réalités. Par des vagues de chaleur inédites dans leur intensité, par des flammes de dizaines de mètres, par des cours d’eau, tombés de leur lit en étiage.  

On savait la machine vorace. En énergie, alors que les coûts de production étaient au plus haut. En eau, au moment même où nos glaciers s’effondraient. 

La prophétie promettait un formidable lendemain à l’humain. Le quotidien nous montrait une grande fatigue cognitive dans le monde de l’entreprise et la destruction massive d’emplois. La machine amplifiait la polarisation entre les sensibilités politiques et les générations.   

Nous filions tout droit vers l’Idiocratie, le pied au plancher. 

Le tout parfait 

A cette époque encore, une partie de mon travail consistait à avoir des idées et produire des livrables. Ces derniers étaient devenus parfaits. Mes idées n’avaient jamais été aussi bien étayées. Leur composition était irréprochable : les phrases étaient parfaitement calibrées, ni trop longues, ni trop courtes. Plus une faute, plus une erreur de syntaxe. La mise en forme graphique était millimétrée.  

Sans aspérité, mes productions étaient barbantes à souhait à mes yeux. 

Ma veille aussi était pénible. Linkedin avait beau avoir ajouté un bouton pour signaler le slop, tout était devenu trop parfait. Trop propre. Tout le monde savait, sans savoir. Alors qu’on savait tous qu’on ne savait pas vraiment. 

Le web vomissait du contenu stéréotypé à n’en plus pouvoir. Les hooks et pièges à clics étaient redoutables, piégeant même les lecteurs les plus aguerris. “Le vrai et le faux” était une notion désuète. Seul l’impact du récit comptait, sa véracité restait secondaire. Nous étions en passe d’accepter d’être  influencé par des influenceurs virtuels, simplement car leur carapace nous parlait. L’avatar numérique était considéré comme un pair. Parce qu’il répondait parfaitement à ce qu’on voulait voir, il savait nous faire consommer. Et même si nous étions déçus de notre achat, notre avis n’émergeait plus dans ce tombereau de contenus.  

Mais dans le tourisme, c’était un peu différent. 

Tant que l’humain continuait de se déplacer, il se faisait sa propre opinion. C’était le seul secteur où le client se rendait physiquement au cœur de la promesse. Le gap entre l’image d’une destination et sa réalité de terrain n’était jamais sans conséquences. Ici, déception et tension s’exprimaient physiquement. 

Pour autant la concurrence était féroce, il fallait coûte que coûte séduire le chaland numérique. Et les outils que nous avions en main nous facilitaient grandement la vie pour montrer cette destination qui a tout pour l’intéresser. Mais avec l’écueil de la perfection.

Le tourisme est imparfait. Et l’etourisme ? 

Le tourisme est profondément humain, l’humain est profondément imparfait.

Et c’est bien ce qu’il fallait conserver. Pas par technophobie. Mais pour préserver ce qu’il a de plus beau : connecter les humains entre eux et leur permettre de comprendre la singularité des territoires. 

Alors, dans le tourisme en particulier, le retour au brut est salvateur. Les feeds parfaits n’arrêtent personne, alors que la maladresse, le fait main, le contenu sincère interpellent par leur rareté. Le contenu analogique séduit à nouveau pour la nostalgie de l’authenticité qu’il exprime et sa relation charnelle avec le réel. Paradoxalement un flot de perfection entraine l’indifférence et celles et ceux qui sortent des conventions interpellent et suscitent des réactions significatives.

Depuis plusieurs années on considérait l’etourisme comme mort ou plutôt fusionné avec le tourisme. Pourtant en 2026, une question se pose : en devenant trop parfait, le tourisme virtuel se coupe-t-il de son pendant réel ?  

Car le tourisme, lui, se conjuguera toujours à l’imparfait.

Ce billet a été rédigé sans modèle de langage (LLM), dans la fraîcheur inspirante d’un samedi matin en Béarn.

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Au lancement de facebook, je décide de devenir community manager pour les territoires. 20 ans plus tard, je fais presque la même chose avec l'équipe de my destination, une agence de communication digitale spécialisée dans le tourisme. Ce qu'on préfère ? Identifier la singularité des acteurs pour les mettre en récit sur les écosystèmes digitaux. Avec un goût prononcé pour la communication responsable et les communautés.
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