Mon Festival de Cannes

Publié le 1 juin 2026
6 min

Allez, aujourd’hui, je vous dévoile un peu de perso ! Il y a trois ans, j’ai emménagé dans une petite commune de 2000 habitants accolée à Toulouse, qui a la chance de disposer d’une salle de cinéma mise à disposition par la Mairie au Foyer Rural qui gère plus d’une trentaine d’activités, dont cette salle classée art & essai. Avec ma femme, nous nous y sommes engagé·es en tant que bénévoles, pour oeuvrer à la caisse, à la projection, aider à la communication, participer à la commission programmation, et on se régale.

Et cette année, pour la première fois en ce qui me concerne, j’ai pu bénéficier d’une accréditation (chaque cinéma peut en demander deux) pour aller participer au Festival de Cannes. Bon alors, c’est juste l’accréditation qui te donne droit d’essayer des choper des places pour les diverses séances de projection hein. Le déplacement, l’hébergement, les frais annexes sont évidemment pour ta pomme, et là, tu vois que le yield management fonctionne à tous les niveaux sur la destination !

le centre du monde pendant 12 jours

Pendant un peu moins de deux semaines, ce sont 40 000 festivalier·es accrédité·es qui se pressent dans la ville, dont 15 000 professionnel·les qui participent au marché du film, et plus de 4 000 journalistes. 140 nationalités sont représentées, et plusieurs dizaines de milliers de badauds, curieux et vacancier·es complètent les festivalier·es pour faire tripler la population cannoise pendant l’événement !

La couverture médiatique est exceptionnelle, en faisant selon France3 le troisième événement mondial derrière les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de Football, sauf que lui a lieu tous les ans ! Les retombées locales, elles, sont estimées à plus de 200 millions d’euros.

UNE SOCIÉTÉ À MISSION QUI GÈRE LE TOURISME CANNOIS

Une aubaine pour la Société d’Économie Mixte des Événements Cannois (SEMEC), devenue récemment société à mission, qui gère le Palais des Festivals, l’Office de Tourisme et des Congrès, la politique événementielle et culturelle. Elle gère en propre de nombreux autres événements qui tirent parti de cette notoriété : Canneséries, Festival de Pyrotechnie, Festival International des Jeux, et accueille nombre d’événements internationaux (notamment le MIPIM : Marché International des Professionnels de l’IMmobilier). Le MICE est assurément la figure de proue du tourisme cannois.

J’ai eu l’occasion entre deux projections de prendre un verre et échanger avec Régis Courvoisier, que certains d’entre vous ont connu en tant que Directeur de l’Office de Tourisme d’Estérel Côte d’Azur et co-organisateur à l’époque de Voyage en Multimédia à Saint-Raphaël. Il est depuis 8 ans maintenant Directeur Marketing et Communication de la SEMEC. Lui et son équipe gèrent une dizaine de sites internet, plusieurs dizaines de présences sociales, le tout multilingue bien sûr. Et c’est vraiment une petite équipe, des budgets pas si dingues que cela, et des enjeux plutôt costauds ! Il faut être sacrément passionné et engagé pour relever l’ensemble des défis, et Régis l’est tout particulièrement sur la marque, tant il est possible de capitaliser sur cet incroyable festival. Pas simple non plus de communiquer sur une démarche RSE quand les plus grandes stars de la planète déboulent en jet privé et hélicoptères pour quelques heures ! Et produire des contenus pour l’ensemble de la galaxie des présences en ligne, conserver un air de famille, les refondre régulièrement…

Régis est un enthousiaste, et me relatait qu’il pouvait vraiment s’appuyer sur les gros porteurs du tourisme local, notamment les grands hôtels friands des clubs qu’il a mis en oeuvre pour réunir les Community Managers par exemple. Ils mènent ensemble des actions conjointes comme par exemple l’animation d’un compte BeReal lancé l’année dernière, alimenté par 15 community managers de diverses structures privées en plus de l’Office de Tourisme.

Et bien évidemment, accueillir les festivals les plus importants au monde concernant les films et les séries, cela aide à obtenir quelques contacts et décrocher des tournages qui pourraient attirer encore un peu plus de monde, comme par exemple la prochaine saison de The White Lotus.

et alors, niveau set jetting ?

Si tu ne connais pas l’expression, tu peux aller relire ce billet d’il y a deux ans. J’ai pu assister en une semaine à une trentaine de projections, dont une bonne partie dans le Grand Théâtre des Lumières, avec la présence des équipes et la fameuse montée des marches, pour lesquelles on se bat en ligne chaque matin à 7h00 pétantes quatre jours en amont, puis tout au long de la journée pour être les premier·es à mettre la main sur un sésame lâché par un autre festivalier·e. Même si la plus grande salle d’Europe compte 2309 places, entre les professionnel·les et les invité·es, les nombreux festivalier·es « lambda » doivent être vif·ves sur le clic !

Beaucoup de films sur les deux grandes guerres cette année (« Moulin », « De Gaulle », « Notre Salut », « Coward », « La bola negra », « Fatherland »), une Palme d’Or, « Fjord », qui ne met pas particulièrement en avant la Norvège, le Grand Prix, « Minotaur », dans une Russie où les entrepreneurs doivent mobiliser leurs salariés pour la guerre, les grands et beaux paysages n’étaient guère au centre de la sélection officielle cette année. Une petite envie pour Fuerteventura où se déroule l’action de « L’être aimé » avec l’incroyable Javier Bardem, et le Japon avec « Soudain » (Ma Palme d’Or sans aucune discussion possible malgré ses 3h16) et « Sheep in the Box ».

Ce dernier met en scène un couple qui accueille un humanoïde dopé à l’IA pour remplacer leur jeune fils assassiné il y a peu. « The end of it », quant à lui, suivait une artiste âgée de 250 ans qui décide d’arrêter ses traitement anti-vieillissement pour enfin mourir, contre l’avis de son époux et de son assistante IA. Le thème préoccupe bien évidemment le cinéma, enfin sous un autre angle que celui vu et revu des IA qui prennent le pouvoir sur l’espèce humaine. En parallèle des multiples compétitions, se déroulait au sous-sol du Carlton celle du Cinéma Immersif. J’ai pu assister à une séance du film vainqueur, Katabasis, durant laquelle on explore avec un casque VR le monde souterrain à New-York, avec une esthétique léchée, des témoignages vocaux de différents types « d’habitants », mais au final quasiment pas d’interactions et de scénario. Pas de grandes innovations encore de ce côté là.

Le cinéma est encore dans son #meetoo et la digestion n’est clairement pas consommée. Les commentaires devant les ballets de robes et tenues de soirée de jeunes et vieux boomers dans la queue et les rangs des salles de cinéma en attestent. Les films aussi : à l’excellent « L’affaire Marie-Claire » retraçant le combat de Gisèle Halimi contre l’IVG a succédé le désolant « L’objet du délit » d’Agnès Jaoui, un #meetoo dans le monde de l’opéra qui accumule les clichés, les questionnements et justifications à côté de la plaque, OK Juno, y’a du boulot !

La France en général, et Cannes en particulier ont bien de la chance d’accueillir de tels événements qui les font rayonner dans le monde entier, et n’auront cesse non plus de l’es ‘interloquer (que de commentaires sur « l’affaire Canal+ », sifflé lors de chaque projection quand les autres producteur·rices étaient acclamé·es).

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Ludovic a démarré sa carrière en Auvergne, à l’Agence Régionale de Développement, puis dans un cabinet conseil sur les stratégies TIC des collectivités locales. Il a rejoint en 2002 l’Ardesi Midi-Pyrénées (Agence du Numérique) et a plus particulièrement en charge le tourisme et la culture. C'est dans ce cadre qu'il lance les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel dont il organisera les six premières éditions à Toulouse. À son compte depuis [...]
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