
Après l’écoute du podcast “Faut-il renoncer aux voyages” inspirée par un post de Caroline Leroy, un questionnement m’a interpellée, celui d’ »accepter d’être un touriste”.
La première partie du podcast pose le contexte : avant de se demander s’il faut ou non renoncer au voyage, il s’agit d’accepter d’être un.e touriste.
A bien y regarder, nombreux sommes-nous, à parfois ne pas vouloir se reconnaître dans ce mot touriste et à expliquer qu’on pratique un tourisme différent des autres (sous-entendant à demi-mot qu’il y ait une bonne façon de faire du tourisme et une mauvaise).
Or ne pas accepter d’être (simplement) un touriste, cela serait croire que le touriste, c’est toujours cet autre, cet autre qui n’est pas vraiment soi, qu’on observe de loin et dont on ne comprend pas tous les comportements.
Ne pas accepter d’être un touriste, cela serait laisser aux autres – les touristes – le soin de remettre en question leurs pratiques. Cela reviendrait à ne pas nous questionner nous-mêmes.
Dans cet article, je me suis donc essayée à tirer le fil de ce que cela signifie d’“accepter d’être un touriste” et pourquoi l’accepter pourrait ouvrir des perspectives différentes.
1. Ne pas être pris pour un touriste
Il y a quelques années, une vague de refus d’être pris pour un touriste s’est emparée du voyage. On a vu se soulever le refus de payer plus cher des repas peu formidables, le refus d’être ratatiné.es dans des endroits où seuls les touristes allaient, le refus de vivre une image un tant soit peu artificielle de la destination.
On s’est mis à rechercher les petites adresses où les locaux vont, où ils vont prendre un verre le soir, où ils vont se balader le dimanche en famille et où il vont acheter leur kouign-amann (cette pâtisserie à la quantité de beurre totalement indécente )… On a voulu se loger dans des quartiers non touristiques en profitant des systèmes d’échange de maison ou de plateformes de réservation d’hébergement. On a voulu partager des bouts de moments avec des locaux. On a voulu vivre nos vacances en dehors des clichés de la destination.
Les mots vivre « comme un local », « authenticité » sont apparus dans les outils de communication pour redessiner ce qui était attendu, nous laissant croire que plus jamais nous ne vivrions des vacances en tant que touristes mais que nous étions bien décidés à les vivre dans la peau d’un local . Avec cette volonté qu’on allait comprendre enfin ce que cela faisait de vivre à Barcelone, à Capri, à Belle-île, à Marseille ou à La Baule…
Un rapide coup d’œil, ces derniers jours, dans des blogs de voyageurs ou des guides de voyages confirme que cette façon de voir le voyage répond encore à des attentes fortes.
2. Mais on reste un touriste
Malgré cette volonté de “ne pas être pris pour un touriste” , partir de chez soi pour les vacances, c’est perdre ses repères, c’est accepter de se sentir un peu gauche dans certaines situations, c’est accepter de ne pas avoir tous les codes.
. On pourra être hébergé dans un appartement en plein cœur d’une ville espagnole loin des quartiers touristiques, avec la promesse de vivre comme les habitants car on aura échangé notre maison, on ne sera pas pour autant un local. On pourra prendre un verre dans leurs canapés, faire bouillir nos pâtes dans leurs casseroles, arroser leurs plantes et même nourrir leur chat, on ne sera pas pour autant un local.
Quand un matin, à l’heure où il fait encore bon dormir, on se fera réveiller en sursaut par des bruits de pétards, on passera la tête par la fenêtre avec cet air ahuri, de celui ou celle qui ne comprend pas pourquoi toutes ces personnes se sont levées aussi tôt pour lancer des pétards dans la rue. A ce moment là, on ne sera pas un local. Il nous faudra ensuite la visite d’un musée local pour comprendre qu’il s’agissait d’une fête religieuse et que c’était leur façon de célébrer ce moment.
. On pourra vouloir manger local et sauf à engager une cheffe de cuisine à domicile pour se concocter des petits plats à base de produits locaux, il sera fort probable que la préparation des repas se finisse par l’achat de produits plus ou moins locaux dans le supermarché du coin. Il est en effet peu probable qu’en seulement quelques jours, il soit possible de modifier toutes ses habitudes culinaires, d’ acquérir toutes les recettes locales, de changer ses goûts gustatifs pour n’utiliser que des produits locaux. Aucune mauvaise volonté dans tout cela mais simplement un principe de réalité.
. On pourra vouloir comprendre la réalité des habitants, mais on restera un touriste qui est avant tout venu ici pour se divertir. L’exemple d’un voyage à Rio de Janeiro (à haute teneur en bilan carbone, je vous l’accorde) illustre cet aspect. On vient à Rio pour la carte postale : la plage de Copacabana, le Pain de Sucre, Le Corcovado, le carnaval, la samba… Mais rapidement, quand on est sur place, on ne peut occulter la réalité des favelas. Elles sont visibles dès qu’on tourne le dos à la mer. Un dilemme se pose alors. Avons-nous envie de comprendre cette autre réalité ? Avons-nous envie de nous aventurer pour une visite guidée dans ces rues qui ont vécu des périodes de violence et qui pour certaines en vivent encore ? Il n’y a pas une bonne ou une mauvaise réponse à cette question. Mais il y a juste que même lorsque l’on souhaite vivre comme un local, on ne souhaite vivre qu’une partie de cette réalité locale.
Quand on se délocalise, on devient un apprenti de notre nouvelle destination, on doit décoder dans un temps très court les pratiques locales. Nous n’avons pas le temps de tout décortiquer, de tout comprendre ni de tout vivre. Nous avons juste l’occasion d’avoir une sorte d’échantillon de ce qu’est de vivre dans cet endroit.
3. Accepter d’être un touriste
Accepter d’être un.e touriste, cela serait :
. accepter qu’on est venu en voyage pour se faire plaisir. On est venu pour se balader, pour flâner dans les musées, pour rapporter des souvenirs à ses proches, pour siroter un jus de fruits frais en terrasse, pour étaler sa serviette sur les plages. Mais on n’est pas venu pour vivre réellement comme les locaux. On est venu pour prendre du bon temps et on veut de la douceur, du beau et c’est ainsi.
. reconnaitre qu’on cherche encore un peu les clichés de la destination. On cherche la carte postale, le spot du fameux coucher de soleil, le meilleur point de vue sur la baie. On cherche à trouver ce qui ressemble à l’idée qu’on s’était faîte du lieu. Il restera donc, peut-être une part d’artificialité dans ce qu’on va trouver et c’est ainsi.
. accepter une certaine vulnérabilité. Quand on voyage à l’étranger et d’autant plus quand on ne parle pas la langue locale, on pourra se sentir plus à l’aise, par exemple, dans des restaurants où le personnel parle anglais (ou notre langue). On sera peut-être plus à l’aise dans les endroits pensés pour faciliter la vie de ceux qui ne comprennent pas bien la ville – autrement nommés les touristes – et c’est ainsi.
. comprendre que ce n’est pas toujours l’autre le touriste. A bien y regarder, il y a des façons de voyager qui ont plus d’impacts que d’autres (c’est certain) mais être touriste, c’est se déplacer, c’est consommer et c’est perdre ses façons de faire qui étaient peut-être durables et c’est ainsi 🙂 .
4. Pour se questionner sur nos pratiques
Accepter d’être un touriste, c’est accepter de regarder d’où on part (dans nos pratiques de vacances).
C’est ensuite à partir de ce constat commencer à se questionner. Une des questions pourrait être de se demander pourquoi avons-nous ce besoin irrépressible de partir. Pourquoi, à peine nos dernières vacances terminées, nous avons ce besoin frénétique de planifier les prochaines ?
Répondre à cette question demanderait des heures et il y aurait autant de réponses que de touristes.
Mais une piste un peu différente a été évoquée dans les ressources citées au début de l’article. L’hypothèse émise serait que voyager permettrait de compenser nos quotidiens.
Nous sommes nombreux à vivre des quotidiens, très, voire trop speeds, des quotidiens très, voire trop encombrés, des quotidiens très, voire trop connectés.
Or à vivre ces quotidiens enfermé.es dans nos bureaux, on veut le dehors. A courir partout, on veut prendre le temps. A être trop statiques, on veut bouger. A être trop connecté.es, on veut le silence. A être trop loin des gens qu’on aime, on veut du vrai lien, et ainsi de suite.
C’est comme si nous avions mis tous nos besoins primaires (bouger, s’aérer, …) sous cloche, ne daignant nous en occuper que lorsque nous sommes en vacances. Nous aurions donc ce besoin urgent de créer des espaces artificiels cloisonnés dans un espace temps (les vacances ) au lieu de réfléchir à la façon dont on pourrait distiller un peu de tous ces besoins dans notre quotidien.
Cette hypothèse ne vise pas à ne plus partir en vacances. Mais la perspective émise propose de remettre un peu dans nos quotidiens ce que nous cherchons frénétiquement à remplir pendant nos vacances. Ce n’est qu’à partir du moment où une grande partie de nos besoins auront pu être comblés dans nos quotidiens, que nous pourrons repenser notre façon de voyager (pratiques, durée, fréquence, …).
Accepter d’être un touriste, c’est in fine, regarder en face d’où on part en tant que touriste pour entrevoir ce qu’on pourrait faire bouger dans nos façons de voyager.
————-
Pour écrire cet article, aucune intelligence artificielle n’a été utilisée.
Les ressources suivantes m’ont aidée à le construire :
. podcast « Vivons heureux » Faut-il renoncer aux voyages : https://www.youtube.com/watch?v=U5xjxxTJ6cE
. plus de ressources sur le post de Caroline Leroy sur linkedin : https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7498639168105791489/