Risque de baisse des budgets ? Répondez par une hausse de l’impact !

Publié le 21 mai 2026
4 min

Les budgets des OGD se contractent et leurs missions se questionnent. Et si la réponse passait moins par la défense d’un périmètre que par l’amplification d’un impact déjà à l’œuvre sur le terrain : celui de fonction support à bien d’autres activités locales ? Et de levier d’impact bien au-delà de la seule consommation touristique ?

©Stéphanie Nava, exposition Bel Vedere

Le secteur tel qu’on le travaille aujourd’hui

Le tourisme est un secteur d’activité à part entière qui se développe en attirant ses propres clientèles, par les atouts du territoire et une offre construite avec un écosystème public-privé. Sans cet ensemble atout-offre, ces visiteurs ne viendraient pas. Le secteur s’est professionnalisé sur ce modèle, et il a sa cohérence.

Depuis plusieurs mois, différentes destinations et différents opérateurs me partagent leurs inquiétudes sur le budget alloué à leur OGD. C’est le cas dans des territoires touristiques, mais encore plus dans les territoires qui ne sont pas dans les grands flux. Les élu·es se questionnent : le budget alloué est-il cohérent avec ce que le secteur représente et génère comme retombées ? Notre collectivité locale a-t-elle encore les moyens de soutenir à cette hauteur ?

Un impact plus grand qu’il n’y paraît

Et si justement l’impact de ces OGD était déjà plus grand que ce que l’on estime aujourd’hui ? Et si les OGD pouvaient encore augmenter leur utilité sociale et les retombées économiques qu’ils génèrent, en ajoutant simplement une dimension à ce qu’ils font déjà ?

Il est primordial de défendre ce secteur d’activité à part entière, qui génère une fréquentation et une consommation propres. Mais les opérateurs touristiques sont plus que ça ! Ils et elles sont aussi des fonctions supports à d’autres secteurs d’activité locale. Aux politiques d’attractivité, ça on le sait déjà et c’est très cohérent. Mais également à toute une galaxie de secteurs qui, pour se développer, ont besoin d’une chose que nous savons faire mieux que quiconque : l’hospitalité. Regardez les clientèles des gîtes ou des Airbnb. Toute une partie de l’année, ce ne sont pas des touristes qui les occupent, mais des ouvrier·ères sur un chantier, des travailleur·euses détaché·es, des alternant·es durant leur semaine en entreprise, des aidant·es familiaux qui accompagnent un proche hospitalisé, des personnes en recherche d’un logement pour une installation à venir, et bien d’autres. La liste est longue et les impacts le sont tout autant. Ces visiteurs sont différents des visiteurs touristiques car, pour la plupart, ils ont besoin de venir. Et pour certain·es, cela ne tient qu’à une chose : une offre d’hospitalité temporaire ou transitoire adaptée.

©Stéphanie Nava, exposition Bel Vedere

Facilitateur d’hospitalités

Cette pluri-hospitalité existe déjà partout, discrètement. Environ 25 % des nuitées en hébergement touristique marchand relèvent déjà d’autres motifs que le tourisme classique (loisirs, vacances, affaires, etc.). 50 % des personnes de passage temporaire le sont pour des motifs autres que touristiques. Ce qui manque le plus, ce n’est ni la demande ni l’offre, mais leur mise en relation et en adéquation. Deux pistes pour les OGD : identifier les besoins d’hospitalité courte ou temporaire non satisfaits qu’expriment les autres opérateurs du territoire (entreprises, structures de soin, formation, administrations, associations) et repérer celles et ceux qui aimeraient venir mais n’y parviennent pas. Les opérateurs touristiques ne changent pas — on leur ouvre un autre champ d’action.

Un impact économique qui s’amplifie

Ces hospitalités sont nationales pour la quasi-totalité, et de proximité pour la majorité. Empreinte carbone plus faible, durées de séjour plus longues, flux mieux répartis dans le temps. Elles génèrent des emplois et des dépenses locales supplémentaires, diversifient les modèles économiques des opérateurs en lissant la saisonnalité, et ouvrent pour les OGD des cofinancements possibles avec d’autres secteurs — entreprises, santé, formation, social, culture. La taxe de séjour peut aussi évoluer vers une logique plus hospitalière, comme nous l’évoquions dans un précédent billet. L’effet de levier dépasse la stricte filière touristique. Les autres secteurs socio-économiques du territoire peuvent plus facilement se développer et donc générer plus de retombées, simplement en ayant mis en relation une offre — dont le taux d’occupation moyen permet ce développement — et une demande qui existe déjà.

©Stéphanie Nava, exposition Bel Vedere

Une orientation à porter aux élu·es

Voilà peut-être la sortie par le haut dans un contexte budgétaire serré. Plutôt qu’une ligne sectorielle qu’il faut défendre, l’OGD devient un outil transversal de développement local, utile à plusieurs politiques publiques à la fois. Le rôle ne se rétrécit pas, l’impact s’amplifie.

La conversation avec les élu·es peut alors se tenir autrement. Non plus à quoi sert encore l’office de tourisme, mais quel impact peut-il faire grandir, sur combien d’autres champs, mieux que quiconque. Par mutualisation et coopération. C’est l’heure de faire preuve d’inventivité, d’oser expérimenter et de s’ouvrir, pour faire évoluer nos modèles afin de nous adapter, autant aux besoins qu’aux contraintes.

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Je suis consultant et également pilote ou contributeur à des programmes d'innovation en sciences sociales, tout cela au sein des Oiseaux de Passage, une SCIC spécialisée dans l'hospitalité territoriale. J'accompagne des collectivités, des ODG, des opérateurs privés, des fédérations, des associations à l'élaboration de leurs stratégies et leurs mises en œuvre.
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