Un boomer qui Ă©crit sur la GenZ, câest comme si Michel Drucker tentait de prĂ©senter un live Twitch pour commenter des vlogs TikTok de vanlife au Ladakh. On nâest pas loin du malaise. Et pourtant, il faut sây coller. Parce que comprendre la Gen Z aujourdâhui, câest anticiper ce que sera le tourisme de demain â ou disparaĂźtre avec ses PowerPoint. Comprendre cette gĂ©nĂ©ration nâest plus une option, câest une condition de survie.

Un poids Ă©conomique qui explose dâici 2030
Les Zoomers (nĂ©s ~1997-2012) ne sont plus des touristes en devenir. Ils sont dĂ©jĂ lĂ , et en force. En France, ils forment prĂšs dâun quart de la population et reprĂ©sentent 23âŻ% du tourisme international, soit 336 millions de voyageurs annuels .
Dâici 2030, leur poids Ă©conomique pesera lourd : dĂ©jĂ 63 % dâentre eux ont achetĂ© un produit touristique en 2024, et ils prĂ©voient dây consacrer encore plus cette annĂ©e . Et on ne parle pas de cartes postales. Autrement dit, leur poids Ă©conomique explose â possiblement autour dâun tiers du marchĂ© dâici 2030 si la tendance se maintient.
Cette gĂ©nĂ©ration nâest donc pas quâun futur lointain : elle voyage dĂ©jĂ maintenant. Plus de 80 % des 18â34 ans français sont partis en vacances au moins une fois lâan dernier, dont prĂšs de la moitiĂ© au moins 3 fois. En moyenne, les Gen Z font 3 voyages loisirs par an â autant (voire plus) que leurs aĂźnĂ©s. Leur rĂŽle dans les choix familiaux est Ă©galement dĂ©terminant : 57 % des 18â34 ans prĂ©fĂšrent voyager en famille et, fait rĂ©vĂ©lateur, 95 % des parents affirment privilĂ©gier le bonheur de leurs enfants dans le choix des vacances. Autrement dit, le « pester power » est rĂ©el : les Zoomers influencent fortement les destinations et activitĂ©s retenues en famille. Ils ne se contentent plus de suivre â souvent, ils impulsent.
En clair : les enfants choisissent, les parents paient.
Comportements touristiques : avant, pendant, aprĂšs â tout change
AVANT LE VOYAGE : La Gen Z sâinspire et organise ses sĂ©jours trĂšs diffĂ©remment de ses aĂźnĂ©s. Finis les guides papier ou les sites des OGDs : 53 % des jeunes consultent dâabord les rĂ©seaux sociaux pour des recommandations de voyage TikTok, Insta, YouTube⊠ces plateformes regorgent de conseils et de contenus UGC (User Generated Content) qui font mouche auprĂšs dâeux. Dâailleurs, 70 % des Z ont choisi une destination aprĂšs lâavoir vue dans un film, une sĂ©rie ou un post viral â les tendances culture pop et les reels de voyage deviennent des offices du tourisme dâun nouveau genre. Ă force de scroll, ils dĂ©couvrent des spots Ă©mergents hors des sentiers battus. SpontanĂ©s, les Gen Z rĂ©servent souvent Ă la derniĂšre minute (jusquâĂ 30 % plus enclins Ă booker Ă moins de 2 semaines du dĂ©part que leurs aĂźnĂ©s) et bricolent des itinĂ©raires flexibles. Ils plĂ©biscitent le do-it-yourself digital : comparateurs de vols, airbnb, et dĂ©sormais ChatGPT pour planifier en autonomie. La voiture reste leur mode de transport favori pour partir (65 % citent la voiture, contre 54 % lâavion et 35 % le train) â sans doute un hĂ©ritage culturel, mais quâils combinent volontiers avec du covoiturage ou des offres multimodales dĂ©nichĂ©es via des apps.
PENDANT LE VOYAGE : Ces digital natives voyagent avec le smartphone greffĂ© Ă la main. Ils sâen servent autant pour naviguer que pour partager en temps rĂ©el. Stories Instagram du jour, vlog sur YouTube, et maintenant petits moments bruts sur BeReal â la Gen Z exhibe volontiers ses expĂ©riences en live. Le voyage est autant vĂ©cu que « storifiĂ© », dans une quĂȘte de partage et de validation sociale (juste histoire de donner le seum aux rageux coincĂ©s Ă la maison ;-)). Cela nâempĂȘche pas une recherche sincĂšre dâauthenticitĂ© : 50 % des Z citent lâimmersion dans la culture locale parmi leurs motivations clĂ©s. Ils veulent vivre le pays, manger local (47 % ont dĂ©jĂ organisĂ© tout un voyage autour dâune expĂ©rience culinaire !), rencontrer des habitants.
Cette gĂ©nĂ©ration alterne volontiers entre les incontournables touristiques et des plans alternatifs recommandĂ©s sur le fil dâun influenceur ou dâun guide local. Autre trait marquant : malgrĂ© leur image de zappeurs solitaires, ils apprĂ©cient le voyage en groupe proche : prĂšs de 42 % voyagent pour passer du temps avec famille ou amis. Les vacances restent un lien intergĂ©nĂ©rationnel : nombreux sont les Z qui reproduisent les habitudes de voyages de leurs parents â 70 % dâentre eux ne critiquent pas le style de vacances familial et 31 % y adhĂšrent mĂȘme complĂštement. Par exemple, ceux qui allaient enfant Ă la mer continuent de plĂ©bisciter le littoral Ă lâĂąge adulte (51 % envisagent encore la mer comme destination privilĂ©giĂ©e). On est loin du rejet total : le road-trip estival en famille a encore de beaux jours avec eux.
APRĂS LE VOYAGE : Pas question dâenterrer les souvenirs dans un album poussiĂ©reux. La Gen Z va partager massivement ses retours dâexpĂ©rience en ligne : posts Insta rĂ©cap, thread X (Twitter) âbons plansâ, vidĂ©o TikTok « POV: je reviens de La Rochelle et voilĂ ce que jâai appris⊠». Leurs avis et contenus deviennent Ă leur tour des sources dâinspiration pour la communautĂ©. Ce phĂ©nomĂšne dâUGC viral boucle la boucle : la story de lâun devient la bucket list de lâautre. Ă noter que 45 % des Gen Z font confiance aux recommandations dâinfluenceurs quâils suivent â ils accordent donc un vrai crĂ©dit Ă ces retours personnels (parfois plus quâaux notes TripAdvisor ou sites officiels). Le bouche-Ă -oreille 2.0 est leur norme. Les destinations doivent en tenir compte, car un voyageur Z satisfait (ou déçu) peut toucher instantanĂ©ment des centaines dâautres via ses partages.
IA, rĂ©seaux, influence : ce que les destinations nâont PEUT-ĂTRE pas encore compris !
Ultra-connectĂ©e, la Gen Z adopte tous les outils numĂ©riques pour voyager plus intelligemment (et fun). RĂ©seaux sociaux en tĂȘte : 88 % des Zoomers suivent au moins un travel influenceur sur TikTok, et on a vu quâune majoritĂ© sâen inspire directement pour choisir une destination. Le format court vidĂ©o cartonne : challenges, tendances virales (#TravelTok), vlogs rythmĂ©s⊠Leur consommation mĂ©dia fragmentĂ©e pousse les destinations Ă produire du contenu snackable et percutant. Exit les longs discours institutionnels, place aux reels inspirants de 30 secondes. MĂȘme lâauthenticitĂ© de BeReal les sĂ©duit, loin des filtres polissĂ©s dâInstagram : une opportunitĂ© pour les acteurs du tourisme de montrer les coulisses bruts, plus crĂ©dibles Ă leurs yeux.
CĂŽtĂ© technologies Ă©mergentes, lâIA gĂ©nĂ©rative sâimpose comme le nouvel alliĂ© du voyageur Z. Planifier un trip en discutant avec une IA ? Câest dĂ©sormais possible : de plus en plus de jeunes utilisent ChatGPT pour des suggestions d’itinĂ©raire le week-end « hors des sentiers battus », un mail de rĂ©clamation bien tournĂ© pour leur vol retardĂ©, ou encore des suggestions de restos vegan Ă proximitĂ©. Les 18â34 ans sont de loin les plus gros utilisateurs de ce genre dâoutils pour prĂ©parer un voyage (loin devant leurs parents boomers). Et lâindustrie sây met aussi : Expedia vient de lancer Trip Matching, un service qui permet dâenvoyer Ă lâIA un Reels Instagram voyage repĂ©rĂ© et de recevoir instantanĂ©ment une itinĂ©raire complet rĂ©servĂ© sur Expedia ! En phase de beta, cette fonctionnalitĂ© convertit un contenu social en voyage rĂ©el, prĂȘte Ă rĂ©server dâun clic. On le voit, les frontiĂšres entre lâinspiration et la rĂ©servation sâestompent grĂące Ă lâIA.
Pour les acteurs touristiques, lâIA est une arme Ă double tranchant : menace pour les intermĂ©diaires traditionnels, mais opportunitĂ© pour se rĂ©inventer. Des startups comme Cocohop lâont compris : cette jeune plateforme française met lâIA au service des agences et voyageurs pour concocter du sur-mesure Ă la volĂ©e. 50 millions de points dâintĂ©rĂȘts, agents virtuels, planificateur dâitinĂ©raire intelligent⊠Cocohop intĂšgre notamment lâIA Gemini de Google pour optimiser les recommandations et mĂȘme suggĂ©rer des alternatives plus Ă©co-responsables.
En clair, lâoutil automatise les tĂąches pĂ©nibles (recherche dâhĂ©bergements, intĂ©gration dâAPI multiples) afin de gĂ©nĂ©rer un carnet de voyage en quelques secondes, tout en laissant la main Ă lâhumain pour la touche finale. On est sur du phygital collaboratif : le voyageur co-construit son sĂ©jour avec lâIA et lâexpertise de lâagent. Ce genre de solution Ă©mergente montre comment la Gen Z, avide dâinstantanĂ©itĂ© et de personnalisation, pousse lâindustrie Ă innover vite et bien. Dans le sillage de ChatGPT, on voit dĂ©jĂ poindre des travel planners virtuels intĂ©grĂ©s aux OTAs, des chatbots concierge dans lâhĂŽtellerie, ou encore des traducteurs IA en temps rĂ©el pour nĂ©gocier avec un hĂ©bergeur Ă lâĂ©tranger. Demain, lâIA sera bien du voyage â discrĂšte mais partout, au service dâune expĂ©rience plus fluide pour ces digital natives.
Bien sĂ»r, tout nâest pas techno : la Gen Z reste sensible Ă lâhumain et aux valeurs. Elle zappe les pubs trop corporate au profit des avis de ses pairs, fuit les formats trop longs, et attend des marques quâelles sâengagent (environnement, inclusionâŠ). Mais entre leurs mains, chaque nouvel outil â du dernier rĂ©seau social au chatbot â devient un accĂ©lĂ©rateur de voyage. Aux destinations de parler le mĂȘme langage digital si elles veulent capter cette audience volatile.
OGD : adapt or die
Face Ă ces attentes, les organismes de gestion de destination (OGD) accusent souvent un sĂ©rieux retard. Soyons clairs : brochures PDF, sites web institutionnels ou encore compte facebook ne font plus rĂȘver la Gen Z. Guillaume Cromer le soulignait avec malice dans un article prĂ©cĂ©dent : « on fait surtout du marketing dâinfluence sur les rĂ©seaux de cette gĂ©nĂ©ration⊠Est-ce suffisant ? ». La rĂ©ponse est non : Pas vraiment. Liker quelques TikToks ou lancer une campagne avec un influenceur ponctuel ne suffit pas pour fidĂ©liser une gĂ©nĂ©ration qui cherche de lâinteraction, de la reconnaissance, et une vraie place dans le jeu.
Pour espĂ©rer capter durablement lâattention des Gen Z, les OGD doivent changer de paradigme : passer dâune communication descendante Ă une logique participative, immĂ©diate et authentique. Autrement dit, faire AVEC eux, pas juste POUR eux.
Premier défi : adopter les codes des Zoomers.
Ăa implique des contenus beaucoup plus visuels, participatifs et instantanĂ©s. Certains sây attellent : par exemple, le ComitĂ© RĂ©gional du Tourisme Nouvelle-Aquitaine a fait voyager des influenceurs Ă travers la rĂ©gion pour promouvoir le slow tourisme auprĂšs des jeunes publics internationaux.
Plus rĂ©cemment, Bourges Berry Tourisme prĂ©pare dĂ©jĂ lâaprĂšs-Jeux Olympiques, avec un plan dâaction ambitieux jusquâen 2028. Pour rajeunir son image et attirer de nouveaux publics, lâoffice a fait appel en mai 2024 Ă Elouen Rolland, alias Elouen la Baleine (126âŻ000 abonnĂ©s sur TikTok), figure montante des contenus culturels et humoristiques. Lâobjectif ? CrĂ©er une sĂ©rie de vidĂ©os courtes sur le patrimoine local, pensĂ©es pour TikTok et Instagram, et adaptĂ©es aux codes de la Gen Z. Ces pratiques montrent quâil est possible pour des destinations de parler aux Gen Z avec leur ton (authentique, fun, engagĂ©). Mais soyons honnĂȘtes, beaucoup d’OGD n’y sont pas…
DeuxiĂšme dĂ©fi : impliquer directement les jeunes dans la conception de lâoffre.
La GĂ©nĂ©ration Z veut ĂȘtre actrice du tourisme, pas simple consommatrice. Pourtant, trop peu dâOGD leur donnent aujourdâhui lâoccasion de sâexprimer ou de co-crĂ©er.
Une piste concrĂšteâŻ? DĂ©velopper des partenariats avec des Ă©coles et formations en tourisme, pour impliquer les Ă©tudiants dans des projets de terrain, des hackathons, des tests dâoutils numĂ©riques ou des campagnes ciblĂ©es. Cela permet de capter en temps rĂ©el leurs usages, leurs attentes, leurs codes.
Et au-delĂ des partenariats ponctuels, une Ă©volution structurelle sâimposeâŻ: recruter des Zoomers dans les Ă©quipes des OGD. Ne serait-ce que pour leur confier la gestion de certains formats sociaux (TikTok, Reels, BeRealâŠ), les intĂ©grer aux campagnes de promotion, ou recueillir leur regard neuf sur les contenus diffusĂ©s. On parle ici dâintelligence gĂ©nĂ©rationnelle â aussi prĂ©cieuse que lâexpertise mĂ©tier.
En rĂ©sumĂ© : parler de la Gen Z, câest bien. Leur parler, câest mieux. Travailler avec eux, câest indispensable.
TroisiÚme défi : tirer parti de la puissance des nouvelles technos sans déshumaniser.
Chatbots, IA, data⊠Un Ă©quilibre est Ă trouver entre innovation et humain augmentĂ©. Certaines destinations françaises montrent la voie. Provence Tourisme a Ă©tĂ© pionnier avec MIA, un assistant conversationnel intĂ©grĂ© Ă son site, capable dâorienter les visiteurs via lâIA tout en valorisant lâoffre locale. Charentes Tourisme, avec son projet ICIA, pousse plus loin lâapproche responsable : lâassistant croise des donnĂ©es mobilitĂ©, vĂ©lo, Ă©vĂ©nements et hĂ©bergements pour encourager des choix durables. Des innovations utiles, Ă condition de garder une place centrale Ă lâhumain dans la relation.
Enfin, nâoublions pas la fidĂ©lisation. Les Z de 2030 seront peut-ĂȘtre de jeunes parents⊠qui transmettront Ă leur tour des habitudes de voyage. Les destinations ont donc intĂ©rĂȘt Ă sĂ©duire tĂŽt ces futurs voyageurs pour quâils reviennent toute leur vie. Comme le souligne une Ă©tude de lâAlliance France Tourisme, il faut attirer les jeunes « le plus tĂŽt possible, y compris avec leurs parents, afin de les fidĂ©liser une fois quâils seront devenus consommateurs indĂ©pendants ». En clair, câest maintenant, quand ils ont 15â25 ans, quâil faut gagner leur cĆur â pas quand ils auront 40 ans et quâon aura « perdu » deux dĂ©cennies de relation.
Conclusion : LA JEUNESSE N’est pas seulement l’avenir du tourisme, elle en est dĂja le present
La Gen Z nâattendra pas que le secteur se rĂ©veille. Ils voyagent dĂ©jĂ , rĂ©servent autrement, influencent les autres, et zappent ce qui ne leur parle pas. Ce sont les consommateurs de demain ET dâaujourdâhui. Vouloir les sĂ©duire avec un site internet ou une newsletter mensuelle en Arial 12, câest comme vouloir draguer sur Tinder avec un fax.
La Gen Z est exigeante, lucide, ultra-connectée.
Mais elle est aussi prĂȘte Ă sâengager â Ă condition quâon lui parle vrai, quâon la respecte, et surtout, quâon lui donne sa place.
La jeunesse nâest pas seulement lâavenir du tourisme. Elle en est dĂ©jĂ le prĂ©sent â curieux, exigeant, crĂ©atif.
Investir dans la jeunesse, câest faire le pari dâun tourisme vivant, en mouvement, qui sâexplore, se transforme, se partage â Ă hauteur de celles et ceux qui lâinventent dĂ©jĂ autrement.
« Chaque génération se croit vouée à refaire le monde », écrivait Camus.
Donnons leur les clés !
Sources
- « Génération Z et tourisme : briser les clichés »
- « Les IA traveler organisent leurs voyages avec une IA, et câest diaboliquement efficace » â LâADN
- Travelperk : 30+ Gen Z travel statistics and trends [2025 update]
- Ătude Expedia â Trends & Predictions 2024
- Ătude Booking.com â Sustainable Travel Report 2023
- Podcast Charentes Tourisme â GĂ©nĂ©ration Z
- « Trip Matching » par Expedia
- Cocohop
- Ătude ObSoCo â 2023
- Ătude Generations & Co â Generation Z, 2023