NDLR : Dans les colonnes du blog, nous accueillons aujourd’hui Laurent Queige parmi les rédacteurs invités. Son premier billet traite du Welcome City Lab, de ses objectifs, de ses ambitions en matière de tourisme numérique. Au cours des prochains mois, Laurent vous présentera régulièrement une entreprise innovante hébergée par l’incubateur parisien. Avec sans doute de nouvelles pépites e-tourisme à suivre de près !

Premier incubateur au monde spécialisé dans le soutien à l’innovation dans le domaine du tourisme, le Welcome City Lab a suscité beaucoup de curiosité et de questionnements depuis l’annonce de son lancement en juillet 2013. Cette vague d’intérêt est à la hauteur du retard accumulé par l’industrie touristique concernant les sujets liés à l’innovation.

Welcome City Lab 2Ainsi, comment expliquer qu’il ait fallu attendre 2013 pour que le tout premier incubateur touristique voit le jour – alors que le concept de pépinières existe depuis 30 ans – si ce n’est par les réticences, voire les résistances, de nombreux opérateurs aux mutations qui touchent leurs métiers. Cette difficulté à s’ouvrir se manifeste d’ailleurs souvent par le simple refus de répondre aux sollicitations de start-up, que ça soit par mail, par courrier, par téléphone.

Face à ceux qui considèrent que l’innovation représente une menace potentielle, dont il faudrait « se protéger », le Welcome City Lab a fait le pari inverse :

  • C’est l’opportunité d’y déceler de bonnes idées et de bonnes pratiques dont on peut s’inspirer dans de nombreux autres domaines ;
  • C’est la chance d’y repérer les futures pépites du tourisme international, et de hisser davantage de start-up françaises parmi les champions mondiaux ;
  • C’est la stratégie de prendre « un coup d’avance » sur nos concurrents internationaux dont l’appétit à nous prendre des parts de marché ne fait que s’aiguiser.

Welcome City Lab zone verteIl a néanmoins fallu beaucoup de persévérance et de capacité de persuasion pour faire aboutir ce projet, car rien n’était moins simple que de convaincre que Paris, première destination touristique mondiale depuis environ 25 ans, avait besoin d’un incubateur pour se donner les moyens de conserver son rang. L’histoire montre souvent que ce sont les challengers, et rarement les leaders, qui prennent ce type de décisions.

 Huit conditions principales ont dû être réunies pour que ce projet puisse voir le jour :

  1. Jauger de la masse critique nécessaire en termes de start-up, rencontrer un nombre significatif d’entre elles pour mieux connaître la diversité de leurs champs d’intervention ;
  2. Identifier leurs besoins en matière d’accompagnement en termes de développement de leur business et de mise en contact avec un réseau professionnel ;
  3. Convaincre de la valeur ajoutée d’un incubateur pour l’attractivité touristique du territoire et de sa capacité à drainer vers lui de nombreuses start-up qui n’auraient pas eu immédiatement le réflexe « tourisme » comme débouché pour leurs innovations ;
  4. Déclencher l’impulsion politique indispensable pour un tel projet ;
  5. Incarner la dynamique de ce projet et être en capacité de la vendre à l’extérieur, notamment au moment de la recherche de partenariats privés avec des acteurs économiques de l’industrie touristique ;
  6. Trouver dans l’écosystème du tourisme des acteurs sensibilisés à l’innovation et prêts aux synergies avec l’univers des start-up, notamment en termes d’expérimentation ;
  7. Réunir deux compétences principales : d’une part, la maîtrise de l’écosystème de l’innovation et de l’accompagnement des start-up dans cet univers, d’autre part, la maîtrise de celui du tourisme et de la mise en contact avec ses réseaux professionnels ;
  8. Mobiliser les sources de financement nécessaires en termes d’investissement et de fonctionnement, ainsi qu’incarner le projet dans un espace emblématique qui puisse devenir un lieu de rencontre permanent entre tous les acteurs, une véritable ruche où on tente d’inventer le tourisme de demain.

Un ultime défi attend tout projet d’incubateur de cette nature : quels types d’innovation faut-il valoriser en priorité ? Rappelons que l’innovation est une invention qui s’est matérialisée par la sortie d’un produit qui rencontre un marché. Car il existe cinq formes d’innovation :

  • L’innovation technologique, portée par la révolution numérique, qui trouve de nouvelles solutions grâce aux progrès réalisés par les technologies de l’information ; 
  • L’innovation de produit ou de service, qui engendre de nouvelles façons de consommer, facilite la vie des clients et répond à de nouveaux besoins ; 
  • L’innovation d’usage, qui consiste à trouver une nouvelle façon d’utiliser un produit qui existait déjà ; la lame de fond de la consommation collaborative s’inscrit pleinement dans ce schéma ; 
  • L’innovation organisationnelle, qui permet de produire par une simplification des process de production, comme le sont par exemple les circuits courts ; 
  • L’innovation sociale, qui puise son originalité dans la valorisation inédite de ressources humaines.

Le Welcome City Lab ayant la chance de se situer sur un territoire qui génère une multitude d’innovations de toutes natures, il n’a pu opérer à une hiérarchie et a fondé son modèle sur l’ouverture à ces cinq natures d’innovation, sachant que les trois premières sont les plus fréquentes.

Le défi qui s’ouvre devant nous aujourd’hui est la capacité à étendre et à exporter le modèle du Welcome City Lab à trois échelles territoriales :

  1. L’échelle régionale : l’avenir de la capitale passera sans aucun doute par le Grand Paris et sa capacité à se constituer en véritable métropole contemporaine ; le Welcome City Lab devra trouver sa façon à lui de se faire l’écho de cette logique territoriale à venir.
  2. L’échelle nationale : nombreux sont les territoires, en particulier les régions et les métropoles, qui réfléchissent aujourd’hui à inventer aussi leur incubateur touristique local ; le succès global de ces initiatives ne passera que par leur mise en réseau, tant l’innovation puise son succès dans des environnements ouverts et interconnectés ;
  3. L’échelle internationale : à ce jour, cinq capitales étrangères ont déjà émis des marques d’intérêt pour l’initiative parisienne ; l’une d’entre elle, s’apprête déjà à ouvrir un Mexico Welcome City Lab à l’été 2015.

En d’autres termes, après la phase de lancement en 2013, puis celle de rodage en 2014, la troisième étape de cette aventure exaltante sera non seulement celle de son extension à d’autres territoires, mais également de la constitution d’un véritable réseau en 2015.

L’enjeu majeur ? Que cette initiative serve au mieux l’attractivité touristique internationale de Paris et de la France.

Et pour relever ce défi, il est bon de rappeler que toutes les bonnes volontés sont les bienvenues

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Laurent Queige, 45 ans, est un professionnel du tourisme et du marketing. Après des études à Sup’ de Co. Montpellier et un master en tourisme international, il a travaillé comme guide accompagnateur de groupes, puis agent de voyages à Via Voyages, puis attaché de presse à Maison de la France (Italie), puis consultant en marketing et aménagement dans le cabinet-conseil Setel France, puis chargé du Schéma Régional du Tourisme 2000 /2010 au Comité Régional du Tourisme Ile-de-France. Il a été directeur de cabinet de l’adjoint au Maire de Paris chargé du tourisme de 2001 à 2013. Il a accompagné le pilotage de la stratégie d’attractivité touristique de Paris : ingénierie, démarches qualité, marketing, etourisme, veille et prospective, communication, relations internationales. Ses principales réalisations ont été : le collectif Paris Capitale de la Création, la charte Hôtes Qualité Paris, l’opération Paris Nightlife, le festival des Nuits Capitales, l’initiative Creative Paris. Il est actuellement Délégué Général du Welcome City Lab, premier incubateur touristique au monde, dont l’objectif est de positionner Paris comme une destination leader en matière d’innovation dans le tourisme.