Vœux d’outre Atlantique

Épître de Paul aux Tourismiens

Cette nouvelle année du blogue etourisme.info débute par un billet en provenance du Québec. Mon ami Jean-Luc Boulin m’a gentiment (ou sadiquement, c’est selon) demandé de partir le bal de cette nouvelle année avec mes voeux d’outre Atlantique. Quel est mon souhait pour les nombreux acteurs du tourisme en 2017? De trouver et de garder la sérénité. Que demander d’autre, avec tous ces bouleversements qui inlassablement touchent, frappent et transforment notre belle industrie? Plus que jamais en 2017 nous aurons besoin de garder le calme, et d’être habités par un sentiment de confiance. Pas par déni ou inconscience, mais par la résilience que commande le tourisme.

Bien que je sois agnostique, quand je pense à la sérénité, je me sens interpellé par cette jolie prière qui dit en substance :

« Mon Dieu,

Donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence. »

etourismeinfo-crowdfounding

Traduisons tout ça dans notre réalité!

Quelles sont les choses qui ne changeront pas en 2017?

Le tourisme, c’est pas compliqué, mais c’est complexe! Ainsi, en 2017, les relations avec les élus et les autres acteurs de nos destinations continueront d’occuper notre temps. Et, routine habituelle, le développement exponentiel des OTAs se poursuivra inéluctablement, pendant que l’économie collaborative d’Uber et de airbnb – qui est certes économique mais pas si collaborative – continuera à nous fasciner ou à nous donner des maux de têtes. Les visiteurs se casseront la tête à inventer de nouvelles exigences non négociables, nous obligeant à sortir de notre zone de confort.

Nous serons encore et toujours à la recherche de la recette magique ou de l’application qui règlera tous nos problèmes! Lecteurs avides du blogue, c’est bien ce que secrètement vous y cherchez, non!? Les exemples de succès et de bonnes pratiques présentés dans le blogue sont légions. Mais ils ont tous un dénominateur commun; les succès reposent sur une vision claire, une planification préalable, des efforts soutenus, et encore beaucoup d’efforts. Et tout autant de nombreux essais, erreurs et errements… En clair, le succès n’est ni jamais facile, ni instantané. Méfions-nous donc de l’éphémère, des effets de mode, de la facilité ainsi que des essais fortuits posés en dogmes.

Acceptons que ce ne sera pas en 2017 qu’un miracle règlera magiquement tous nos petits soucis quotidiens et demeurant malgré tout sereins.

Quelles sont les choses qui changeront en 2017?

Le courage de changer les choses apparaît clairement dans le mouvement de fonds de l’univers des nouvelles innovations et du monde des startups. 2017 verra un mouvement fort et puissant de développement d’un nouvel écosystème, où les professionnels du tourisme marcheront main dans la main avec les jeunes et moins jeunes geeks porteurs d’innovations. Les incubateurs, accélérateurs, coworking, hackathons, mashups et autres seront les nouveaux concepts à la mode!

Mais avant de crier victoire, 2016 devrait nous avoir appris qu’il ne s’agit pas seulement de sélectionner quelques jeunes pousses prometteuses, de les couvrir d’amour (et de beaucoup d’argent) pour qu’elles deviennent en quelques semaines les nouveaux Uber et airbnb du tourisme. Cruelle désillusion…

L’innovation, comme tout autre chose, prend du temps, de la réflexion, de la patience et de nombreux efforts… Mais embrassons ce mouvement qui concrètement se présente aux portes du tourisme. Et retenons surtout l’importance de concevoir des innovations intraorganisationnelles, d’autres entre les visiteurs et les organisations et d’autres encore entre les visiteurs et les destinations. Cessons surtout de vouloir créer à tout prix des plateformes d’échanges de tous les objets inimaginables…

Beaucoup de courage sera nécessaire dans ce monde tumultueux qui s’annonce et se confirme. Malgré toutes ces mauvaises nouvelles en matière de sécurité (pensons à cette horrible attaque avant-hier dans une boîte de nuit à Istanbul) et un nouvel équilibre géopolitique mondial pas si équilibré, nous observerons une croissance soutenue du tourisme à l’échelle de la planète. Nous ferons face également à des touristes plus stressés et inquiets, ce qui se traduira par des visiteurs plus mobiles et agiles, capables de modifier leurs plans de voyage à la toute dernière minute, voire à la toute dernière seconde. Et qui attendront des prestataires du tourisme des conditions répondant à leurs nouvelles préoccupations. Cela constituera un enjeu monumental pour les OGD et les entreprises touristiques en 2017…

Alors, avec courage, embrassons le changement nécessaire à un tourisme plus dynamique, plus audacieux, plus agile, plus innovant, et acceptons de consentir les efforts nécessaires à son développement.

Quelle sagesse nous souhaiter?

La sagesse d’en faire la différence? Pas facile! Ce fameux etourisme, examiné ici sous toutes ses coutures au cours des douze dernières années, n’est pas une panacée. Bien plus que les outils et les diverses applications, c’est dans les profondes mutations et disruptions du tourisme qu’il faudra chercher les réponses, les solutions et les pistes d’avenir. Nous ne faisons pas face à une révolution technologique, mais bien à une révolution sociologique. Les divers développements technologiques ne font qu’outiller des besoins qu’ils n’ont pas créés.

Comment devenir sages? En apprenant à lire, à décoder, à interpréter et à mesurer les nombreux signaux qui s’offrent  nous. Pour savoir où on va, comment s’y rendre, il est nécessaire de bien connaître d’où l’on part. Restons humbles, avides d’apprendre et de comprendre. Dialoguons plus que jamais avec les visiteurs tout comme avec les diverses parties-prenantes de la grande gouvernance touristique.

Décloisonnons-nous et partageons nos destinations, sites et attraits, mais surtout partageons notre savoir-faire si particulier, si valable et valorisable… Nous avons développé l’art d’accueillir l’autre qui, avec moins de repères et de ressources, avec plus d’inquiétudes et un besoin de réassurance – mais aussi une certaine forme d’abandon –, se confie à nos bons soins. Ce sens de l’accueil – à tous les cycles du voyage – représente notre savoir-faire : avec confiance partageons-le! C’est la clé de la sagesse.

C’est la grâce que je nous souhaite tous en 2017!

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Titulaire de la chaire de tourisme Transat, Paul Arseneault est également professeur au département de marketing de l’ESG UQAM ainsi que directeur du Réseau de veille en tourisme.