Une carte postale… pour mieux comprendre la finalité de nos métiers

Des vacanciers, des excursionnistes, des voyageurs ont tous des choses à partager à l’issue de leurs séjours, certains le font (encore) avec l’envoi d’une carte postale.

Que l’Office de tourisme représente une destination identifiée ou pas, avec un service développement et promotion ou pas… si cet Office de tourisme possède encore un lieu d’accueil et qu’il y vend des cartes postales, où seront écrits à la main de beaux témoignages et messages : c’est que le job est fait et bien fait, non ?

Le cycle du voyageur : avant son séjour, pendant son séjour et après son séjour est alors heureux et vertueux : la recommandation est directe et parfois même profilée avec cette petite carte postale.

En tout état de cause, il y a encore quelques semaines quand j’étais encore directeur d’Office de tourisme, quand il pouvait m’être demandé « Et toi tu bosses dans quoi ? », je répondais donc… « Je vends des cartes postales ».

La formule avait au moins pour elle de résumer dans les grandes lignes mon boulot.

l’art de la fabrication d’une carte postale…

« Alors tu fais quoi comme travail maintenant ? Tu vends toujours des cartes postales ? ». Ça, c’est la nouvelle question du moment… la réponse la plus adaptée serait « Je ne vends plus des cartes postales, « maintenant j’en fabrique ».

Une carte postale comme déclaration d’amour… au centre des  villes et villages

L’État a fait le choix d’accompagner 222 villes dans un programme dénommé Action Cœur de Ville visant à aborder de manière traversable les thématiques suivantes :

En termes d’habitat : la réhabilitation et la restructuration de l’habitat et des friches urbaines.

En termes de développement économique : les nouvelles implantations des artisans et des entreprises.

En termes d’accessibilité : le développement des mobilités et infrastructures numériques.

En termes d’urbanisme : l’aménagement des espaces publics et la valorisation du patrimoine.

En termes de services: la rénovation-extension de loisirs, d’équipement culturel et de services publics.

Voilà, donc ça c’est mon boulot du moment, mais quel rapport avec les cartes postales me diriez-vous ? Sans doute le fait que mes camarades des 220 autres villes et moi-même, avons comme mission de redynamiser, requalifier, redensifier le centre des villes moyennes, intermédiaires.

Nous travaillons donc aussi à une amélioration du paysage qui sera peut-être en photo demain ou après-demain sur des cartes postales un jour… on y revient !

La redynamisation d’un centre-ville (c’est bien de cela dont il est question) doit pouvoir s’envisager comme un double processus relevant « sans doute » de la métaphore théâtrale : un travail à mener côté « scène » et en même temps côté « coulisse ».

Une carte postale recto verso… côté scène et côté coulisse

Le 1er processus, pour le côté « scène » relève du décor : ce qui se donne à voir, ce qui doit attirer, ce qui doit être attrayant, ce qui doit susciter l’envie d’habiter, de circuler, de consommer, de se divertir, d’utiliser les services existants, d’être en centre-ville là où il y a une histoire, un supplément d’âme.

Une culture de la ville voire même une ville de culture … c’est parfaitement bien résumé par Jean Blaise qui se définit comme « metteur en scène de ville ».

Le 2nd processus, pour le côté « coulisses » de la ville relève à la fois de la fonction immobilière du centre-ville qu’elle soit celle du logement, du commerce, etc.  Mais également des « coulisses » au sens de l’organisation, de la planification, de la prospective de la collectivité.

Et là… parfois il peut y avoir débat et polémique : l’enjeu de la politique publique et urbaine en particulier, serait de traiter les deux conjointement… pas de marketing territorial sans développement urbain et inversement ?

La requalification et la redynamisation de l’un n’ira donc pas sans l’autre : à savoir la conquête, le retour et le maintien des clientèles, des habitants, des commerçants et touristes en centre-ville. Il doit y avoir une vraie et réelle fluidité entre ces deux espaces de coulisses et de scènes.

Ce souhait de reconquête des centres-ville ne passera pas sans une amélioration et une valorisation de la qualité du cadre de vie, du paysage donc du « décor » et  « de la scène » qu’est un centre-ville devenant ainsi une future et belle… carte postale !

Une carte postale… sans rien dessus ?

Les villages et villes sans vie une partie de l’année… n’ont que peu d’intérêt malheureusement, la patrimonialisation et la « touristification » ont leur pendant négatif également. Des lieux touristiques devraient être des lieux vivants toute l’année, des territoires à la forme la plus aboutie du lieu : celui des échanges, des rencontres, etc.

Au risque de devenir des espaces touristiques comme des scènes sans coulisses (juste des façades de parc d’attraction magnifiant une vision d’antan) ou comme une collection uniquement de vieilles cartes postales figeant l’image d’un territoire dans le passé. La lecture des écrits de Françoise Choay (Allégorie du patrimoine) et de Marc Augé (Les non-lieux) est alors assez éclairante.

Une carte postale, où serait écrit dessus…

Une carte postale où serait écrit derrière « pensons au bien-fondé de la chaîne de production de valeurs et d’actions ». C’est-à-dire… tout l’intérêt d’un travail partenarial s’affranchissant des silos, des frontières administratives et institutionnelles, des thématiques cloisonnées… culture du projet / projet  de culture… bref en mode projet territorial !

L’établissement ou la révision actuellement des plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUi) et des schémas de cohérences et d’organisations territoriales (SCoT), ne sont-ils pas des opportunités de co-constructions des stratégies de destinations, notamment sur le volet développement territorial et urbanistique ?

SCoT, PLUi et schémas de développement touristique, etc. sont des agrégateurs de fabrique territoriale, de paysages, de quartiers, de villes et villages de demain… et accessoirement sans doute les cartes postales d’après-demain (encore une fois). Un paysage et un cadre de vie se décrètent pas ils se construisent dans la durée.

Ça c’est le côté acteurs publics, mais côté acteurs / partenaires privés, il faut veiller à bien choisir son équipe d’urbanistes, de paysagistes (immense et majeur enjeu de la nature en ville) et d’architectes, etc. car avec la collectivité ce sont eux qui vont fabriquer la destination du futur. La ville en mutation, celle qui est en mouvement comme Le Havre, Nantes, Bordeaux, etc. Ces dernières n’attiraient plus… et maintenant elles sont des eldorados infléchissant la ville « Donuts » (centre-ville vidé, périphérie gonflée). Bientôt le tour des villes moyennes dans ces reconquêtes urbaines aux virages contrôlés ?

Une carte postale… comme base de dialogue sur la question paysagère ?

On pourrait les ressortir lors des phases de consultation citoyenne auprès des usagers et des habitants sur ce qu’ils attendent de la ville de demain. C’est ce qui se donne de plus original, de joli, de beau, de « pittoresque » à voir.

Ce dont on est fier et ce qui constitue une identité partagée (encore le plus beau rempart contre l’identitaire). À condition que figurent autant la vielle église romane que la sculpture contemporaine qui aura fait polémique, donc débat, donc vie de la cité, donc espace public.

On a rarement vu des cartes postales (touristiques) de commerces fermés, de logements vacants et insalubres, etc. Des travaux photographiques et esthétiques oui cependant, jetez un œil sur la France de Raymond Depardon, tout est dit ! On est aussi bien choqué et meurtri de la déserrance de nos bourgs / centres-ville que de la pauvreté de l’uniformité de nos périphéries, un travail photographique riche d’enseignements.

La France est une des plus belles cartes postales qui puissent être dans sa diversité, mais on a un petit peu de boulot pour que la diversité soit encore présente, développée et mise en valeur.

Une carte postale… comme objet décalé, affectif et inventif

Si j’ai commis un précédent article sur l’importance et l’avenir du livre et du papier et bien prévoyons un avenir radieux à la carte postale comme forme la plus tendance, la plus personnalisée, la plus poétique, la plus novatrice de la communication de demain représentant on l’espère le centre ville / bourg… de demain.

Quel plaisir, d’ouvrir une boîte aux lettres avec les cartes postales envoyées par des proches, par sa descendance ou même par des gens qu’on ne connaît pas (si si ça arrive). La Poste finalement aurait encore de belles heures devant elles et ses postiers tout autant, afin qu’ils ne soient pas réduits à livrer uniquement des décapsuleurs musicaux fluorescents personnalisés issus du Hihihihi-commerce de Jeff Besace.

Le saviez-vous ? (formule désuète, mais qui marche à chaque fois). Il existe un art postal, celui qui consiste à personnaliser ses enveloppes et cartes de la manière la plus originale, sur le sujet, la créativité est sans limite et propose des formes graphiques et esthétiques incroyables. Il existe même une sous-catégorie, où l’art est centré sur le timbre, l’idée étant d’en réaliser… des faux.

La carte postale peut être également sonore, il existe une application ludique permettant de simplement mixer des sons environnants avec des ambiances et une voix off racontant son séjour, son moment, son moi intérieur, etc.  Et évidemment, que ferions-nous sans les cartes postales de Plonk et Replonk qui sont sans doute les meilleurs du genre en terme du second degré.

Une carte postale… en conclusion

Est-il préférable à la fin de nos vacances d’écrire une carte postale en terrasse d’un centre-ville à l’ombre d’un platane centenaire en sirotant un vin local ou de faire un Facebook live dans une cafétéria de périphérie d’une ville moyenne en buvant un Sprite (tiède) pendant ses vacances…

Benoît Bar / ex-vendeur de cartes postales