Pharrel Williams n’imaginait sans doute pas, en écrivant la musique d’happy, qu’il allait servir grandement la cause du marketing territorial. Depuis quelques semaines, les vidéos locales de Happy se multiplient aux quatre coins de la planète et plus particulièrement en France : Angers, Bordeaux, Rennes, Cherbourg, Obernai , Toulouse, Lyon, Bergerac ou encore Saint-Tropez voient les habitants se trémousser sur la musique entrainante du compère de Daft Punk, musique au départ écrite pour la bande originale du du dessin animé «Moi, moche et méchant 2»

Le phénomène est étonnant, parce que les visualisations de ces clips affolent les compteurs de Youtube ! 750 000 vues pour le « we are happy from Angers » en un mois, ou plus de 70 000 pour celui d’Angers en quelques jours!

Tant et si bien que Sony Music, propriétaire des droits avait demandé que  la vidéo d’Angers soit enlevé de la chaîne Youtube.  Après négociation, le clip a pu être remis en ligne comme le soulignait mardi Ouest France

Epiphénomène ou lame de fond ?

On est donc bien sur un phénomène, mais dont on peut se demander s’il est passager, ou s’il correspond à un mouvement de fond. La discussion a eu lieu au sein de la rédaction avant de publier ce billet. François rappelait qu’il y a un an, nous avons eu les Harlem Shake, et que l’on en parlait plus trop aujourd’hui.

Pour Ludovic, par contre, « la différence avec le Harlem Shake qui tenait plus du team building, c’est qu’avec ces vidéos happy, tu fais souvent mieux passer le message sur ta destination qu’avec la plupart des vidéos promotionnelles, en accrochant les gens jusqu’au bout (ce qui est rare sur une telle durée). Si on ajoute à cela les timelapse genre celle de Bordeaux, de belles réalisations sur Viméo, cela renforce l’idée que le crowdsourcing basé sur de la vidéo qualitative (et même souvent professionnelle) a un bel avenir, avec des concepts qui ne sont pas poussés par des agences de communication. »

L’engouement de la population locale pour ces initiatives est aussi surprenant. Pas besoin de chercher longtemps des candidats pour tourner le clip. Et il ne s’agît pas juste de se faire filmer pour passer à la télé. Il y a vraiment du « je suis happy de vivre dans ma ville, mon territoire, et j’ai envie de le dire ». La progression rapide du nombre de vues et le partage sur les réseaux sociaux participe de ce même phénomène.

 

Les organismes de gestion de la destination doivent-ils être dans le coup d’Happy ? j’ai recueilli le témoignage des offices de tourisme de Cherbourg et d’Obernai qui participent de près à l’happy local. Vous allez voir, l’impact local est très fort ; coté touristique, on verra par la suite.

 

Obernai en pleine mobilisation

Cette semaine, Céline Schnell, en charge de l’animation numérique à l’office de tourisme est en plein boum : dimanche dernier, quelques 100 acteurs et 50 figurants ont participé à la première prise du clip. C’est la rencontre entre une société de production locale et l’office de tourisme qui a permis la mobilisation du public et le tournage. Samedi prochain, avec de la communication autour du tournage (un article dans la presse locale), les danseurs seront au rendez-vous. Pour l’occasion, une célébrité locale, « Nicolas de Masterchef » s’est joint à l’aventure.

A regarder, le making off du tournage, cela pourra vous donner des idées

)

 

Happy we are from Cherbourg, toute une histoire!

Voici l’histoire du clip racontée par Anne , Chargée de communication à tourisme Cherbourg Cotentin : 

Le 5 février à 7h du matin, au réveil, Céline chargée de production pour une boite caennaise, mais résidente à Cherbourg depuis peu a eu envie de se lancer dans l’aventure « Happy ». Elle est tombée amoureuse de Cherbourg, en en ayant pourtant une image pas très positive avant d’y venir.

7h45 : elle poste un message sur la page facebook Tourisme Cherbourg Cotentin

9h : le projet me semble intéressant, je lui laisse donc un petit message dans lequel je lui propose de lui donner un coup de main en la mettant en relation avec les acteurs du tourisme locaux afin de lui ouvrir quelques portes.

14h30 : nous avons une conversation téléphonique rassurante pour les deux parties. Coté OT : j’ai affaire à des professionnels de la vidéo motivés pour faire un clip sympa. Coté Céline, la chargée de production :  l’OT ne veut pas reprendre ça pour lui mais juste apporter un soutien à une opération de communication sur le territoire. Nous sommes partenaires !

Et là c’est parti, je leur fais visiter la ville et ses endroits incontournables, le réseau de l’Office de Tourisme (musées, théâtre, mairie, places, écoles de danses…) réagit tout de suite et répond positivement à pas mal de nos attentes.

Il faut faire vite, l’événement est créé sur facebook depuis le 5 février et déjà la population locale se passe le mot : le dimanche 2 mars la scène finale sera tournée devant la statue de Napoléon, le lieu de rendez-vous connu de tous les cherbourgeois.

La presse locale suit aussi, nous les invitons sur les premiers lieux de tournage : piscine et Office de Tourisme, ils nous font des articles sympas et la population locale est enthousiasme. L’événement facebook est le principal lien. Céline crée une page « happy we are from Cherbourg » pour que ce nouveau réseau perdure après l’événement.

Je suis la majorité des prises de vues, surtout celles qui ont lieu chez nos partenaires, je prends des photos et les poste sur les réseaux sociaux (facebook et instagram), et on sent que la population soutient ce projet. Pour l’Office de Tourisme,en terme d’image pour les locaux, c’est très positif.

2 mars : scéne finale. France 3 Basse Normandie est venu et nous avons un reportage pour le 19-20, la presse locale évidemment est toujours présente.

S’en suit une semaine de répit, de stress, d’attente : le montage. Tout le monde attend !

Dimanche 9 mars 20h30 :  le clip est mis en ligne : 6000 vues dans la nuit et surtout on sent monter l’effervescence des locaux, tout le monde s’empare de ce clip qui représente LEUR ville, ils reconnaissent des danseurs, des sites…Ils le partagent sur les réseaux sociaux, les envoient par mail…

Tout s’enchaîne, les médias locaux font des articles et interview, sur les réseaux sociaux je partage le clip sur des pages influentes, ça prend très bien.

Au bout de 24h, 20000 vues, c’était l’objectif que l’on s’était donné, pensant être un peu en retard sur le buzz international, et au bout de 72 heures, nous sommes à 70000 vues, et surtout tout le monde nous en parle, nous recevons des messages de félicitations de partout (partenaires, élus, locaux, touristes…), les messages sur les réseaux sociaux sont en majorité très positifs.

Bilan, au bout de 3 jours, nous sentons que ce clip est une « fierté » pour la population locale (départementale) ou expatriée, tous se l’approprient.

L’Office de Tourisme utilisera évidemment ce clip pour communiquer aux touristes, via son site, ses réseaux sociaux, sa chaine youtube, sur les salons…

La page Facebook happy we are from Cherbourg va être entretenue par des making of du clip et d’autres vidéos proposées par la boite de production, afin que la population locale qui s’est mobilisée pour cette opération puisse proposer des nouvelles idées ou participer à d’autres projets de ce style.

 

 

We are happy from partout :

Un site recense les vidéos produites un peu partout dans le monde : à ce jour 559 vidéos de 77 pays : http://www.wearehappyfrom.com.

Est-ce que celle de votre territoire y sera bientôt référencée? N’hésitez pas à parler de vos projets et retours d’expérience dans les commentaires.

 

 

 

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Jean Luc Boulin est directeur de la Mission des Offices de Tourisme Nouvelle-Aquitaine (MONA). Cette structure, unique en France, regroupe les Pays Touristiques et les Offices de Tourisme de Nouvelle-Aquitaine. Elle est soutenue par le Conseil Régional. Deux missions principales lui sont confiées : la structuration touristique des territoires et la professionnalisation. Dans ce cadre là, la MONA assure une veille permanente sur le etourisme et accompagne des expériences dans son réseau. Directeur de l’office de tourisme de l’Entre-deux-Mers (Gironde) et du pays d’accueil touristique du même nom pendant plus de dix ans, Jean Luc Boulin dirige la MONA depuis sa création en 2003. Le manque de source d’information au même endroit sur le etourisme institutionnel et le besoin d‘échanger sur cette formidable mutation du métier des offices de tourisme vers l’Internet ont donné l’idée à Jean Luc Boulin de créer ce blog “etourisme.info”, qui se veut être le creuset de l’etourisme institutionnel sous toutes ses formes. Jean-Luc Boulin est également enseignant en Master Tourisme AGEST (aménagement et gestion des sites et territoires touristiques) à l'université de Bordeaux Montaigne. Le site Internet de la MONA. |Email : jlboulin at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots). |Twitter : @JeanLucBoulin
  • Romain Péroua

    Personnellement je pense que ce genre de clips s’adresse en majorité à la population locale et expatriés. Du coup je me demande vraiment l’intérêt que cela a d’un point de vue strictement touristique ?

    Mais est-ce qu’un touriste va déjà regarder le clip (j’en suis pas persuadé, peut être les fans du mouvement « happy » ?), et s’il le fait est-ce que ça peut l’inciter à venir sur le territoire (pourquoi pas) ? Voilà je jette ma bouteille à la mer remplie d’interrogations 😉

  • ALaConqueteDeL’Est

    Je suis une des filles à l’origine de Happy Belfort, qui sortira demain sur la toile.
    On m’a souvent dit que ce phénomène était passé (on a commencé à tourner fin Février) mais qu’importe. Le fait de voir autant de gens venir spontanément vers nous pour participer à l’aventure nous a confortées dans le fait que cette vidéo Happy n’est en fait qu’un chouette prétexte pour creer quelque chose ensemble, entre habitant d’une même ville.
    Belfort souffre de clichés « il n’y a rien à faire » « c’est mort », « il pleut tout le temps ». Déjà avec notre blog (A la conquête de l’Est) on passe tout notre temps libre à écrire des articles pour valoriser notre ville, nos régions, alors cette vidéo est dans la continuité 🙂
    On est absolument pas pro, nous ne faisons partie d’aucun institution, nous avons strictement rien à gagner de faire cette vidéo et pourtant, c’était un réel plaisir de simplement passer du temps avec des gens qui sourient !

  • Jean-Luc Boulin

    Merci pour ce témoignage belfortain, qui répond à Romain : dans un premier temps l’impact est essentiellement local, et fédère une population autour de son image.
    Je pense qu’inévitablement, plus des habitants sont fiers de promouvoir le territoire, plus ils en seront ambassadeurs auprès de visiteurs potentiels!

  • Je pense aussi que le phénomène est très local. A part les fanatiques, qui a regardé les vidéos des autres villes que la sienne ? Sur la forme rien de nouveau. Ces vidéos me rappellent étrangement le film génial de Inspired by Iceland : http://vimeo.com/m/12236680
    Et d’autres dans le même esprit.
    Personne n’a encoré tourné avec un lama qui danse le Harlem shake au son de Pharrel Williams ? 🙂

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