Entrez mesdames et messieurs ! Vous découvrirez des faits incroyables, observerez des pratiques inimaginables, rirez aux larmes et pleurerez de joie ! 

Ah, si nos destinations touristiques pouvaient nous faire rire dans un monde où l’autoritarisme recommence à s’imposer, ça serait génial. Je ne vous livre pas ici un article technique ou mono-centré, mais un ensemble d’impressions du moment suivies de recommandations, que vous êtes surtout libre de ne pas suivre.

Le spectacle

Comment faire pour rendre votre destination aussi appétissantes que possible ? Les événements, faits culturels et sportifs majeurs, y contribuent grandement. L’office de tourisme de Brive a été parfaitement actif sur ce point. Et plus encore : introduisez une notion de spectacle dans votre communication numérique. De la vie, du mouvement, de l’émotion, passer du rire aux larmes : ce n’est pas tant vos réceptacles (site amiral de destination, réseaux) qui doivent être remaniés dans ce sens, mais vos contenus. Regardez bien l’univers touristique de l’office de tourisme de Santa Barbara en Californie : des gens, des moments à vivre, une expérience en 72 h, du local, des impressions agréables, des témoignages, tout est spectaculaire, presque immersif… Et sur la page Facebook de la destination, on est au cinéma et ça marche !

Recommandations : pensez moins géographie, aménagement du territoire qui sont fréquemment vos fondamentaux, mais plus spectacle, éditorial, commerce (c’est d’ailleurs la grande différence de formation d’origine entre nos équipes institutionnelles françaises et espagnoles, britanniques ou américaines). Pensez plus spectacteurs que touristes. Mettez- vous dans la salle, éteignez les lumières et regardez avec éblouissement vos destinations et leurs composantes humaines. 

Le faire

Le nombre de mes plus jeunes relations qui aspirent à changer d’orientation après avoir suivi des études, souvent longues, brillantes et abouties est incroyablement élevé depuis 2 ans. C’est un peu comme si finalement les études ne servaient qu’à passer de l’adolescence à la jeunesse adulte, sans finalité opératoire ensuite. Personnellement je trouve ça très positif et j’encourage. Illustration avec ce très bel article dans la magnifique revue La Relève et la Peste où l’on nous invite à chercher des verbes plutôt que des métiers : être, faire. Plutôt que choisir un métier dont on sait qu’on devra changer plusieurs fois dans sa vie et encore plus si les robots nous le boulottent. La France paraît d’ailleurs bien exposée à la disparition d’emplois d’après le Forum Economique Mondial.

Le Figaro nous indique que les activités consistant à faire prennent de plus en plus d’importance en France : bricoler, cuisiner, jardiner, créer… serait le fait de 93% des Français qui auraient dépensé 95 milliards d’euros sur le sujet l’an dernier.

Recommandations : dans vos outils numériques, renforcez donc vos rubriques Etre et Faire. To be or not to be : la question se pose toujours, mais elle doit surtout s’afficher maintenant ! Autrement dit, l’OGD a tout intérêt à se préoccuper de sa population locale dès lors que des faiseurs sont prêts à recevoir, partager, aider. 

Le social

Les réseaux sociaux devraient plutôt aujourd’hui s’appeler réseaux libéraux : chacun y est de plus en plus en représentation commerciale en y publiant la meilleure face de sa vie. La segmentation est à l’oeuvre, les silos s’imposent, les échanges reculent, les avis divergents sont écartés. Et pourtant, nous y passons de plus en plus de temps. 80% d’entre nous sont connectés et 26,5 millions de visiteurs uniques sont observés chaque jour sur les réseaux sociaux en France selon #AnnéeInternet2016. Mais la récente décision des autorités américaines d’imposer (20 décembre) un contrôle des présences sociales et des identifiants des voyageurs se rendant aux Etats Unis (bon article de la Tribune sur le sujet) m’incite à penser que nos réseaux sociaux seront bientôt à rebaptiser réseaux autoritaros (ça n’existe pas je sais mais je m’en fiche). J’avais bien apprécié cet article consacré par France Culture à un prof de droit de Harvard sur la segmentation sur Internet qui bouleverse nos démocraties. J’ai comme l’impression que le Canada sera le grand gagnant des incertitudes qui planent aujourd’hui dans l’esprit d’aspirants voyageurs vers l’Amérique du Nord.

Recommandations : je me demande si en plus de vos publications sociales touristiques, souvent composées de belles photos hastaguées, qui font un carton par ailleurs, il n’y a pas à inventer de nouvelles formes de publications : carnets de route touristique au quotidien (la série), interviews de locaux et de voyageurs, extraits de spectacles locaux… 

 

Le dormir

Je connais bien les professionnels du tourisme et en particulier les hébergeurs. Je connais bien aussi vos obligations en tant qu’OGD. Et tout autant les pratiques des touristes (il m’arrive aussi de voyager :)). Du coup, je me pose de plus en plus la question de la pertinence de la présentation des offres touristiques locales dans vos sites web de destination. L’annuaire, les objets touristiques, la greffe qui prend de plus en plus mal quand même. Franchement, à part dans une destination rurale pense-t-on et observe-t-on sérieusement une consultation poussée, comparative et un niveau de réservation élevé des hébergements par le site de l’office de tourisme ? Et même si oui, pourquoi lui donner une telle place dans l’arbo et l’ergonomie de votre site ? Posez-vous au moins la question. Je sais bien qu’il y a un écart majeur entre la perception que peuvent avoir vos élus, administrateurs et prestataires sur le sujet et vous-même, ainsi que les clients finaux. Bien souvent, selon la loi de Pareto, il faut du temps au temps pour innover. Mais la question mérite d’être posée quand on refond son site de destination. Surtout qu’avec la loi NOTRe, le nombre d’offices de tourisme est appelé à diminuer sensiblement : on s’attend à disposer de 1500 offices de tourisme courant 2017 (il y en avait globalement plus du double voilà 10 ans). Etre au coeur du tourisme signifie-t-il encore être le réceptacle de toutes les offres locales ? Peut être répondrez-vous par l’affirmative et tant mieux si ce n’est pas par habitude que vous listerez vos hôtels, meublés, campings, chambres d’hôtes, villages de vacances, restaurants routiers, gastronomiques, brasseries, pizzérias…

Recommandations : veillez, benchmarkez et inspirez-vous d’exemples d’ailleurs. Le tourisme c’est certes une logistique, mais c’est d’abord une envie de vivre ailleurs et autrement. L’humain avant l’adresse. L’être et le faire avant le dormir. Il n’est pas obligé que votre arbo et votre répartition de contenus soit une reproduction juste remaniée d’un point de vue esthétique des vieilles habitudes rassurantes pour vous, vos élus et vos administrateurs, mais pas pour les touristes et voyageurs. 

Le local

Une belle initiative conduite par Stéphanie Chefdeville, directrice de l’office de tourisme de Guebwiller, Soultz et des Pays du Florival en Alsace : elle et son équipe ont instauré les Stammtisch du Jeudi. Il s’agit d’un rendez-vous pour inviter les locaux à découvrir toutes les nouveautés qui voient le jour chaque mois sur le territoire. Plus le monde est global, connecté et peuplé, plus le local prend de l’importance : le Microcosmos humain a bien des choses à nous dire. Deux autres échelles nous l’indiquent. A Seattle, grosse ville américaine, Amazon qui est née sur place a décidé de se servir de la ville pour tester ses nouvelles innovations dans le commerce…de détail nous indique le New York Times. Autrement dit, l’une des majors mondiales observe à l’échelle locale ses possibilités de développement avec ses premiers clients locaux. Autre exemple, le groupe hôtelier Accor qui vise à offrir des services locaux aux habitants ou citadins travaillant dans le voisinage de ses hôtels. Sa nouvelle chaîne, mais pas seulement, Joe and Joe a un tel positionnement. A lire l’interview de Sébastien Bazin sur Skift

Recommandations : espaces de coworking, wifi, plateforme de résa de services locaux, salle de lecture, mise en relation de la population locale… Les services locaux à développer sont immenses pour les OGD pour peu que vous anticipiez les conflits possibles avec d’autres services existants et jaloux de leurs prérogatives 🙂