MMS, ou mes meilleurs souvenirs. L’allusion à l’antique Multimedia Messaging Service n’est pas innocente comme vous allez le comprendre.

Le sujet que je vous propose est le développement d’un concept imaginé dans le cadre des Francophonies du e-tourisme de juin dernier à Sierre sur le thème de l’innovation. Je fais suite à l’ineffable Paul Fabing qui vous a présenté la semaine dernière le concept de baromètre de destination.

Pour ma part, j’ai eu le plaisir de phosphorer aux côtés de Christelle Taillardat, Directrice du Comité départemental du tourisme de l’Aube et de Jean-Baptiste Godard, Médiamaticien de la Vallée d’Illiez. Nous nous sommes attachés à développer une approche consistant à magnifier l’expérience client du souvenir. Rien que ça 😉

Un constat pour point de départ

On le sait, parmi les visiteurs sur notre territoire, nous avons:

  • des touristes aux profils très variés;
  • des personnes aux niveaux d’aisance inégaux face à la technologie;
  • des outils et plateformes qui vont du plus simple au plus compliqué;
  • une tendance générale (gastronomie, design, art,…) de retour aux « basiques »

nouveaux polaroïdsEt un point commun pour tout ce petit monde: le souhait de garder des traces émotionnelles de nos expériences et moments uniques.
Nous avons donc imaginé une approche innovante non pas dans les outils mais plutôt dans les usages.

 

 

Que propose-t-on au client ?

Une prise en charge de la « corvée » des souvenirs pour que le consommateur puisse vivre son séjour à 100%: voilà en résumé ce dont nous avons rêvé. Si j’ai utilisé volontairement le mot corvée, c’est parce que je me souviens de ce temps où, enfant, j’appréhendais la matinée cartes-postales lors des vacances passées avec mes parents. C’était pour moi, une demi-journée de perdue.

Aussi, pour gagner du temps sans pour autant sacrifier des souvenirs appréciables, l’idée est de favoriser au maximum le recours à des outils simples qui permettent rapidement la prise de vues photo ou vidéo. Et si un effort, aussi infime soit-il, est demandé au client, on l’intègre alors dans une bonne dose de ludisme.

Pour les moins technophiles, voire même les technophobes

sharing box…ou les touristes en cure de digital-detox, on va déployer des outils facilitant la prise de vue comme, par exemple, les Sharing-Box, que les habitués des ET de Pau connaissent bien. Vous en avez peut-être même vu une lors d’un mariage ou autre événement festif.
Je suis toujours étonné du succès que rencontrent ces bornes au croisement entre le Polaroïd et le photomaton. L’effet Madeleine de Proust n’est probablement pas étranger à l’engouement qu’elles suscitent; retour aux basiques je vous disais. Et le succès que les Polaroïds de nouvelle génération rencontrent auprès de nos ados confirme bien cette tendance: on aime retrouver le contact de la photo « papier ».

On peut également investir dans des installations plus coûteuses mais ô combien attractives comme ces bornes déployées dans de nombreuses stations de ski, activables avec le traditionnel forfait et qui vous permettent de recevoir à la fin de votre descente sur votre mobile via MMS, le film de vos exploits.

 

sysytème follow meOn a également, entre autres pour les cyclistes, des systèmes assurant la prise de vue par un drône; vous n’avez plus qu’à vous concentrer sur votre vélo grâce à la technologie Follow me.

Dans un cas comme dans l’autre, on le voit, aucun effort réel n’est demandé à l’utilisateur, pas plus que de grandes connaissances technologiques: un numéro de mobile ou une adresse mail suffisent pour obtenir un précieux souvenir d’une expérience vécue à 100% et sans prise de tête !

Pour les digital addicts

Si vous nous lisez, vous êtes peut-être vous-même un peu technophile. Nous n’avons pas non plus oublié ce public, prêt à plus de manipulations, plus d’efforts pour s’assurer de LA photo qui fera pâlir d’envie ses abonnés Instagram ou ses amis Facebook.
De ce côté, l’inspiration côté tendances nous est venue des masques (appelés aussi parfois « filtres », entraînant la confusion avec les filtres de traitement des nuances et couleurs pour lesquels ce terme est adéquat), bien connus des utilisateurs de Snapchat et intégrés aussi par la suite dans Instagram avec les stories.

Nouveaux filtres sponsorisés
Aujourd’hui, évolution et monétisation obligent, Snapchat (et à n’en pas douter, Instagram suit de près) propose des masques et des filtres sponsorisés et géolocalisés : à certains endroits, ces filtres s’activent et vous sont offerts, intégrant le logo de la marque sponsor. On pourrait ainsi imaginer se voir proposer un masque nous coiffant d’un béret basque une fois sur le territoire de Saint Jean de Luz. Dans la photo ci-dessus, vous pouvez voir les propositions de Burberry ou encore de Coca-Cola.

panneau tête photoIl y a encore une fois un basique remis au goût du jour là-derrière: ces bons vieux panneaux pourvus de trous dans lesquels on place sa tête pour faire une photo. Ils existent toujours mais trouvent aujourd’hui eux-aussi leur alter ego numérique.

L’innovation se cache souvent dans les idées les plus simples s’inspirant largement de pratiques qui ont fait leurs preuves; ne cherchons pas systématiquement à réinventer la roue mais faisons la évoluer, comme elle l’a fait de la pierre au caoutchouc en passant par le bois, gagnant toujours en efficacité.

Conclusion

L’innovation dans ces idées consiste à faire de la constitution de souvenirs par le touriste une expérience en soi. En outre, on encourage ce dernier à participer à la production de contenus de séduction pour la destination: du marketing crowdsourcé en bonne et due forme. Durant son séjour, le touriste accède à des services, vit des expériences de production de souvenirs pour lesquelles il nous transmet des données personnelles de contact (veillez, bien sûr, aux mentions légales et à l’opt-in !) grâce auxquelles on va travailler la relation-client. Par la suite, il participe par un bouche-à-oreille numérique mais également traditionnel grâce aux impressions sur papier photo, à la notoriété du territoire visité. Enfin, la destination peut, par curation, récolter le meilleur de la production des visiteurs pour la réinjecter dans ses propres médias sociaux. Elle est pas belle la vie ?