Interro surprise : en cette période de rentrée scolaire 2019, dois-je passer au logiciel libre ? Vous avez 10 minutes de lecture pour répondre.

La transformation numérique

Un récent échange sur Facebook me rappelait à la dure réalité de ce qu’on appelle la transformation numérique : la route est encore longue tant il reste à faire pour, d’une part éduquer les utilisateurs et battre en brèche les habitudes / à priori / facilités d’esprit que l’on s’autorise au quotidien, même parmi les publics les plus avertis, d’autre part.

Tranquillement mais sûrement, les éditeurs de logiciels ont placé leurs pions au fil des ans, comme on compte les cartes au black jack, pour finir par rafler la mise. On peut s’amuser à dénombrer pour s’en convaincre la multitude de projets lancés par les autorités gouvernementales “pour conserver notre souveraineté numérique” alors que Microsoft a déjà un pied à l’hôpital ou à l’éducation. Deux causes principales à cela : l’attentisme pendant de nombreuses années qui nous pousse aujourd’hui à courir (loin derrière) pour tenter de rattraper le retard que nous avons pris ; le manque de culture numérique qui fait malheureusement échouer les tentatives d’adoption de solutions alternatives.

Un exemple parmi d’autres : voila un an que Google Maps a réduit drastiquement la voilure pour une utilisation gratuite de son service par les professionnels. Un professionnel ne payait rien sur un quota de 25000 consultations par jour de sa carte, on est passé à un quota de 14000 consultations par mois. De nombreux professionnels sont impactés et faute d’avoir pris le problème à bras le corps, les sites dont la cartographie ne s’affiche pas sont toujours légion.

Au-delà de cet exemple, et du simple critère de coût, le choix d’une licence propriétaire ou libre n’est pas anodin. Je bondis lorsque des personnes éduquées au numérique disent en 2019 que “oui, bon le libre c’est bien mais c’est quand même pas pareil”, avec un sous-entendu dépréciatif tant en terme d’ergonomie que de fonctionnalités des logiciels.

On ne peut pas présupposer que la question de la licence est subalterne et que seules les fonctionnalités prévalent. Sur le court terme, on considère que c’est équivalent voire à l’avantage de la licence propriétaire. Mais sur le long terme, vous voyez peu à peu les travers insidieux du logiciel propriétaire qui sur la durée vous amène de manière inéluctable là où se trouve l’intérêt de l’éditeur et non celui de l’utilisateur. Avec le temps, vous vous heurtez à toutes les logiques d’enfermement qui font de vous un produit, aux décisions unilatérales des éditeurs, aux augmentations de prix, aux logiciels qui s’arrêtent par manque de rentabilité (et moi ? qu’est-ce que je deviens ?), aux évolutions contestables. Sur le long terme, utiliser des logiciels propriétaires, c’est comme vivre dans une dictature : l’éditeur décide de tout, les utilisateurs de rien…

Utiliser un logiciel n’est pas anodin. Les logiciels engendrent des dépendances d’autant plus lourdes qu’on les utilise longtemps, de manière intensive et pour des usages sérieux. Alors certes, le passage au logiciel libre peut demander parfois un peu d’efforts. Mais c’est le principe de la liberté : elle n’est jamais acquise et se mérite. Elle a surtout d’énormes avantages…

Voici donc quelques incontournables à adopter d’urgence pour la rentrée ! Vous êtes déjà converti ? Partagez votre expérience en commentaire !

La bureautique

L’omnipotente, l’omniprésente suite Microsoft Office s’est imposée partout, même… dans les entreprises qui ont de très faibles budgets qui pourraient être mieux fléchés. Aujourd’hui, une licence Office 365 business “premium” coûte 10,50€ HT par utilisateur et par mois (oui, vous achetez la version premium car elle comprend exchange et l’agenda outlook partagé c’est tellement pratique). Sauf que vous êtes 12 employés et que ça coûte à l’entreprise 1512€ TTC par an… et c’est un abonnement donc vous n’êtes jamais propriétaire du produit. Vous souhaitez l’acheter? Pas de problème, la licence coûte 579€ TTC par poste, vous n’aurez pas de mise-à-jour des fonctionnalités ni un certain nombre d’options de 365. C’est le genre de choix qui me rappelle vaguement un sketch : “tu préfères n’avoir qu’un bras ou une barbe de 3 mètres que tu ne peux pas couper ?”

Disons les choses franchement : votre parfaite maîtrise du Ctrl+C / Ctrl+V justifie-t-elle de payer un tarif si élevé ? Vous avez Exchange? Super, mais il n’est pas déployé correctement donc vous vous échangez entre services 36 fichiers Excel d’adresses mails plus ou moins à jour et vous vous gardez les agendas Google car c’est tellement pratique et tout le monde a pris l’habitude maintenant.

Alors vous m’objecterez que vous avez vaguement basculé vers OpenOffice mais vous avez laissé tomber car quand on vous envoyait des fichiers word “ben tout est décalé”. Avouez, c’était il y a 15 ans avec la version 1.1.2 ! Le chemin parcouru est énorme depuis ce temps. Mon sentiment est que l’apparition de Google doc a également été un accélérateur de performance des équivalents libres en bureautique. J’utilise LibreOffice quotidiennement pour tout type de document et depuis 6 ans maintenant. Je ne me suis pas retrouvé bloqué par une fonctionnalité qui manquerait ou un problème de compatibilité avec un document propriétaire.

Qu’attendez-vous ? LibreOffice

Et pour les mails? Thunderbird évidemment qui est devenu plus ergonomique qu’Outlook (si, si, je vous assure).

La PAO

Dans ce domaine aussi, un éditeur tient la corde. Il s’agit bien sûr d’Adobe qui avec sa Creative Suite a séduit les graphistes ; pas le choix, il n’y a jamais eu de réelle concurrence parmi les éditeurs du marché, ni de propositions sérieuses côté libre par manque de soutien financier et humain pour des développements logiciels spécifiques. Sauf que depuis quelques années maintenant, la Creative Suite 6 s’en est allée dans les nuages d’Adobe Creative Cloud et qu’il faut s’abonner aussi. L’éditeur est précurseur à cette échelle d’utilisateurs sur cette formule (il me semble). Pour les PME, il faut tout de suite partir sur 70€ HT / mois pour la suite complète ou choisir la formule à l’unité à 30€ HT / mois. Sachant qu’il vous faut au minimum Photoshop, Illustrator, Indesign, Acrobat (un peu moins cher) vous avez compris que vous faites mieux de prendre tout. C’est comme chez le boucher, “y en a un peu plus, j’vous le mets quand même ?!” Sauf qu’on ne va pas tout manger. Sympa. Et vos relations avec la compta sont de plus en plus tendues.

En terme d’équivalents, je ne m’attarderai pas trop longtemps sur le cas de Gimp que tout le monde commence à connaître. Pour moi ce logiciel, c’est le mystère complet. Ergonomie jamais orientée grand public au fil des versions, fouillis côté fonctionnalités, j’ai toujours eu la sensation qu’il ne s’adressait qu’aux photographes qui manipulent du format .raw . Pas grave, car sur le plan de la photo, Instagram est passé par là… et un paquet d’applis ou web apps qui permettent de bonifier une photo ratée, ont vu le jour. Je vous laisse fouiner sur votre moteur de recherche préféré (Qwant, Duck duck go, etc.) pour trouver l’outil qui vous conviendra.

Je vais en revanche dire deux mots des équivalents à Illustrator et Indesign que sont Inkscape et Scribus qui ont fait un bond énorme eux aussi durant les cinq dernières années et sur lesquels on peut travailler sans mal pour des impressions professionnelles. Les formats d’échanges (.eps ou .svg) s’ouvrent sans souci de prise en charge de fonctionnalité ou d’interprétation des calques. Inkscape fonctionne sur le format libre .svg (scalable vector graphics) qui est également lu par le logiciel de dessin Draw de la suite LibreOffice. Inkscape permet autant de faire du dessin vectoriel que du graphisme (pour produire une affiche A3 par exemple). Basculez sur Scribus pour intégrer des éléments graphiques et textes afin de créer une brochure 12, 16 ou 24 pages. La documentation est abondante sur le net. Si vous décrivez bien votre problème, vous trouverez un tuto vidéo pour tout. Votre imprimeur ne verra pas la différence avec un pdf créé sous Adobe.

Alors ? Convaincu ? À vous maintenant de passer le message et d’engager vos collègues dans une démarche vertueuse et plus respectueuse.

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Historien de formation, c'est par une spécialisation en valorisation des patrimoines naturels et culturels que Jérôme a mis un pied dans le tourisme. Il met sa passion des territoires au service de leur promotion. Jérôme a notamment travaillé dans les Offices de Tourisme de Poitiers, Aurillac et Villeneuve-sur-Lot. Toujours à l'affût d'outils pour entraîner ses collègues dans des approches innovantes, c'est un geek curieux d'apprendre et transmettre. Mise en œuvre de stratégie numérique, communication digitale et coordination de projets figurent parmi les compétences de Jérôme pour accompagner ses collaborateurs.