Suite de notre  billet d’hier (17 juillet 2013) rédigé à quatre mains, avec Nicolas Monseigne, chargé de mission tourisme du Pays Médoc. Nous observons un décrochage de l’intérêt politique pour le tourisme, nous le regrettons et nous formulons dans cet article des pistes visant à créer quelque débat sur le sujet. 

Voici quelques questions pour avancer et faire en sorte qu’élus locaux, techniciens du tourisme institutionnel et privés de la chose, fassent entendre qu’il serait temps de bouger si nous ne voulons pas voir le tourisme devenir un espace de friches économiques. Selon nous, il y a urgence car les indicateurs ne sont pas bons et les dernières données publiées hier, par Skift sur les budgets moyens des services touristiques des états des USA (36 millions de dollars en moyenne par état pour les dix premiers d’entre eux et 8 millions de dollars pour les autres, d’ailleurs le graphique présenté dans cet article démontre que malgré la crise, les états américains continuent à investir dans le tourisme), plus l’enveloppe de 75 millions d’euros débloquée par l’état espagnol dont on connaît les difficultés financières (annoncée en juin) pour l’innovation touristique chez les entrepreneurs, via Emprendetur laissent songeurs. Nous n’avons pas encore exploré l’éventuelle portée touristique des 200 mesures du “choc de simplification” du gouvernement présentées hier, mais nous le ferons ou vous le ferez et commenterez notre article :).

Option 1 : Que les politiques ne s’occupent plus du tout de tourisme dans ce pays est une vraie orientation à creuser. Ne tombez pas de la chaise ! Des destinations concurrentes réussissent aussi dans le tourisme avec peu d’intervention, d’organisation et de moyens institutionnels : la fermeture d’OT en Irlande et au Royaume-Uni n’a pas empêché ces deux pays d’attirer des touristes, l’Italie qui est en panade complète sur le sujet du tourisme institutionnel ne s’en sort pas si mal. Et l’Allemagne et les Pays Bas qui développent un tourisme réceptif puissant, d’abord pour leurs citoyens, puis pour le voisinage immédiat, deviennent de redoutables concurrents notre pays.

Option 2 : Pour les plus attachés à l’idée que les gouvernants sont là pour gouverner (c’est à dire, d’abord inspirer, incarner, défendre et porter dans l’intérêt général), que les politiques s’occupent vraiment du tourisme, en considérant ce secteur comme porteur d’innovations, pour peu qu’on cesse de le voir comme un hédonisme commercial sans envergure, juste support à bonnes nouvelles une fois la rentrée venue. Vous notez notre ton grinçant ? Il y a du vécu territorial là dessous !

A partir de là, quelques petites questions entre amis d’un tourisme potentiellement fécond :

  1. Un ancien président a dit un jour “Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ?”. Nous avons 3000 offices de tourisme qui vantent leur clocher et leur position stratégique au coeur de la France.

    1. Combien de structures, font de la promotion de structure avant de faire de la promotion de marque ? La même question posée autrement : combien de structures font de l’autojustification au lieu de parler avec les voisins de la destination telle qu’elle est identifiée et vécue par le client ? Car au final, c’est lui qui compte ! Paraphrasons Sir Hilton : le client, le client, le client ! Il n’y a que ça de vrai.

    2. D’ailleurs, combien de structures font vraiment de la promotion, programmée sur plusieurs années, avec stratégie, budget et indicateurs d’évaluation ? Promotion bien évidemment éloignée du ressenti des élus locaux sur la communication touristique… Chacun trouvera bien une référence aigre-douce sur le sujet…

      Évolution du budget touristique moyen des États aux États-Unis

    3. Cela pose d’ailleurs la question de l’obligation pour un OT de remplir “en bloc” les missions d’accueil, d’information, de promotion et d’animation de réseau : n’est-ce pas là une invitation à disperser les moyens ? Pourquoi ne pas choisir de prioriser ici celle-ci et là celle-là ?

    4. Question bonus : combien d’offices de tourisme sont au courant du plan d’actions du voisin, du CDT et du CRT pour l’année à venir ? Au-delà de la connaissance partagée, combien contribuent à leur élaboration ? Un préalable pourtant évident au partage des actions et des coûts ! Vive la recentralisation en quelque sorte !

  2. Entendu et rapporté par Alexis Mons : Sylvia Pinel veut ouvrir les SIT pour l’open-data :

    1. Est-ce à dire que les SIT vont être connectés entre eux pour faciliter leur utilisation ?

    2. Pourquoi ne pas en avoir un seul à ce compte-là ? Comment ça c’est difficile, on a chacun investi dans notre outil ? C’est quoi la marque de votre fromage SIT, déjà ?

    3. Question bonus : on donne toutes les infos ? Ou on considère qu’une partie de l’info doit pouvoir être monnayable ? Dans cette période de questionnements sur ce que doit être la bonne place des organismes gestionnaires de destination, cette question-là est fondamentale, car elle pose en creux la question du curseur au-delà duquel on bascule du service public à l’outil marchand

  3. On forme à tour de bras dans les offices de tourisme : des animateurs numériques de territoire, des managers numériques de destination, des reporters de territoire… on sensibilise et on réorganise les fonctionnements des structures suivant les préceptes de SADI, APEX, DYM… mais les décisionnaires, on les forme quand et comment ? Un chantier à ouvrir d’urgence, une nouvelle génération d’élus locaux arrive au printemps prochain ! Bonne nouvelle, une certaine délégation d’un CNFPT envisage de s’adresser à eux, suivant en cela l’excellent exemple du CRT Limousin et de la FROTSI de la même région qui ont ouvert le bal en 2012 !

  4. Les lettres ouvertes qui répondent aux lettres ouvertes, c’est bien, mais peut-être pourrait-on se parler, concerter largement et décider ensemble ? Pour employer un terme politique indémodable, pourquoi pas un “Grenelle du tourisme”, où on pourrait associer les ministères touchés de près et de loin par le tourisme, les professionnels, les institutionnels du tourisme, etc…

  5. Il fut un temps, et nous eûmes le plaisir d’y participer, où le Commissariat Général au Plan avait étudié et produit un rapport sur l’attractivité culturelle de la France et par là même de son tourisme. Dans un passé plus lointain, son rapport sur le tourisme de 2010 avait fait grand bruit. Nous voudrions bien entendre une préoccupation collective, impliquant élus et professionnels des secteurs publics et privés, décider des 10 priorités pour l’économie touristique des dix ans à venir. Avec forcément une transversalité numérique.

 Et vous, cher lecteur, avez-vous une proposition pour un redressement très productif de la chose touristique ? Car bonne nouvelle : Fleur Pellerin a annoncé que le wifi serait bientôt disponible dans 100 gares de France ! Nous pourrions alors converser en ligne et en mobilité physique sur le sujet. Vous n’êtes pas obligé de nous répondre maintenant, mais nos cerveaux à Nicolas Monseigne et à moi-même restent disponibles, même en été, sur le sujet. Nous voudrions bien que la chose touristique et la chose numérique soient clairement définies comme des priorités nationales, le redressement productif passe aussi par le tourisme.