La réalité augmentée désigne les systèmes informatiques qui rendent possible la superposition d’un modèle virtuel 3D ou 2D à la perception que nous avons naturellement de la réalité et ceci en temps réel (source Wikipédia). Technologie prometteuse, notamment dans le tourisme, elle est encore rangée aux rangs des innovations, dans le sens où les usages ne sont pas encore clairement stabilisés et réservés à quelques initiés du numérique. Entre usages et promesses, la réalité augmentée a-t-elle de l’avenir ?

La réalité augmentée, miroir aux alouettes

“Eh la qui va là [Inspecteur Gadget] Eh la ça va pas [Ouh ouh]”
Des uns chantonneront ce gimmick comme une référence hautement culturelle à l’un des plus célèbres inspecteurs manga et d’autres y liront un véritable cri d’alerte. Tous auront raison. Prenons l’exemple de la plupart des applications touristiques. Pour la grande majorité d’entre elles, la réalité augmentée ne consiste qu’à superposer une couche informationnelle avec des points d’intérêts (hôtels, restaurants, etc.) en indiquant la direction (souvent approximative) et la distance alors qu’une simple carte 2D serait dans le contexte beaucoup plus adaptée, efficace et finalement pratique, pensons utilisateur !

Ce type de fonctionnalités se révèle dans la pratique bien peu utilisable, pour peu que l’on penche le support insuffisamment ou dans un angle contrariant, voir que l’on bouge à peine le petit doigt, le dispositif perd rapidement les pédales, pire les éléments se superposent, formant un ensemble confus et perdent au final l’utilisateur qui n’aura d’autres choix que de fermer l’application et d’en garder un mauvais souvenir, pas certain qu’il y revienne, ni qu’il mette à jour une application déceptive.

Dans le cas présent, la réalité augmentée n’a de réelle valeur ajoutée qu’en situation de séjour. Quelle utilité de proposer le service, de contraindre l’application à l’utilisateur non géolocalisé en lui proposant l’accès à une fonctionnalité inopérante ? Quelle alternative est proposée ? Bien souvent aucune.

La réalité augmentée comme architecte du passé

Bien entendu, il y a des exceptions à la règle, il existe quelques applications culturelles, ergonomiques et fonctionnelles comme en témoigne Jumièges en 3D pour la découverte d’un bijou du patrimoine de Seine-Maritime. Dans la même lignée sur le seul principe de superposer le passé au présent, on peut citer la suite des applications MaVilleAvant ou bien encore la prometteuse application Arat qui concilie art et réalité augmentée sous un angle ludo-culturel.
Pour en revenir à Jumièges, au delà de la qualité de l’application et même si “L’art n’a pas de prix”, le budget des développements seuls s’élève tout de même à 150 000 HT €, sans compter les centaines d’heures de travail des historiens et archéologues, la promotion, l’achat de tablettes pour la location. Simple calcul mathématique : environ 37 000 € HT par supports et plateformes puisque le produit est disponible sur smartphones et tablettes, Androïd comme Apple, soit 4 développements ad hoc pour peu qu’il soient natifs.

La réalité augmentée vaut-elle le prix de l’innovation ?

Si l’on s’en tient aux deux cas précédents, dans le premier cas sur des fonctionnalités basiques de superpositions de POI sans réelle utilité, difficile de justifier un vrai retour sur investissement quand on sait que le développement de la réalité augmentée coûtera presque aussi cher, voir plus, que l’application elle-même. Dans un contexte de diète budgétaire pour de nombreux acteurs touristiques, est ce que l’innovation seule peut justifier un investissement conséquent ? Ne doit-on pas plutôt réfléchir à la mise en place de services vraiment utiles avant de sombrer trop rapidement dans la poudre et la paillette qui feront certainement la fierté des élus mais pas la satisfaction des utilisateurs ?

Dans le cas où la réalité augmentée revêt un intérêt, comme pour Jumièges, la problématique est différente. L’investissement est important à la hauteur de l’innovation et des développements. Un pari sur l’avenir qui ne peut qu’être tenu qu’à la condition d’être déjà présent sur l’exhaustivité des plateformes et supports mobiles pour fournir un minimum d’informations aux mobinautes comme l’existence de l’abbaye et sa localisation, assurer un service continu sur mobile : visibilité, référencement, séduction, accès, visite virtuelle, fidélisation, etc. A l’image de la construction d’une maison, il faut avant tout investir dans les fondations avant de soigner les extérieurs. Est ce que l’abbaye est accessible et visible sur d’autres supports mobiles ? Le seul fait de proposer une visite virtuelle quelque soit sa qualité n’est pas un argument suffisant pour y venir.

Parallèlement, ce type d’investissement implique une réflexion sur la mutualisation des partenaires, des territoires, voir des clients sur un partage des coûts de développement et un modèle économique cohérent. A ceci près que l’utilisateur est près peu enclin à payer un service sur mobile, pour le moins habitué à du tout-gratuit sur le web, sed lex dura lex.

Réalité augmentée visuelle et sonore

Content is king ! Qui n’a jamais entendu cette fameuse sentence ? Plus que jamais, il s’agit de miser sur la qualité du contenu, bien avant de réfléchir au support de diffusion. Particulièrement pour les institutionnels du tourisme qui connaissent de plus en plus de difficultés à produire des dispositifs aussi qualitatifs que les privés, leur force ne serait-elle pas plutôt dans la mise à disposition de contenus qualitatifs, scénarisés et qualifiés.

Dès sa naissance, Internet a considérablement remis en cause le schéma saussurien de communication, enseigné placidement autour d’un émetteur, un récepteur, un canal et un feedback. A l’heure du web participatif, dit 2.0, la communication devient unidirectionnelle. Il y a simultanément plusieurs émetteurs et plusieurs récepteurs. Le canal, le média n’est plus unique, il est multiple : le multi-média. Les utilisateurs ne sont plus seulement spectateurs et lecteurs, ils sont actifs et producteurs de contenus. On parle ainsi de crowdsoucing, d’User-generated content (UGC), dit plus simplement des contenus produits par les utilisateurs et qui font aujourd’hui la principale richesse des réseaux sociaux comme Facebook ou des sites d’avis comme Tripadvisor sans lesquels ils ne seraient que des carcasses vides.

Pour Fabrice Benoît de Clameurs, le “réseau Internet structure la société” nous vivons un changement majeur, “de l’information unidirectionnelle à la convergence des médias et du collaboratif grâce à la réalité augmentée et au crowdsourcing”.

Le leitmotiv de son équipe est de prendre un vrai contre-pied à la réalité augmentée en promouvant la réalité augmentée sonore. Plusieurs raisons expliquent ce choix :

  • le son est moins encombrant et intrusif que l’image ;
  • les terminaux actuels ne sont pas adaptés et pratiques : difficile de tendre une tablette à bout de bras dans la rue sans se faire remarquer, ni se faire une tendinite ;
  • le son n’est pas un sens immatériel, l’utilisateur peut se détacher de l’outil et réellement regarder ce qui l’entoure et profite d’une meilleure immersion dans l’espace environnent.

L’avenir de la réalité augmentée est au bout de la lorgnette !

Selon une étude réalisée par le cabinet Marsouin, le grand public ne comprend pas l’utilité de la réalité augmentée et des intérêts que cette technologie peut leur apporter au quotidien. Ainsi tant que la réalité augmentée ne sera pas perçu comme une technologie grand public, elle aura du mal à décoller.

Une des grandes innovations est attendue du côté de Moutain View avec les Google Glasses déjà prometteuses comme outil de communication, de guidage et bien plus encore.
Terminator en a rêvé, Google l’a fait !

Quand la science-fiction rejoint la réalité, il y a fort à parier qu’une partie de l’avenir de la réalité augmentée se joue aussi dans l’appropriation du grand public et ce sera à n’en pas douter au travers de ce type de support beaucoup plus discret et moins encombrant que les supports actuels de diffusion, tels que smartphones (trop petit ?) et tablettes (trop grand ?).

La réalité augmentée c’est maintenant et surtout demain !

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L’avenir de la réalité augmentée se joue principalement sur un triptyque que l’on pourrait appliquer à n’importe quel autre dispositif numérique et qui repose sur des usages pertinents, des contenus qualitatifs et un support de diffusion adapté.

 

 

Quant aux septiques, il convient de les rassurer en faisant le parallèle avec l’arrivée du smartphone, qui aurait pu prédire à part quelques prospectivistes de talent, que le cadran téléphonique (désormais d’un autre siècle et oui…) allait muter vers une autonomie filaire, diffuser du contenu multimédia et révolutionner le monde de la communication tel que nous le connaissons aujourd’hui et difficilement reconnaissable demain, avec l’émergence de la réalité augmentée entres autres.

Quant à l’adaptation de cette technologie aussi séduisante par ses promesses qu’inquiétante sur la relation avec le monde extérieur ainsi prédit, favorisant le lien avec les objets environnants (tout comme le NFC) au détriment du lien humain, il ne s’agit ni plus ni moins qu’une question d’habitude comme ce fût le cas pour l’adoption des smartphones et des réseaux sociaux aujourd’hui complètement intégrés dans nos moeurs. Ceci est un autre débat…

Optimiste ou septique sur la réalité augmentée ? Des cas d’usages intéressants à partager ?

Source photo d’illustration