Ce lundi 19 octobre 2020, quelques jours après les ET16 de Pau masquées et à l’entrée des vacances de la Toussaint, période de nocturne indien assigné à résidence pour 20 millions de Français à date, je ne suis pas en veine pour produire une pensée nouvelle affirmée et démontrée ou pour signaler une innovation touristique. Aussi, je vous livre la genèse ET la totalité de la Pension des fuites que j’ai publiée ce printemps en plein confinement. Mais si vous allez tout au bout, vous aurez quand même mon point de vue sur ce qui pourrait nous attendre collectivement.

Bouclés, cloîtrés, enfermés, cantonnés nous fûmes et depuis, le tourisme domestique a repris cet été, la pandémie aussi. Le carnaval masqué se poursuit et les interrogations sur l’avenir des entreprises et de l’ensemble des activités touristiques et culturelles sont plus fortes que jamais. Que dire de neuf désormais ? Quelle crédibilité accorder à nos propos alors que nous n’avons pas de prise sur demain, ni sur les comportements collectifs et individuels.

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Bref, beaucoup de témoignages passionnants ont été livrés aux Rencontres de Pau. Y revenir n’apporterait pas de valeur ajoutée. Du coup, vous bénéficiez ici de mon propos relatif à l’inspiration et de la totalité du feuilleton de La pension des fuites, en 10 épisodes. Et j’essaie de donner une piste d’évolution à Monsieur Sauternes, acteur touristique à temps partiel, se demandant bien comment il va croûter désormais, comme de nombreux petits artisans du tourisme.

L’intention de départ

C’est à l’occasion du confinement que j’ai écrit ce feuilleton dans le blog etourisme.info. Il s’agissait d’occuper son temps. De s’amuser aussi, d’où l’esprit potache de la série. Franchir la barrière de la sortie journalière et du kilomètre unique, participait aussi de ma motivation. Ayant consacré ma vie à l’étude et au conseil en tourisme, voyageant beaucoup pour cela, au point de me considérer fautif d’avoir autant souillé l’atmosphère lors de mes déplacements multiples, j’ai vécu ce confinement comme une punition.

Je rêvais de mes chers bois atlantiques et de mes courses forestières. Mes expériences passées de tenancier, comme on dit en Belgique, d’un petit hébergement touristique revenaient à la surface. Comment aurais-je géré un hébergement en cette période incertaine ? Tout cela m’occupait l’esprit et discutant en visio-conférence avec des clients et amis gestionnaires de campings au cours de cette obscure période au ciel pourtant si lumineux en ce printemps 2020, je m’interrogeais sur la gestion à venir des activités touristiques.

Majord’home au fond des bois

Aimant de surcroît la vigne et le vin, j’en venais à poser le portrait de Monsieur Sauternes, éternel fugueur depuis sa libération de l’armée où il exerça de longues années, vivant d’activités diverses et devant, tel un rancher américain perché dans son abri pendant six mois au fond d’un parc national (pensées pour Pete Fromm) pour organiser une maison locative dont il avait la charge. Propriétés d’un couple de propriétaires âgés et fortunés, expatriés dans une île paradisiaque lointaine, cette résidence et son jardin, cernés de hautes clôtures en bois brut, se louaient habituellement très bien et fort cher.

Monsieur Sauternes, ancien militaire dévoué et engagé dans ses missions s’en occupait depuis quelques saisons. Il vivait là 6 mois par an et assurait un service de majord’home pour les touristes. La suite s’est déroulée pendant 10 épisodes constituant à ce stade la série 1 de La Pension des Fuites, dont l’affiche a été créée par mon ami Pierre Eloy. Commencée le 28 mars et terminée le 30 mai 2020, cette série a été publiée les samedis matins, jours habituellement creux dans le blog etourisme.info.

Mais que diable fera-t-il de sa vie ?

Avant de retrouver ce feuilleton dans sa totalité ici, je cherche une voie possible pour le futur professionnel de Monsieur Sauternes. Reprendra-t-il la gestion de cette maison en 2021 ? Dans quelles conditions ? Et d’abord ses vieux propriétaires Tannat survivront-ils ou n’auront-ils pas vendu cette belle adresse ? Il y aura-t-il encore des touristes ? La presse lui dit que des dizaines de milliards ont été économisés : sortiront-ils pour de l’achat de moments de bonheur au fond des bois ?

Monsieur Sauternes peut-il avoir confiance dans l’évolution de la pandémie et des décisions politiques ? Ancien militaire, il a tendance à suivre à la lettre les consignes qui viennent d’en haut. Il est un homme de confiance. Mais en ce moment, il n’entrevoit pas beaucoup d’éclaircies dans le paysage touristique à venir : partiront-ils de nouveau, dépenseront-ils comme avant ?

L’été 2020 s’était finalement déroulé, difficilement certes avec trois mois de perdu, mais il avait pu toucher un peu de flouze au cours de l’été. Maintenant que faire jusqu’en mars 2021 ? Partir retrouver sa Rachida Chasselas au Pérou ? Rentrer à Boulogne-sur-Mer faire du char à voile masqué ? Prendre un nouveau job que personne ne lui propose ? L’ex militaire, pourtant rompu à faire la taupe, terré derrière les lignes ennemies en attente d’un ordre pour agir, avait pour avantage de disposer de la patience et de l’endurance. Mais sa pension était insuffisante pour vivre, il lui fallait gagner plus d’argent.

Loin des sachants, près des marchés

En fait, personne n’avait de réponse et la clique dirigeante tout en haut, archi-bordée en diplômes de grandes écoles, n’en savait pas plus que lui. Considérant que le tourisme reprendrait et de manière spectaculaire, car il faudrait vite tourner la page et oublier cette vilaine période, Sauternes optant pour l’optimisme. Bourrindays serait son repli hivernal. Il reprendrait en lousdé l’exploitation du Lapin de Barrade, le pauvre Monsieur Merlot n’ayant pas résisté à la maladie.

Sauternes passa les mois d’octobre et novembre à restaurer une vieille rôtissoire qu’il tractait sur les marchés de plus en plus visités par des nouveaux bobo-littoro qui avaient fui les grandes villes et résidaient désormais dans le voisinage. Ses Lapins Rôtis, arrosés aux herbacées antiseptiques récoltées dans la forêt et complétées par des herbes chamaniques que lui adressait son amoureuse péruvienne par bête paquet postal seraient son tremplin.

Les Lapins Rôtis de Monsieur Sauternes avaient un goût authentique et ils faisaient planer, ce qui dans l’époque actuelle, leur conférait un certain capital de sympathie. Au bout de quelques semaines, on venait de fort loin acheter les Lapins Rôtis aux herbes sympathiques de Monsieur Sauternes. L’hiver s’annonçait finalement bien favorable dans les villages et bois côtiers nourris aux lapins rigolards alors que la chape du couvre-feu conduisait vers une implosion certaine dans les métropoles. Monsieur Sauternes trouvait que l’époque lui convenait bien somme toute. L’incertitude en programme augurait de belles surprises. La débrouille et l’inventivité avaient toujours gagné, ce n’est pas cette fois qu’un idiot virus aurait la peau de l’imagination.

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