Certes, comme partout en France, la tourisme en région Occitanie en a pris un coup derrière l’occiput, mais pas question de se laisser occire par un vilain virus durant ce clair-obscur estival… oui, on termine sur un oxymore !

Comme de nombreuses autres collectivités, il a fallu réfléchir dans l’urgence à un dispositif permettant de favoriser à la fois les départ en vacances, mais aussi la consommation des prestations touristiques du territoires.

De ce point de vue, les Charentes ont été les premières à dégainer, et c’est dès fin mai que Stéphane Villain, Président de l’ADT des deux départements annonçait l’opération des bons Infiniment Charentes, 10 000 bons de 100€ pour les personnes pour les vacanciers, sans condition de ressources ou de provenance, ayant au minimum séjourné 2 nuits, mangé dans un restaurant traditionnel et découvert une activité de loisirs ou un site de visites pendant la période de l’opération (entre le 1er juillet et le 1er novembre 2020).

Premier effet positif, quasi immédiat : une couverture presse TV, radio et presse exceptionnelle qui en contrevaleur doit dépasser de nombreux budgets engloutis par d’autres destinations dans les métros parisiens et autres espaces médias.

Mais l’objectif premier était bien évident d’inciter la clientèle à choisir l’une des 16 destinations des Charente/Charente Maritime, d’y dépenser un ticket minimum de 200€ (largement dépassé pour un grand nombre de vacanciers) pour pouvoir prétendre à un remboursement de 100€.

Reste maintenant à analyser l’effet levier qu’aura pu avoir ce Plan Marshall local pour l’économie touristique.

Au niveau des Régions, on a souvent fait le choix simple et rapide du partenaire naturel que sont déjà pour certains les Chèques Vacances.

La Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur a été la première à se lancer, début juin. Deux objectifs affichés pour cette opération : relancer la consommation notamment pour les travailleurs disposant de peu de moyens (quotient d’allocations familiales inférieur à 1000€), et faire en sorte que les 500€ alloués soient dépensés chez des prestataires régionaux.

Grâce au système de chèques vacances Connect en ligne, la limite territoriale de l’utilisation a pu être vérifiée, tout en permettant à des prestataires non agréés ANCV de s’insérer dans le dispositif par une simple inscription en ligne, et une commission de 1% pour tous au bénéfice de l’ANCV (ce qui n’est pas négligeable sur un plan de plusieurs millions d’euros !).

Le Grand Est, Les Hauts de France, mais aussi la Nouvelle Aquitaine ont également élaboré des partenariats avec l’ANCV, parfois sous conditions de revenus, parfois pour ceux ayant été en première et seconde ligne pendant le confinement, devant souvent faire face à un afflux important de demandes, les contraignant de revoir à la hausse le budget consacré à ces opérations.

La Région Occitanie a choisi quant à elle un dispositif plus contraignant, plus local, plus long à mûrir également mais destiné à soutenir plus durablement la consommation.

Tout d’abord, c’est avec deux partenaires techniques régionaux qu’elle a mis en place sa Carte Occ’Ygène, déployée au tout début de la saison estivale : N’Py, place de marché qui opère traditionnellement sur les 8 stations des Pyrénées et la Rhune, ainsi que la société Adelya qui déploie des CityPass, et notamment le Pass-Tourisme. Sans avoir connaissance des coûts de développement/déploiement occasionné, il est clair que ce budget a été directement injecté chez des acteurs régionaux. La carte se matérialise par un simple QR Code, lu chez chacun des prestataires partenaires de l’opération.

En ce qui concerne les bénéficiaires, on a là aussi une réflexion à plusieurs étages, dont l’un des objectifs principaux consistait à permettre à des foyers ne pouvant se permettre de partir en vacances, habituellement ou en raison de la crise actuelle, d’accéder malgré tout à des offres des loisirs, des activités et même des hébergement.

La carte est ainsi gratuite pour les familles (un adulte et un enfant), sous conditions de revenus (plafond allocations familiales là aussi) et dotée de 300€ maximum (70€ par personne du foyer).

Elle est également gratuite pour les jeunes de 18 à 25 ans, une autre cible donc privilégiée par la Région.

Enfin, elle ne coûte que 20€ pour les famille ne répondant pas aux conditions de ressources, et s’amortit donc rapidement au vu des réductions proposées par les prestataires participant à l’opération.

300 prestataires ont été sélectionnés, parmi tous les secteurs d’activités du tourisme et les 12 départements de l’Occitanie : sites, activités, agritourisme, campings et village vacances ont ainsi été privilégiés.

Les dépenses ainsi réalisées par les détenteurs de la carte le sont donc assurément chez des prestataires régionaux, au contraire des chèques vacances papier remis par certaines Régions. Bien qu’encouragés à les dépenser dans leur région d’origine, les bénéficiaires ont bien entendu pu les utiliser chez l’ensemble des prestataires agréés par l’ANCV sur tout le territoire national, dont certains, de plus, ne ressortent guère de la sphère touristique.

La mise en place et la communication de l’ensemble du dispositif a nécessité un travail commun et une coordination entre les différents échelons de collectivités ; si l’initiative est portée par le CRT, elle s’est déployée avec le concours des ADT et des Offices de Tourisme comme en témoigne la reprise de la communication de la carte sur la plupart de leurs sites internet.

Enfin, dernière spécificité, le dispositif mis en place ne s’interrompt pas avec la rentrée des classes, puisque la “cagnotte” versée sur les cartes des familles les plus modestes reste valable jusqu’au 15 novembre, et les réductions consenties par les 300 prestataires jusqu’au 30 juin 2021 ! Preuve en est qu’il ne s’agit pas seulement de sauver la saison estivale 2020, mais d’engager une politique de soutien au moins à moyen terme du secteur, et une ambition politique consistant à permettre aux plus défavorisés de profiter d’une offre de loisirs et de vacances plus accessibles.

À ce jour, plus de 30 000 foyers et jeunes ont commandé la carte, et on attend avec impatience l’analyse chiffrée qui pourra être faite à l’issue de la saison. Jean Pinard, Directeur Général du CRT Occitanie fera d’ailleurs partie des intervenants aux 16èmes Rencontres Nationales du etourisme qui se dérouleront à Pau du 13 au 15 octobre prochain, avec assurément des données qui auront été collectées et agrégées.

D’ores et déjà, satisfactions et insatisfactions s’affichent sur les réseaux sociaux de l’Occitanie, mais là aussi, on en saura sûrement davantage en octobre !

Avez-vous connaissance d’autres types de dispositifs qui ont été déployés dans vos destinations, vos départements, vos régions, pour soutenir la consommation touristique ?

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Ludovic a démarré sa carrière en Auvergne, à l’Agence Régionale de Développement, puis dans un cabinet conseil sur les stratégies TIC des collectivités locales. Il a rejoint en 2002 l’Ardesi Midi-Pyrénées (Agence du Numérique) et a plus particulièrement en charge le tourisme et la culture. C'est dans ce cadre qu'il lance les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel dont il organisera les six premières éditions à Toulouse. À son compte depuis mai 2011, il est Consultant etourisme, intervient sur de nombreux séminaires, manifestations et congrès, accompagne des structures sur leur stratégie, en AMO, ou en formation. Il organise les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel pour le compte d'UNITEC et la Région Nouvelle Aquitaine à Pau, après les avoir initiées à Toulouse. En 2013, il co-fonde avec ses associés et blogueurs Pierre Eloy et François Perroy la société Agitateurs de Destinations Numériques, initiatrice des concepts d'Internet de Séjour, de Secrets Locaux et de Conciergerie de Destination. C’est à partir de ce travail quotidien qu’il se propose d’alimenter ce blog, en livrant ses impressions et commentaires quant au développement des nouvelles technologies au sein des structures publiques de tourisme.