Je vous en parlais déjà il y a deux ans : la clientèle indienne représente un marché intéressant pour notre économie touristique.
La tendance se confirme. Je suis tombée récemment sur un rapport très intéressant de CAPA India sur le tourisme des indiens à l’export. Je vous livre les points clés de cette étude réalisée fin 2017 et publiée en 2018.


Un marché touristique à fort potentiel

Une évolution prometteuse

En 2016, l’Inde était le pays enregistrant la croissance économique la plus rapide au monde. D’après le FMI, elle restera l’un des pays à la croissance la plus rapide pour les 5 prochaines années au moins.

La population avec un revenu élevé ou supérieur à la moyenne a augmenté de 15% entre 2010 et 2015, pour atteindre près de 70 millions de personnes. On serait aujourd’hui à environ 100 millions.

L’étude prévoit qu’en 2025, ce seront 13,9 millions d’indiens qui voyageront à l’international, générant ainsi 19,4 millions de visites (considérant le fait que chaque touriste visitera plusieurs destinations), ce qui correspond à une hausse de 12,4% par an.

A ce jour, la part de voyageurs loisir reste relativement faible par rapport à celle des autres pays, ce qui laisse une marge de progression importante pour les années à venir. La part de voyages loisir devrait ainsi passer de 30% en 2016 à 40% en 2025.

La France au top 5 des pays les plus attractifs aux yeux des indiens

D’après l’enquête de CAPA, la France est la 3e destination de loisir pour les voyageurs indiens internationaux. La France, Dubai, Singapour, la Thaïlande et la Malaisie comptent à elles seules 50% des voyageurs indiens internationaux.

La France fait aussi partie des pays les plus attractifs aux yeux des indiens : elle se trouve en 4e place des destinations qui inspirent pour l’ensemble des voyageurs et à la 3e place pour les voyageurs qui font leur premier voyage, derrière l’Angleterre et les Etats-Unis.

En 2025, la France devrait être le 3e pays d’accueil des voyageurs loisir indiens, avec plus d’un million de touristes.

Un potentiel de dépenses touristiques intéressant

La France attire davantage de voyageurs loisir, et ce sont justement eux qui dépensent le plus, notamment dans l’hébergement, la nourriture et les boissons et dans les activités. Les dépenses d’hébergement peuvent atteindre la moitié du budget total du voyage.

Si l’Inde se plaçait au 20e rang des dépenses touristiques à l’international en 2016 avec 16,4 millions de dollars, ce chiffre devrait doubler d’ici 2027.

Une saisonnalité des voyages avantageuse

La saisonnalité du tourisme indien est particulièrement intéressante pour nous car en-dehors de notre haute-saison : ils voyagent de mi-avril à fin juin principalement (période des vacances d’été en Inde) et d’octobre à janvier (période de fêtes).

Dans l’étude de CAPA, 45% des répondants ont déclaré être ouverts à prendre des vacances à n’importe quel moment de l’année.
En ce qui concerne les délais de réservation, le temps moyen pour les destinations long-courrier est de 8 à 9 semaines avant le départ.

Une clientèle moins sensible aux risques du terrorisme

Le premier facteur de dissuasion au voyage pour les touristes indiens est le coût trop élevé de la destination. Le risque terroriste arrive seulement en deuxième position.

Les caractéristiques du marché indien

Un marché très segmenté

Il est difficile de considérer les touristes indiens comme un groupe homogène. On peut en effet noter d’importantes disparité selon :

  • L’origine géographique (Etat, métropoles/petites villes,…).
  • L’âge
  • Le revenu
  • Le niveau d’expérience de voyage

Il est important de prendre en considération le phénomène d’émancipation des femmes, jeunes et urbaines, qui deviennent socialement et financièrement indépendantes, et qui constituent de potentielles voyageuses. Il y a effectivement une nette tendance au voyage des femmes en solo ou en groupes.

La croissance économique de l’Inde permet à une nouvelle partie de la population d’accéder au voyage et diversifie ainsi le profil des voyageurs.

Comment réservent-ils leurs voyages ?

Les plus de 45 ans ainsi que ceux qui voyagent pour la première fois préfèrent passer par des agences de voyage traditionnelles. Ces agences restent globalement l’intermédiaire le plus utilisé, bien que les OTA prennent une place de plus en plus importante.

Les voyageurs plus jeunes sont ouverts à l’utilisation de plusieurs canaux pour réserver leur voyage : OTA majoritairement, sites web d’hôtels et de compagnies aériennes en second lieu.

Les principales motivations des touristes indiens à la réservation d’un séjour en ligne sont les tarifs avantageux et la possibilité de comparer les prix.

Une rupture générationnelle qui a un fort impact sur les pratiques touristiques

Avec un âge moyen de 27 ans, l’Inde compte l’une des populations les plus jeunes du monde. La jeunesse indienne est plus sûre d’elle, a le goût de l’aventure, elle est plus riche, elle est extrêmement connectée et a davantage envie de dépenser que les générations précédentes.

Les voyages internationaux sont donc dominés par cette catégorie de touristes plus jeunes, connectés, qui cherchent à découvrir de nouvelles destinations, à la recherche d’expériences et d’indépendance.

Traditionnellement, les voyageurs indiens voyageaient plutôt en groupe ou en famille et préfèrent un séjour aux destinations multiples (5 à 8 destinations pour un voyage en Europe). Mais les millenials, qui seront largement majoritaires parmi les touristes indiens dans les années à venir, voyagent plutôt seuls ou avec des amis, et préfèrent se restreindre à une seule destination (à 57%). Ils préfèrent en effet découvrir plus en profondeur la destination qu’ils visitent.

Les millenials se sont également affranchis de quelques inquiétudes de leurs aînés comme trouver de la nourriture indienne ou végétarienne, ou aller dans une destination qui parle anglais. Ces deux points ne sont pas des préoccupations importantes pour les plus jeunes.

Activités pratiquées

En 2009, le shopping était la première activité des indiens qui voyagent à l’étranger. Mais avec l’arrivée des centres commerciaux et des marques internationales en Inde, le shopping est retombé à la 4ème position des activités en 2017. La première activité est maintenant la détente, qui reflète aussi un profond changement dans la société, avec une profonde urbanisation, et dans le mode de vie avec un rythme accéléré. En effet, 75,6% des voyageurs internationaux vivent dans les métropoles indiennes.

D’autres activités émergent comme : gastronomie (restaurants, cours de cuisine), plongée, activités à sensation, golf, vie nocturne et divertissement.

Les événements sont aussi des motifs de voyage, à l’instar de la fête de la bière de Munich ou des Grand Prix de Formule 1.

Le phénomène des “destinations wedding”, qui consiste à organiser son mariage dans un pays étranger, émerge ces dernières années. Le budget moyen d’un mariage exporté est de 100 à 200 000 dollars.

Comment adapter sa stratégie marketing sur le marché indien ?

Internet et les réseaux sociaux

Le nombre d’internautes en Inde n’a cessé d’augmenter ces dernières années, atteignant environ 465 millions en 2017. Cette croissance rapide est largement dûe à l’arrivée des smartphones à un prix accessible. 77% de l’accès à Internet se fait sur mobile dans les villes indiennes et 92% dans les milieux ruraux.

De fait, les OTA sont devenus des acteurs incontournables de la distribution du voyage en Inde. Elles représentes 14% des réservations de vols à l’international.

En Inde, les réseaux sociaux jouent un rôle extrêmement important, notamment sur le désir de voyage et le choix de la destination. En 2017, l’Inde a surpassé les Etats-Unis quant au nombre d’utilisateurs de Facebook.

Les nouvelles technologies ont permis de faciliter l’accès au voyage.

L’impact du cinéma

Les films et séries télévisées sont des centres d’intérêt majeurs et des vecteurs d’envie clés. La Suisse apparaît en tête de liste des lieux les plus attractifs parmi ceux qui n’ont jamais voyagé, car c’est le pays d’accueil de nombreux tournages de films indiens.

Le tournage de films populaires peut être un puissant vecteur d’attractivité pour une destination, notamment dans des villes secondaires.

Le film “Zindagi na Milegi Dobara,” en est l’exemple : il a permis de doubler le nombre de touristes indiens en Espagne après sa sortie en 2011.

S’adapter à la segmentation du marché

L’Inde doit être envisagée comme de multiples marchés, requérant chacun leur propre stratégie. Il est donc primordial de prendre en compte les spécificités de la segmentation du marché indien et d’accorder à chaque marché une approche sur-mesure.

Il est également important de mesurer la vitesse avec laquelle le marché évolue. Les goûts, les comportements des indiens changent rapidement, due à la rapide croissance économie et à l’évolution induite de la société.

Quels leviers de développement pour le marché indien en France ?

L’importance de l’aérien

Le modèle low-cost contribue significativement à l’augmentation du nombre de voyageurs internationaux, notamment dans les pays de l’ASEAN. Transcrire ce modèle à destination de l’Europe pourrait donc avoir un impact important sur la croissance du nombre de touristes indiens. En effet, l’étude de CAPA a montré que les indiens seraient beaucoup plus enclins à voyager à l’international s’ils pouvaient diminuer la proportion de dépense liée à l’achat du billet au profit des autres dépenses sur la destination.

Les lignes directes sont aussi un levier important de croissance de touristes indiens. Aujourd’hui, 80% des passagers indiens qui voyagent vers des destinations long-courrier ont au moins un changement à effectuer.

Enfin, les accords bilatéraux en faveur de l’augmentation des droits de trafic entre l’Inde et les destinations seraient un facteur influent également en permettant l’amélioration de la desserte aérienne.

Simplifier la procédure de visas

Les voyageurs indiens sont attirés par les destinations qui proposent des visas à l’arrivée.

Ne pas négliger les potentiels VFR et business

Si la France attire une grande partie des voyageurs indiens loisir, cette catégorie de voyageur ne représente qu’un tiers du total des voyageurs.

Il reste donc une marge de développement grâce aux clientèles affaire et VFR (Visit Friends and Relatives).

L’étude CAPA a montré qu’environ 100 à 150,000 épouses ont rejoint leurs maris lors de voyages d’affaires en 2017.

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Diplômée de l’ESTHUA de l'Université d'Angers en conduite de projets touristiques, Amélie Perrin a d'abord été chargée de promotion pour l'Agence Touristique de la Touraine Côté Sud à Loches. Elle est ensuite partie en Inde s'occuper d'une association humanitaire, et a vécu deux ans en Chine où elle était lectrice de français à la Faculté de Tourisme de l'Université de Ningbo. Après une expérience de directrice d'office de tourisme dans le Tarn-et-Garonne, elle travaille maintenant pour l'Aéroport Toulouse-Blagnac comme chargée de développement de la clientèle loisir.