Dans un incubateur près de chez-vous! Réflexions sur l’innovation et le numérique en tourisme

La semaine dernière avait lieu la présélection de 15 startups au sein du tout nouvel incubateur d’innovation en tourisme, culture et divertissement du Québec, le MT Lab. Cet événement est révélateur de l’époque où nous vivons, tant par la nature des projets d’entreprises à être incubées que par l’apparition même d’un tel incubateur. D’une part, nous voyons poindre de nombreuses initiatives de création de lieu d’incubation et d’accélération à l’échelle mondiale, et d’autre part apparaît une volonté – particulièrement en France – de créer un réseau de ces mêmes incubateurs touristiques. Cela témoigne de la prise de conscience récente du caractère stratégique et structurant de l’innovation, et que le métier d’innover repose sur des prémisses différentes de celles de gérer, qui par définition est d’assurer la pérennité d’une organisation.

Une nouvelle ère

Nous somme je crois à l’aube de l’ère 3.0 du tourisme numérique. La version 1.0 s’est cristallisée dans la venue d’internet et des sites web, la version 2.0 reposait largement sur la mobilité et les applications. La version 3.0 sera je crois celle des nouveaux processus et de l’intégration de ceux-ci au sein d’un nouvel écosystème touristique, lui-même interconnecté aux écosystèmes financiers, technologiques, académiques et publics. Le numérique et l’innovation seront peut-être ce liant qui faisait cruellement défaut – et que nous cherchions désespérément – à notre gouvernance touristique. Autour de l’innovation apparaît de nouvelles convergences insoupçonnées entre destinations, organisations touristiques et élus.

J’ai vu durant cette journée de présélection les représentants des sept grands groupes partenaires du MT Lab – Aéroports de Montréal, Air Canada, l’Alliance de l’industrie touristique du Québec, l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, Loto-Québec, Tourisme Montréal, la Société des établissements de plein-air du Québec – travailler ensemble dans un souci d’amélioration de la compétitivité du tourisme québécois. Cette attitude témoigne d’une nouvelle conception des rapports entre les entreprises elles-mêmes (non plus fondés sur la compétition), mais également entre les collaborateurs de ces mêmes entreprises. Ce n’est rien de moins que de nouvelles hiérarchies, internes et externes. Ce qui semble désormais valorisé par les grands groupes n’est plus le statut hiérarchique ou la fonction des individus au sein de leur organisation, mais plutôt leur capacité à être un vecteur ou un acteur actif de l’innovation.

On doit se réjouir de voir le tourisme, à titre de secteur d’activité économique, devenir un terrain légitime est foisonnant d’expérimentations et d’innovations dans une logique verticale. Et, surtout, de constater une compréhension nouvelle de la part des pouvoirs publics que la nouvelle économie numérique qui est en train de poindre offre de nouvelles opportunités concrètes de développement.

Une nouvelle mentalité

Ce qui me frappe le plus dans ma découverte du monde de l’innovation est cette maturité et cette générosité qui le caractérisent. Ce milieu semble avoir intégré que la pertinence d’une innovation – et de l’entreprise qui la porte –  réside dans sa capacité à répondre à un besoin réel, à vouloir combler un vide dans des processus ou encore à outiller les utilisateurs. Le milieu de l’innovation semble peu propice à la jalousie ou aux chasses-gardées, on y retrouve davantage un esprit global de collaboration. La complémentarité des acteurs est valorisée, et reconnue à sa juste valeur. Nous sommes ainsi bien loin de la mentalité d’assiégés qui caractérise encore trop souvent notre industrie touristique.

Les entreprises innovantes du tourisme gagnent très rapidement en maturité. Alors que voilà à peine cinq ans les projets innovants orbitaient de manière disproportionnées autour de l’économie collaborative – le nombre de sites d’échange de toutes sortes de choses ayant explosé –, nous voyons maintenant beaucoup plus d’innovations de processus, et l’arrivée de projets qui répondent à des besoins réels, réfléchis et mesurés. Pour résumer cette vision : nous sommes désormais en présence de problèmes à la recherche de solutions, et non plus de solutions à la recherche de problèmes (souvent inexistants!).

De nouvelles compétences

Quelle agréable surprise, en analysant les dossiers de candidature, de constater que les équipes qui composent la direction de ces entreprises innovantes sont bien loin de l’archétype du geek asocial ayant déserté depuis longtemps les bancs d’école. Au contraire, on retrouve des équipes polycompétentes, complémentaires, jeunes et dont les collaborateurs sont souvent bardés de diplômes.

Ce constat pose des enjeux réels – et immédiats – aux universités et aux grandes écoles qui forment les gestionnaires touristiques  de demain. Comment intégrer l’innovation et l’enseigner? Est-ce que le modèle passif d’enseignement présentiel en classe, où on exige de l’étudiant qu’il puisse restituer des contenus ou les mettre en application dans le cadre d’essais, de travaux ou d’examen, pourra permettre le développement de capacités innovantes chez les gestionnaires de demain?

En résumé, ce mouvement autour de l’innovation, qui s’accélère, m’apparaît le début d’une nouvelle conception du développement touristique, et me semble porteur d’un sens nouveau. Le etourisme deviendra le tourisme maintream, et l’innovation remplacera – lentement mais sûrement – la technologie dans son aspect froid et limitatif. L’innovation sera le fil rouge qui donnera un sens – verticalement et horizontalement – à une nouvelle gouvernance touristique reposant sur de nouvelles compétences, de nouvelles approches, de nouveaux modèles d’affaire et de nouveaux rapports non plus de force, mais de collaboration, entre les acteurs privés, publics et associatifs. Plus que de simples incubateurs, nous sommes à semer les graines d’un changement de gouvernance plus important et plus large que nous l’avions imaginé.

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Titulaire de la chaire de tourisme Transat, Paul Arseneault est également professeur au département de marketing de l’ESG UQAM ainsi que directeur du Réseau de veille en tourisme.