Et si finalement, la crise du COVID interrogeait beaucoup plus les professionnels du tourisme que les touristes eux-mêmes? Cette réflexion de Lionel Rabiet, patron de l’agence Voyages d’Exception m’a interpellé : si finalement, le “tourisme d’après” était plus une réflexion des fournisseurs et organisateurs de voyage, plus que des touristes ?

Dans cette tribune sur TourMag, intitulée “Nous devons retrouver notre raison d’être“, Lionel Rabiet souligne la multiplication des groupes Facebook s’interrogeant sur le futur du voyage : “Demain, le tourisme”, “Respire”, “Collectif de Défense des métiers du Voyage”… Chacun rassemble entre 2 000 et 3 000 membres, ce qui est colossal quand on sait que notre secteur regroupe 30 000 à 50 000 salariés selon les sources.

C’est donc évident, les professionnels que nous sommes ont besoin d’outils de réflexion, de données, d’opinions, pour imaginer leur conduite de demain : où se situer dans le tourisme d’après ? Que proposer ? Comment s’engager tout en sauvant l’économie touristique ?

La presse grand public très présente sur le sujet

Ainsi que le souligne Josette Sicsic, toujours sur TourMag, les modes de consommation vacancière risquent de s’enrichir de la réflexion sur le tourisme, omniprésente, qui s’est mise à frétiller dans les esprits.

Elle met en avant dans cet article de nombreux dossiers réalisés par la presse quotidienne nationale, telle que Le Figaro ou Le Monde Diplomatique. En parcourant ces titres “grand public”, ou bien ces numéros spéciaux, on retombe un peu toujours dans les mêmes réflexions : le monde d’après, vu des touristes, sera pour vraiment après. Pour le moment, on profite des vacances! Cette série de reportages effectuées par la Télévision Suisse Romande dans plusieurs pays d’Europe en est une illustration frappante!

Relire Jean-Didier Urbain

Comme souvent, dans un moment de doute, on refait appel aux penseurs, aux intellectuels. Ainsi l’ethnologue Jean-Didier Urbain est-il fortement sollicité, et ça vaut le coup de lire ses propos.

La Revue Espaces, dans son dernier numéro daté de juillet interroge sur le “tourisme dans le monde d’après”. Si vous n’êtes pas abonnés et s’il y a un article à acquérir en priorité (5 euros en PDF, c’est jouable :), c’est justement l’interview de jean-Didier Urbain intitulé “la crise ne va pas tuer l’imaginaire touristique!”. L’auteur de “L’idiot du voyage” renvoie les professionnels du tourisme à leurs responsabilités, les pressant de s’occuper des clients avant de leurs propres envie : ” La plupart du temps, les voyagistes ne se préoccupent pas de l’imaginaire des voyageurs : ils promeuvent leur propre imaginaire. Cette profession m’apparaît très ethnocentrique, chacun ayant sa vision du voyage. Il est urgent que les professionnels du voyage fassent preuve de décentration et qu’ils se préoccupent en priorité de l’imaginaire de leurs clients, qu’ils proposent le voyage que leurs clients souhaitent faire.

Vous retrouverez également le propos de Jean-Didier Urbain sur un grand entretien réalisé par Le Un Hebdo (1 euro en ligne) dans son édition spéciale tourisme du 8 juillet. A lire donc, “le tourisme de masse est en crise”. A la question finale “Peut-on assister à une révolution touristique ?“, le sociologue a cette belle réponse : “L’histoire du tourisme s’inscrit dans une suite de continuités qui se superposent. Je pense que les pratiques d’individualisation vont se poursuivre, que le tourisme va continuer à s’émanciper des ensembles industriels et tenir compte de la préoccupation environnementale. Je détesterais que revienne une idéologie rance et nationaliste, celle du goût du logis. Quels que soient ses torts, le tourisme constitue un élément essentiel pour l’harmonie sociale et politique du monde.

Enfin, j’ai trouvé également un entretien avec Jean-Didier Urbain dans le Devoir. Le quotidien québécois a intitulé cet échange “en route vers un tourisme plus éclairé.” Si vous n’avez pas beaucoup de temps, lisez au moins celui-ci, il résume bien la position constante de cet auteur : ce n’est pas le sujet (le touriste) qui est responsable, mais le phénomène (le tourisme)

Donc cet été, on pourrait peut-être relire l’Idiot du Voyage ? (Jean-Didier Urbain – Payot, 2002); ça semble vraiment toujours d’actualité.

Le blog etourisme.info se met en vacances durant le mois d’août. Nous vous proposerons trois fois par semaine des rediffusions d’articles de cette dernière année.

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Jean Luc Boulin est directeur de la Mission des Offices de Tourisme Nouvelle-Aquitaine (MONA). Cette structure, unique en France, regroupe les Pays Touristiques et les Offices de Tourisme de Nouvelle-Aquitaine. Elle est soutenue par le Conseil Régional. Deux missions principales lui sont confiées : la structuration touristique des territoires et la professionnalisation. Dans ce cadre là, la MONA assure une veille permanente sur le etourisme et accompagne des expériences dans son réseau. Directeur de l’office de tourisme de l’Entre-deux-Mers (Gironde) et du pays d’accueil touristique du même nom pendant plus de dix ans, Jean Luc Boulin dirige la MONA depuis sa création en 2003. Le manque de source d’information au même endroit sur le etourisme institutionnel et le besoin d‘échanger sur cette formidable mutation du métier des offices de tourisme vers l’Internet ont donné l’idée à Jean Luc Boulin de créer ce blog “etourisme.info”, qui se veut être le creuset de l’etourisme institutionnel sous toutes ses formes. Jean-Luc Boulin est également enseignant en Master Tourisme AGEST (aménagement et gestion des sites et territoires touristiques) à l'université de Bordeaux Montaigne. Le site Internet de la MONA. |Email : jlboulin at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots). |Twitter : @JeanLucBoulin