C’est la rentrée et voir les yeux pétillants de mes enfants à l’idée de découvrir leur nouvelle classe, me rend heureuse mais un peu jalouse aussi de ne plus  pouvoir vivre moi ce moment. Alors, si cette rentrée était l’occasion pour nous aussi salarié-E-(s), de repenser notre espace de travail, tout comme Stéphanie, enseignante belge, a osé passer le pas pour sa rentrée 2018.

Avant de commencer, je vous propose de laisser de côté, l’espace de quelques minutes, tous préjugés, ou scepticisme, pour profiter au mieux de cette belle initiative!

A votre avis, est-ce une salle de classe ?

C’est la question que vous pose Stéphanie qui vient d’inaugurer son nouvel espace de travail. 


Oui, c’est une classe … “une classe flexible”. Une classe, dont l’objectif  est d’offrir aux élèves la possibilité de changer de position en fonction de leurs besoins afin  qu’ils se sentent, un peu comme à la maison et qu’ils aient le goût d’apprendre.

 

Une classe flexible, c’est quoi?

C’est une classe, où l’on a repensé les modes d’assises des élèves (“flexible seating”). Enfilez vos plus beaux souliers de rentrée et partons visiter la classe de “Madame Stéphanie”!

L’idée est très simple. Elle part du besoin de l’enfant de bouger. Dans cette classe, on  lui propose différentes positions de travail, qui lui permettent de rester actif tout au long de sa journée.

Chaque élève peut donc choisir de se mettre debout, marcher, s’allonger, être en mouvement ou pas… C’est lui qui choisit en fonction de son état du moment : s’il a la bougeotte, s’il a envie d’être au calme…

Voir le post original de Stéphanie sur Facebook

Dans cette classe, tous les espaces ont donc été revus permettant ainsi de s’adapter aux différents moments d’une journée scolaire : allant du  travail collectif, au travail individuel, et permettant ainsi l’alternance entre des moments de concentration mais aussi de créativité.

Le fonctionnement et l’organisation de la classe ont été pensés avec les enfants, car ce sont eux les utilisateurs :

et pour que cela se passe au mieux, des règles ont été écrites :

et un contrat d’engagement a été signé par chaque élève :

En résumé, l’idée est très simple, il s’agit d’écouter son besoin du moment et  de :

Choisir la meilleure position pour donner le meilleur de soi-même !

Il est trop tôt pour tirer des enseignements de cette initiative mais d’autres classes ont déjà testé ces modes de réorganisation des espaces. Les bénéfices obtenus sont les suivants :

  • une amélioration de la concentration
  • l’entraide entre les enfants
  • un second souffle pour l’école
  • une remobilisation des élèves

 

Vous vous dîtes peut-être qu’il suffit de faire un tour chez Ikea, de mettre quelques couleurs et le tour est joué, rien de très innovant ! Après tout, pourquoi pas. Sauf qu’en approfondissant la réflexion, certains critères sont de vrais challenges :

  • faire face à certaines résistances du style “on a toujours fait comme ça”
  • la perception, la compréhension des collègues et de la hiérarchie
  • le regard des parents sur ces méthodes “exotiques”
  • la posture de l’enseignement totalement repensée, passant d’enseignante à accompagnatrice.

 

Il ne s’agit pas d’un changement anodin quand on sait que 65% des écoliers d’aujourd’hui exerceront des métiers qui n’ont pas encore été inventés et de la nécessité des enseignants de se remettre en cause et de savoir comment former les élèves à des métiers qui n’existent pas encore ?

 

De l’école au monde adulte, on en dit quoi ?

Vous êtes certainement en train de vous demander quel est le rapport entre le système scolaire et nos métiers du tourisme ?

Nous ressentons souvent le besoin de bouger pendant notre journée de travail. Pourtant on oublie parfois cette envie ou on la met de côté. Vous sentez-vous réellement efficace à 100% tout au long de votre journée ?

Et si on avait juste hérité de croyances  issues de longues années passées sur notre chaise en bois de la maternelle à la fac… ça fait une “paire d’heures” statiques 🙂 .

ça vous rappelle des souvenirs ? (bon, uniquement pour les plus de 35 ans!)

 

et maintenant, on fait quoi?

Ce projet de classe soulève beaucoup d’interrogations concernant nos métiers et la façon dont nous les pensons. Je n’ai pas d’idées préconçues sur les réponses à y apporter car il appartient à chacun, à l’image de ses élèves et de leur enseignante,  de trouver ce qui lui convient le mieux. Néanmoins quelques pistes peuvent guider nos réflexions :

  • Oser à certains moments troquer sa chaise de bureau pour une autre assise et favoriser ainsi  sa créativité.

  • Repenser ses espaces de travail pour s’y sentir bien et avoir l’envie d’y venir le matin

  • Oublier son bureau privatisé avec son nom dessus et tester le système d’espace partagé, où on change d’espace en fonction de ses besoins :  concentration, réunion, atelier créatif, RDV….

  • S’autoriser à prendre quelques minutes pour soi après le déjeuner pour s’allonger, se ressourcer, marcher

  • Organiser des réunions internes debout (forcément plus courtes) et favoriser ainsi la prise de décision et gagner en efficacité

  • Et pourquoi pas inviter ses partenaires à participer à des réunions actives pour leur donner envie de venir et arrêter ainsi de se dire qu’ils ne viennent jamais

 

Cette institutrice n’a pas eu besoin d’une étude de faisabilité et de 4 comités de pilotages, ni de budgets importants pour monter son projet. Elle a su faire preuve de beaucoup de pragmatisme en interrogeant les premiers concernés par le projet, les enfants.

En étant créative, en sortant des codes habituels des classes et surtout en faisant preuve d’audace et de conviction, elle a osé réaliser son projet.

Alors, à nous d’inventer les espaces dans lesquels nous nous sentons bien, au delà de nos croyances et en nous fiant à nos instincts. Le changement de mobilier n’est finalement que la partie visible de l’iceberg car derrière tout cela c’est bien un changement profond de notre organisation et de nos méthodes de travail qui est en jeu.

En attendant, souhaitons une belle année créative à cette ingénieuse institutrice et à ses élèves.

Un petit merci en passant pour Géraldine Huet, pour sa trouvaille géniale 🙂

 

 

 

en savoir plus : 

suivre l’actualité de la classe de “Madame Stephanie”

 

 

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J’utilise depuis plusieurs années les méthodes d’intelligence collective au service de différents projets (world café, démarche appréciative, forum ouvert et différentes techniques de créativité...). Je trouve qu’elles apportent une nouvelle vision de nos métiers, où l’humain est véritablement mis au cœur du projet, l’humain dans le respect de chacun.   Je partage actuellement mon temps en tant que Directrice de l’Office de Tourisme du Pays d’Ancenis -Val de Loire, où j’ai notamment en charge les missions traditionnelles concernant le management d’équipe, les stratégies concernant la communication, l'ingénierie de projet, l’animation de réseau….pour 80% de mon temps, et les 20% restant sont consacrés à mon activité de facilitatrice de projets touristiques ou comment créer les projets de demain en associant l’équipe, les socio-professionnels et les élus.