Pardonnez la référence de ce titre, mais comme le disent Perceval et Karadoc « On en a gros ».  A force de prendre systématiquement le sujet des réseaux sociaux par le prisme du chiffre, on le décrédibilise. On en oublie ce qui fait leur essence et toute leur saveur : les interactions entre les êtres humains. 

On peut, et on doit bien sûr, quantifier ces échanges mais disons-le une bonne fois pour toute : additionner ça avec des patates de nombre de fans et des carottes de reach ne donnera pas le pedigree des meilleures tomates sur les réseaux sociaux, mais un Gloubi-boulga peu digeste pour l’ingénierie touristique. 

A quel moment a-t-on déconné ?

A partir de 2007 et l’arrivée de Facebook en France, on tous sincèrement cru à l’intelligence collective, à l’horizontalité des échanges, à la transparence qu’allaient nous offrir les réseaux sociaux. Puis Narcisse a pris le dessus et les infox lui ont emboité le pas ce qui désenchanté nos premiers espoirs. Les annonceurs destinations touristiques ont voulu voir les réseaux sociaux comme une façon de faire du volume pour pas cher puis on s’est offusqués de devoir payer pour obtenir ce même volume. Il a alors fallu justifier des moyens humains autres que des stagiaires, des budgets d’achat média de plus en plus conséquents et parfois l’accompagnement d’agences. 

Ce narcissisme social media dont on aime tant se moquer, d’aucuns en ont développé une version corporatiste en comparerant coûte que coûte la plastique de leurs réseaux sociaux à celle de leurs voisins. 

Ainsi la pression du chiffre, l’envie de faire des présentations qui claquent capables de séduire facilement les élus mais aussi et surtout le besoin d’ROIser le sujet ont favorisé cette dynamique. Mais avec tout ça, on en a oublié les gens. 

Remettre le social dans le réseau 

J’ai été doublement touché par les 15 minutes chrono d’Amélie Deloffre au #ET16. Son désamour, doux euphémisme, et la dureté de ses mots sur les réseaux sociaux ne pouvaient pas me laisser insensible. 

Non Amélie, il n’est pas vrai de dire que les communautés n’existent pas sur les réseaux sociaux. Nous avons vu à quel point le travail de fond engagé par ceux qui consacrent plus de temps aux gens qu’aux chiffres s’est montré probant durant le confinement. Cette période a fait un bien fou à notre conscience professionnelle en nous prouvant une bonne fois pour toute que nous ne faisons pas des bullshit jobs. Pendant 2 mois, les community managers de destination furent en première ligne pour divertir, écouter et rassurer leurs communautés. Alors qu’eux-mêmes étaient dans l’expectative. Bien sûr, ils n’ont pas sauvé des vies. Mais leur rôle dans la résilience collective qui a émergé durant cette période est à mon sens  sous-estimé. Ils ont fait du bien aux gens, tout simplement. C’était concret et complètement indépendant des budgets publicitaires. 

Amélie, j’ai aussi bu tes paroles durant ces 15 minutes chrono car tu as posé beaucoup de bonnes questions. Pour quelle raison dépense-t-on des budgets sur les réseaux sociaux ? Est-on certains que ce qu’on fait est vraiment utile ? N’a-t-on pas galvaudé le terme d’engagement en lui imposant un taux en préfixe ? Tu as insisté sur la proximité avec tes clients, sur une volonté de toucher moins de monde mais mieux. Amen. Nous essayons aussi de porter ce discours depuis quelques temps. Être focus client, ne pas arroser en masse avec des budgets ads, ne pas recruter toujours plus followers que son voisin. Se remettre en question en permanence et toujours se demander ce qu’on apporte aux gens et l’impact que cela peut avoir sur le territoire. Etre utile tout simplement. 

Les réseaux sociaux sont une formidable caisse de résonance d’où partent les mouvements de fond de notre société. Et leur écoute permet d’identifier des signaux intéressants pour les territoires. Si vous ne l’avez pas vu, foncez regarder en replay l’intervention aux #ET16 de la talentueuse Cécile Valero qui explique comment des murmures deviennent des vacarmes sur ces réseaux. 

Alors parlons chiffres bien sûr, mais parlons-en sérieusement. Certes le sujet est complexe, mais faisons du lien avec les observatoires. Analysons les signaux envoyés par nos communautés pour agir sur le territoire. Utilisons les réseaux sociaux pour ce qu’ils ont de meilleur et qui est à la genèse de notre industrie : la rencontre entre les cultures. 

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