Il y a quatre ans, le documentaire « Demain, le film » sortait en salle. Ce film, vu par plus d’un million de personnes au cinéma en France puis sorti dans plus de 10 pays, avait donné un élan d’espoir incroyable. Il racontait ainsi une utopie écologique où Cyril Dion et Mélanie Laurent montrait que c’était possible d’y arriver, que l’on pouvait réussir à trouver un équilibre entre le développement de la civilisation humaine et la préservation du vivant. Et si nous imaginions une utopie du tourisme ? 

 

Vendredi dernier, en revenant en covoiturage de la 15ème édition des Rencontres du etourisme avec d’autres participants des Alpes, on regrettait un peu cette absence d’utopie, ce manque d’imaginaire plus précis qui nous permettrait de nous mettre, tous, en ordre de bataille. Bien sûr, je suis heureux d’entendre toujours plus de débats sur l’environnement, sur les risques de surtourisme ou encore la nécessité de plus de parité dans nos métiers. On défend des valeurs fortes. On commence à critiquer les formes de solutionnisme technologique comme ailleurs. Mais les traits du dessin qui devraient former cette utopie du tourisme futur ne sont pas encore bien précis.

 

De la nécessité d’imaginer une utopie du tourisme

Et pourtant, les Français sont massivement favorables à une utopie écologique. Au lendemain des #ET15, je tombais sur cet article d’Usbek et Rica. L’Obsoco (Observatoire société et consommation) a réalisé une étude au printemps dernier auprès de 2000 français de 18 à 70 ans sur leur rapport aux utopies en fonction de plusieurs scénarios. 3 propositions de scénario étaient proposées : l’utopie écologique, l’utopie sécuritaire et l’utopie techno-libérale. Au final, 55% des répondants votaient pour une utopie écologique (et les jeunes encore plus). Cette utopie est définie comme telle : « une organisation de l’économie et de la société tendus vers l’équilibre et la sobriété. Moins mais mieux ».

 

Moins mais mieux !

Ce mantra doit être le notre à partir de maintenant. Individuellement, collectivement, professionnellement. En étant au pied du mur, nous nous devons de faire des choix courageux. Paul Arsenault dira que c’est mon écoanxiété qui parle. Je lui rétorque que c’est ma lucidité et mon pragmatisme qui dictent mes actes personnels et professionnels. Il y a plus qu’urgence face à ce climat qui s’emballe et face à ses sociétés qui explosent de partout (en Catalogne, en Amérique du Sud, à Hong-Kong, etc.). Le tourisme, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui en grande majorité, est simplement le symbole d’un capitalisme qui nous envoie dans le mur. Nous nous devons de penser un autre chemin, celui d’un tourisme qui est en priorité un moment de rencontre, un moment qui fait grandir le voyageur et l’hôte, un moment qui permet de s’enrichir émotionnellement, un moment de découverte et de partage. Et pour cela, nous n’avons pas la nécessité de courir le monde à bord de vols low-cost en quête de like sur Instagram afin de booster notre dopamine journalière…

 

Pour un tourisme bienveillant, positif, inclusif, durable…

Appelez-le comme vous le voulez mais intégrer ces valeurs dans vos organisations et dans vos offres non pas pour attirer plus de clients mais bien pour construire cette nouvelle utopie du tourisme et surtout pour être en cohérence ! Face à l’urgence climatique et environnementale, il est essentiel de remettre au cœur de l’industrie touristique la question écologique. Ne vous cachez pas au fond de la pièce comme à la COP21 mes amis de l’aérien et des croisières, je parle aussi de vous ! Et ne me parlez pas des efforts que vous faites ou encore du fait que le développement durable est dans l’ADN de votre entreprise depuis des années. Montrez-nous juste des faits, des preuves scientifiques comme quoi vous êtes bien en phase avec les scientifiques du GIEC et l’Accord de Paris, c’est-à-dire -45% de GES d’ici à 2030, -70% d’ici à 2050. Et parlez moi surtout de réduction, pas d’absorption et autre plantation d’arbres.

 

Justice et innovation sociale

Alors oui, il y aura de la casse et des pivots pour atteindre cette utopie du tourisme. Je ne vais pas pleurer des entreprises amorales. Je pleurerais les salariés mais je saurais leur capacité à évoluer dans un monde où la justice sociale aura sa place. On trouve bien des solutions rapides pour rapatrier les 10 000 clients de Thomas Cook suite à leur faillite. Pourquoi on ne trouverait pas de solutions pour les salariés débarqués?

La justice sociale dans cette utopie, ce sera aussi la place de la femme dans cette société du futur. L’égalité sera du bon sens, jamais redébattu ou mis en doute. Amélie de Ronseray a montré la voie dans son 15 minutes chrono, ce n’était que le début du réveil.

Mais pour arriver à cela, nous allons devoir inventer de nouvelles formes d’organisation, de nouvelles gouvernances, de nouveaux écosystèmes. Jean-Luc Boulin me taguait ce dimanche matin sur Twitter lors de sa réflexion de la nuit… Pour moi, la révolution écologique ne doit pas faire émerger de nouveaux acteurs comme l’a fait la révolution numérique. Elle doit faire apparaître de nouveaux collectifs, de nouvelles formes de solidarité.

Nous l’avions déjà vu avec le boom de la consommation collaborative. La promesse était superbe mais les formes de capitalisme ont détruit ces bonnes volontés. La recherche effrénée du profit pousse les start-ups à détruire les capitaux sociaux et environnementaux. Regardons du côté des coopératives. Regardons du côté des nouveaux indicateurs extra-financiers. C’est bien de ce côté-là que réside le tourisme au sein de l’utopie écologique.

 

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Hey! Moi, c'est Guillaume Cromer, je pilote ID-Tourism, cabinet d'ingénierie sur le marketing du tourisme. Historiquement, je suis bien impliqué sur les questions de tourisme durable mais depuis quelques temps, je m'intéresse beaucoup à la question de la prospective du tourisme pour bien comprendre comment vont évoluer les attentes des voyageurs et de quelle manière il va falloir adapter les organisations publiques et privées du tourisme. Hyper curieux et de culture open-source, je passe ma vie à partager mes réflexions, mes idées, mes volontés pour faire évoluer ce secteur génial qu'est le tourisme!