“Quand nous mettons nos photos sur Facebook, sur Whatsapp, nous sommes les idiots utiles de l’IA, nous éduquons gratuitement jours et nuits l’IA, qui va devenir de plus en plus forte et de plus en plus indispensable. Nous nous sommes mis dans un piège. Il faut réfléchir à la façon d’en sortir, et de ne pas sortir de l’Histoire en ayant donné toutes les clefs du futur à l’IA et à ceux qui la possèdent, c’est à dire les géants du numérique : Google, Apple, Facebook, Amazon en Amérique, et puis Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi en Chine”. Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo nous alerte dans Le Petit Web.

Et si c’était vrai ? Si toutes les invitations à l’économie numérique du partage n’avaient eu pour but que d’alimenter les immenses pompes à flouze que sont les GAFA et Cie ? Plus on parle données et d’Intelligence Artificielle, plus on entend des sonnettes d’alarme se mettre en mouvement. 

Personnellement, je suis un complice et un innocent. Complice d’avoir accepté d’être un cobaye, de confier mes données, mes contenus, mes photos, mes sentiments qui, ajoutés à des centaines de millions d’autres, construisent certes des solutions pour l’instant favorables car porteuses d’innovations et a priori de réseautage social, mais potentiellement dangereuses. Que les GAFA et Cie et les états qui en sont à l’origine évoluent différemment et cela peut arriver à tout moment, au point de brider la liberté des citoyens du monde et nous serons cuits. Privés de liberté. Innocents de n’avoir pas entrevu plus tôt que les formidables machines à cash, masquées par d’excellents storytelling faisant presque paraître les GAFA pour d’aimables ONG, prennent l’ascendant sur tout. Pour le meilleur et pour le pire certainement. Je vous invite vraiment à prendre le temps de visionner ce documentaire et à le partager : Nothing to hide. Il fait froid dans l’échine et invite à la vigilance. 

Il n’y a pas que les GAFA, le monde avance

Bon après, rien n’est jamais perdu. Aux déclinistes qui ne cessent de nous indiquer que tout va de mal en pis, que la misère règne sur terre, rappelons quelques vérités : l’extrême pauvreté a diminué de manière spectaculaire dans le monde en 30 ans ! Allez dire à l’immensité majorité des Asiatiques que le monde s’est appauvri ! Une autre preuve avec le gros pavé de Steven Pinker : La part d’âge en nous, qui nous décrit par le menu que nous vivons dans l’époque la moins violente qui soit. Et le tourisme là-dedans ? 901 millions de visiteurs internationaux entre janvier et août 2017 : + 56 millions, soit +7%, pour la huitième année le tourisme international progresse. Et savez-vous où la progression est la plus forte ? En Afrique à +9% et en Europe à +8%. Côté émissions de CO2 et dégradation de notre planète, le chemin à parcourir dans les consciences et dans les faits est immense, même si de multiples initiatives sont salutaires comme par exemple les efforts de compensation carbone de Voyages du Monde partie prenante de Livelihoods Carbon Fund. L’autre vérité, c’est que 8 milliardaires dans le monde possèdent autant de richesses que la moitié de la population mondiale. Et qui sont-ils ? Tiens donc, ils contrôlent pour partie les GAFA.

Certes en 2050 ou 2060, on ne sait pas, saura-t-on un jour d’ailleurs, les gens avec un QI de moins de 150 ne serviront à rien nous annonce-t-on. J’inverse la supposition : les gens avec un QI supérieur à 150 serviront-ils encore avec l’IA ? Ou bien, l’indicateur de 150 et la définition du QI auront-elles encore un sens au regard de la rapidité d’assimilation et traitement de l’IA ? 

Ce que nous disent tous ces éléments d’horizons différents, c’est que nous ne savons pas anticiper. Mais ce qu’ils ne disent pas c’est qui ne sait pas anticiper ? Car j’ai le sentiment que les cerveaux des GAFA et les stratèges des états qui les abritent, eux, le savent. Les GAFA ont la main : s’ils nous coupent les accès, on est morts compte tenu de notre dépendance. Nous sommes donc asservis.

Mais tout n’est pas fini car je lis beaucoup en ce moment les innombrables articles qui sortent sur l’Intelligence Artificielle, ici en France et ailleurs. Et dans le même je me casse la voix avec ma Google Home qui n’est pour l’instant que sympathique. Quand les tâches sont programmées tout roule, dès qu’il y a de l’improvisation ou une recherche un peu fine les limites apparaissent bien vite. L’écrit sur le clavier ou la voix sur Google Chrome m’apportent pour l’instant plus que la Google Home qui semble surtout conçue pour compliquer des actions simples de domotique. Et pourtant Dieu sait si Google sait ! L’ultra-spécialisation voilà ce à quoi nous conduit le développement de l’Intelligence Artificielle. L’improvisation n’est pas de mise. Normal, l’improvisation c’est la liberté. Alors si vous voulez sauvez votre peau et celle de votre structure touristique, fuyez l’ordre avant de disparaître et jouez de l’improvisation. Autrement dit devenez artistes ! Foutez le bazar, créez de l’émotion, faites tomber les masques de l’accueil formaté.

Face à l’ordre gafaesque je ne vois que ça pour persister et trouver des voies singulières. Et m’est avis que les OGD, si elles veulent survivre, seraient bien inspirées de s’inventer des carrières artistiques au risque de disparaître. Avec la liberté artistique, une autre liberté consiste à vouloir faire à l’échelle locale, y compris dans l’exploitation des données car c’est là que ça se joue. Exemple : l’OGD du Door County dans le Wisconsin a misé sur l’analyse de ses données marchés pour redéfinir précisément les provenances et paniers de ses visiteurs et réorienter ses positions marketing. Et il l’explique dans ses éléments de communication sur sa page membership. Et les spectacles et les arts ont leur place dans sa promo car les locaux sont pris en compte comme étant des consommateurs touristiques. Regardez et écoutez la vidéo jointe, elle est assez exemplaire d’une démarche locale d’intelligence territoriale.

Amsterdam West et l’Intelligence Collective

Autre preuve de la créativité du local contre le global : l’initiative sociale d’Amsterdam West. Là, élus, fonctionnaires et citoyens bénévoles ont mis en place un tissu relationnel hors structure : le micro local, la base absolue, l’instantanéité et on fait remonter les idées et attentes à partir de zones jugées prioritaires. Ce n’est pas le territoire qui est couvert, mais des bouts décisifs, soit parce que laissés à l’abandon, soit très fréquentés. Les animateurs s’assoient sur des bancs et conversent avec les habitants. Les propos collectés sont confrontés à des analyses statistiques où les données prennent toute leur part. Les acteurs locaux sont ainsi directement en prise avec des réalités issues des bases de données et de la vie concrète exprimée. On parle alors et c’est un vieux concept, de l’effet spillover (engrenage) : les nécessités de la base incitent la création de réponses au plus haut niveau (perspective nommée bottom up). Dock.nl est l’un de ces outils d’animation, qui oeuvre notamment dans le quartier difficile de Landhurst pour faciliter les remontées directes et les réponses rapides qui impliquent la population, celle-ci constatant combien la critique est aisée mais l’apport de réponses concrètes difficile et lent à porter ses fruits. La démocratie locale y gagne. Et l’exemple de Livelihoods que j’ai déjà cité témoigne de l’intérêt du local face au mondial, du petit face au super-puissant.

Pour compléter vos lectures, de bien belles approches dans Méta-Media, le cahier de tendances médias de France Télévision. Quelques bribes qui peuvent illustrer mon propos : Amazon vient de s’étoffer de 160 000 salariés en trois mois et en compte 540 000, soit plus que la population de certains pays ! En situation de monopoles ces grands groupes (Google et Facebook ont une influence sur plus de 70% du trafic Internet) se sont enrichis des contenus créés par d’autres. Ils mettent à bas les organisations dites du passé par l’essor de services mondiaux, performants et peu onéreux. Je vous invite à lire ce bel article du non moins magnifique New Yorker. Devenez des havres de créativité, tant dans vos lieux physiques que dans vos actions quotidiennes, dans vos contenus et supports de diffusion, faites humains et complexes, faites localement, soyez artistes, c’est à dire libres, c’est notre seule voie pour rester vivants !

Ressources photos (à la une Amaury Salas – Unsplash ; en coeur d’article Victoria Palacios – Unsplash)