La fin de l’année est là avec ses guirlandes lumineuses et leur air tristouille, les pulls moches ont droit de sortie après le jaune fluo de l’automne.  Mais 2019 se profile avec une nouvelle couleur en vue : le mauve. Mauve comme les années 70 qui avaient vu fleurir la contestation sous formes de grandes manifs, l’écologie, les communautés, plein de bonnes choses jusqu’aux décennies libérales inaugurées par l’arrivée de Tatcher. En cette fin d’année, quelque chose dans l’air m’indique qu’il faudra reconsidérer la relation touristique après l’incroyable révolution numérique que nous avons connue ces 20 dernières années et à laquelle le blog a concouru. Quelque chose qui tiendra de l’aide au recollage des morceaux. Peut-être que le tourisme et des formes d’aides aux vacances pourraient y contribuer.

Les protestations dans les retrouvailles autour de braseros, sur le symbole même de la dépense publique territoriale depuis 20 ans, à savoir le rond-point (entre 200 000 et 1 million d’euros par unité quand même) dont la France est championne du monde (écoutez vos visiteurs étrangers sur cette défiguration urbanistique qui signe la France moche des banlieues, du péri-urbain et désormais de la ruralité, à de strictes fins automobilesques, pistes cyclables et trottoirs sont les grands oubliés de ces rond-points) ouvrent la porte à de nouvelles manières de faire. 

En cette fin d’année, les lampions sont fadasses à l’heure de la nécessaire action écologique et parler de tourisme (et donc aussi d’empreinte carbone) et de tendances de consommation en devient presque incongru. Alors que l’année se finit, quelles seront les tendances fortes de 2019 ? Elles seront certainement écologiques, revendicatives et radicales. Petit état des lieux en attendant d’emballer les cadeaux dans du papier mauve et de ressortir les vieux exemplaires du magazine Actuel, dont les couvertures des années 70 résonnent bien aujourd’hui.

 

 

Jolies contradictions

4 tendances sont décrites dans cet article de l’ADN pour 2020 : de joyeuses positions et contradictions que j’interprète bien personnellement.

– Une tendance tech avec un omniconsommateur, en quête d’un quotidien simplifié, accompagné par des algorithmes qui personnalisent les offres en fonction de ses émotions, le tout teinté de gamification, car c’est bien connu, on apprend mieux en s’amusant.

– Une tendance verte : vivre au plus près des locaux, en cherchant une nouvelle place entre carnivore et végane, le cul et l’os à moelle entre deux chaises, partiellement déconnecté pour plus de convivialité.

– Une tendance élitiste : le luxe en quête de quiétudes. Prendre le temps de le perdre (le temps, pas le luxe !), vivre des expériences uniques et induplicables (c’est bien beau le populaire, mais faut vivre différemment, hein ?), promouvoir la simplicité.

– Une tendance pop culture : participative et collaborative, elle repense les codes de la consommation au profit du faire soi-même. Makers nous sommes et serons, emprunteurs plutôt qu’acheteurs : demande à ton voisin et inventons le monde de demain.

Goûter avant d’acheter

Si on en croit Skift.com et ses publications toujours bien léchées, Instagram et Netflix sont les grands influenceurs du moment. Quelques signes émergent pour 2019 : 

– Les voyages culinaires et la quête de bons produits issus du terroir et cuisinés avec simplicité en direct, sous les yeux des voyageurs auront leur préférence. La tendance à l’Instragramfood n’est pas pour rien dans cette quête.

– Les histoires personnelles, les locaux bientôt supplantés par les initiés, fournisseurs de recommandations au profit de la relation avec les voyageurs, ou la revanche du Routard.

– Le test avant le départ : réalité augmentée (RA ou AR) et réalité virtuelle (RV ou VR) pourront rompre la glace avant le départ : nous passerions ainsi des first time tasters (je les imagine plus que je ne les connais) aux first time users. Et bien évidemment, enrichissement à l’issue des voyages par les contributions des voyageurs et des initiés locaux. Le modèle de l’IA apprenante, enrichira ainsi la RA et la RV.

Booking n’est pas en reste quand il confirme que 31% des voyageurs internationaux aiment l’idée d’un agent de voyage virtuel chez eux, utilisant des assistants conversationnels pour répondre à leurs sagaces questions. Un sur cinq souhaite voir émerger la technologie de la réalité augmentée pour aider à se familiariser avec une destination : je découvre à distance et si ça me plaît, je choisis. Ca évitera les retours en boutique cas de déceptions ! Les retours ont atteint 400 milliards de dollars en 2017 (l’équivalent d’environ un mois de toutes les ventes au détail aux États-Unis), en hausse de 53 % depuis 2015. Des politiques de retour généreuses ont longtemps été utilisées pour augmenter les conversions en réduisant l’incertitude des consommateurs. Mais la croissance du eCommerce et la gratuité des frais d’expédition et des retours ont entraîné un effet secondaire dangereux : le coût de la gestion des retours. La technologie aidera certainement à goûter avant, puis à adopter ou à refuser sans déplacement inutile. 

Parties de bourre-pif entre intelligences artificielles

Pour sa part, le ConsumerLab d’Ericsson voit 10 tendances digitales dont des disputes entre intelligences artificielles (ça promet des débats houleux dont on se régalera peut-être). Peut-être que l’émiettement de notre société va inspirer les émergences d’intelligences artificielles conflictuelles ? Alors qu’Absolunet, dans un style, également très années 70 promet que les valeurs éthiques influenceront fortement les marchands et le commerce forcément en ligne, car l’éloignement physique des magasins paraît se renforcer fortement. 

Comme depuis le début de la théorisation de l’économie, on a toujours progressé en considérant qu’une innovation pour s’imposer devait apporter de la rapidité, de la simplicité et un coût moindre. Aussi, on s’attend à ce que les applications Web progressives (PWA) s’imposent et changent la façon dont le eCommerce et le mobile coexistent. Les PWA sont des hybrides entre applis et sites web qui combinent les avantages de chacun tout en faisant voler leurs limites en éclats :

– Chargement 2 à 10 fois plus rapide que les sites mobiles

– Capacité hors ligne (ou réseau très faible)

– Possible d’ajouter comme app à l’écran d’accueil d’un mobile, sans jamais nécessiter de mise à jour

– Prise en charge des notifications push

Autres tendances, les media sociaux vont devenir transactionnels et les entreprises vont recourir à l’embauche accrue d’employés IA. Gare aux conflits sociaux d’un nouveau genre.

Lâchez-nous un peu

Personnellement, je crois que nous visons en Europe de l’Ouest à être moins connectés et moins flicqués, mais du rêve à la réalité, il y l’Atlantide. Nous aspirons à une simplicité d’usage accrue. Nous frôlons à la paranoïa avec les rumeurs et le complotisme, le big data. Nous voulons vivre dans un monde plus végétal, plus harmonieux, plus respectueux de la planète. De récentes marques inventives dans la relation au monde et à l’environnement le prouvent, comme TheGoodsMart ou Allbirds, fabricant de chaussures en laine à bon prix.

Nous voulons de la relation humaine, or nous attendons des entreprises non pas qu’elles nous fournissent seulement de l’omnicanalité, mais qu’elles viennent à nous tant nous sommes fainéants et avons peu envie de nous déplacer en boutique et dans les offices de tourisme. Le tout en fuyant les cookies et en adorant les endroits commerciaux sans ressources humaines, comme le nouveau site Wheelys247 de Shanghaï, alors que la marque Wheelys surfe sur la relation et la rémunération honnête des petits producteurs. 

A propos de nos contradictions peut-être faut-il relire Rousseau ou bien se coucher et hiberner carrément jusqu’au 1er janvier 2020 pour ne pas avoir à gérer nos éclaboussures de citoyens contradictoires et velléitaires, simultanément consommateurs accros et demandeurs de pouvoir d’achat, tout en s’insurgeant contre la folle course de l’économie mondiale. Allez, Joyeux Noël et Excellente Nouvelle Année, fêtes que l’on peut célébrer sans débauche de cadeaux et de déplacements. Et vive le mauve à venir de 2019. (Merci à Julian Howard unsplash.com pour la photo de l’équipe).


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François Perroy est aujourd’hui cofondateur d'Agitateurs de Destinations Numériques et directeur de l’agence Emotio Tourisme, spécialisée en marketing et en éditorial touristiques. Il a créé et animé de 1999 à 2005 l’agence un Air de Vacances.  Précédemment, il a occupé des fonctions de directeur marketing au sein de l’agence Haute Saison (DDB) et de journaliste en presse professionnelle du tourisme à L’Officiel des Terrains de Camping et pour l'Echo Touristique. Il écrit par ailleurs des ouvrages et articles techniques sur le tourisme ainsi que des créations plus personnelles. Contact : fperroy at etourisme.info (cette adresse apparait en clair pour éviter les robots)