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Nouvelles du monde confiné de Colombie, Mongolie et Vietnam

Publié le 29 avril 2020
22 min

Le tourisme, le soft power à la française…

Si la France vante son attractivité touristique depuis tant d’années, certains évoquent même le « soft power » à la française grâce notamment à la diversité de ses patrimoines ou la profusion de ses lieux et programmations culturelles (hors année de confinement comme celle que nous vivons, cela sans dire), on oublie trop souvent d’inclure au discours une dimension académique. De nombreux établissements français accueillent dans leurs cursus des étudiants venus du monde. Certains d’entre brillent, d’autres moins. C’est la loi du genre. Mais toutes et tous, après plusieurs mois ou années dans l’hexagone, acquièrent le « goût de la France » et en deviennent, s’ils choisissent de repartir travailler dans leurs pays d’origine ou bien ailleurs dans le monde, les meilleurs ambassadeurs de la culture et des savoir-faire français.

En vingt-trois années passées dans l’enseignement supérieur, j’ai eu la chance de contribuer à la formation de plus de 5.000 étudiants (estimation matinale à la louche qui mériterait certainement d’être affinée). C’est pour moi un plaisir de les voir entreprendre des projets que j’ai accompagnés avec les équipes d’enseignants et d’experts qui accompagnent les différents programmes à Paris et dans de nombreuses régions, de les voir se questionner, réorienter, réussir, s’épanouir. Les réseaux sociaux me permettent de rester en contact avec nombre d’entre eux qui vivent et travaillent partout dans le monde. Sans tomber dans la paraphrase de circonstance, j’y vois là la « vertu » de notre engagement respectif, cette « antique qualité dans laquelle les Romains ont puisé leur force », qui mêle « rectitude, honnêteté et courage » comme rappelé hier par Edouard Philippe devant l’Assemblée nationale lors de son discours présentant le plan de déconfinement partiel à partir du 11 mai, par étapes et différencié selon les territoires. J’y ajouterai la « permanence », comme celle des informations que je reçois chaque jour de mes anciens élèves, qui constituent un précieux réseau d’informations et de partage d’expériences.

La crise sanitaire que nous vivons m’a donné l’idée, à la suite de la publication de premiers articles, sur notre excellent blog, dédiés aux situations au Japon, en Chine, au Québec, en Belgique, en Islande et en Thaïlande, de continuer ce tour des « Nouvelles du monde ». Je vous propose de comprendre la situation dans trois autres pays, la Colombie, la Mongolie et le Vietnam, grâce aux témoignages de trois de mes anciens élèves.

Luis Alejandro Davilà, diplômé en 2016, a créé l’Escuela Internacional de Turismo à Santa Marta sur la côte de la mer des Caraïbes. Cette école forme par exemple d’anciens combattants des FARC et les réinsére par le tourisme en valorisant leurs compétences en tant guide naturaliste. Le projet de Luis porte également sur la création d’une agence réceptive qui a vocation à travailler avec les tour-opérateurs dans grands marchés mondiaux. Luis a été enfin pendant une année le directeur général des services touristiques de son district (entité territoriale spéciale, il en existe cinq en Colombie) spécialisé autour de trois domaines : le tourisme, la culture et le patrimoine.

Luis Alejandro Davilà et une promotion de son école

Ariunbileg Myagmarjav, « Anya » (moins difficile à prononcer surtout dès le lever !), diplômée en 2015, a créé une agence de voyages Evasion Mongolie qui propose de découvrir cette destination dédiée aux amoureux des grands espaces avec trekkings en haute montagne, randonnée VTT, pêche sportive, circuits mixtes équestre/pédestre/4×4, séjours d’immersion dans la vie nomade ou encore des circuits « sur mesure ». Anya a souhaité dès l’origine que son agence respecte les règles d’un tourisme éthique et solidaire, par le respect de l’environnement et des cultures et populations locales, l’investissement dans une démarche de développement durable mais aussi le respect du voyageur.

Ariunbileg Myagmarjav, fondatrice d’Evasion Mongolie

Eric Ravel, élève de la même promotion que Luis du programme « Entrepreneur du tourisme » coordonné avec le Welcome City Lab est parti dès le lendemain de ses dernières soutenances au Vietnam exploiter en famille le Binh An Village, resort situé à Vũng Tàu, à une centaine de kilomètres au sud est de Hô Chi Minh-Ville.

Eric Ravel dans son hôtel, le Binh An Village à Vũng Tàu

A Luis Alejandro, Anya et Eric, j’ai posé les mêmes questions. Petit tour du monde, donc, ce matin, de la situation sanitaire et économique dans ces trois pays, des mesures ont prises par les Etats et les collectivités pour stopper la pandémie actuelle, des impacts sur l’activité touristique et des esquisses du tourisme d’après le coronavirus à la fois en matière de demandes et d’offres.

 

Nouvelles de Colombie

 

Quelle est la situation sanitaire et économique en Colombie ?

La Colombie est l’un de ces pays qui souffrait d’une situation sanitaire précaire bien avant la pandémie du covid-19. Son système de santé est mixte : d’une part les structures privées relativement performantes, d’autre part les structures publiques avec une prise en charge médicale à moindre cout. Cela est révélateur des inégalités entre les classes sociales, tout le monde n’a pas accès à la santé. Cependant, jusqu’à présent grâce à la réactivité des gouverneurs et des mesures précoces, les soins sont assurés et le système sanitaire maintenu à flot face à la vague grandissante de contaminations. Ce samedi 26 avril (date de l’échange) a été enregistré le plus grand nombre de nouveaux cas détectés en une journée (302 nouveaux), les chiffres sont les suivants : 4881 infectés, 225 morts, 1003 soignés.

Il est relativement difficile de connaitre avec exactitude le nombre de personnes touchées, de comptabiliser le nombre réel de décès liés à cette maladie. Initialement, les tests étaient envoyés à Bogota pour procéder à leur analyse, l’obtention des résultats était possible après un délai de 10 jours. Cela signifie que certaines personnes décédées durant ce laps de temps n’ont pas été identifiées comme victimes du virus car les résultats n’ont pas été communiqués suffisamment tôt.

Quant à la situation économique elle est complexe, les personnes ne bénéficient pas d’aide de la part de l’Etat ou très peu. Par exemple, le président Ivan Duque a annoncé, pour les classes 0 à 2 de la population (classification basée sur les ressources), retarder de 36 mois le paiement des services c’est-à-dire les factures d’eau, d’électricité et de gaz. De plus, il n’est pas dans la culture colombienne de disposer d’assurances, de mutuelles, d’économies pour survenir à ses besoins premiers en cas de crise ou de situation difficile. Environ 48% de l’économie du pays repose sur des professions informelles, des vendeurs ambulants, des commerçants de rues. Cela rend la situation d’autant plus difficile pour ces travailleurs qui n’ont aucun recours si ce n’est poursuivre tant bien que mal leurs activités. Les bars et restaurants, déposent le bilan par manque d’activité touristique, aucune aide ne leur sera versée pour restructurer leur entreprise et éviter la faillite. Pour illustrer mon propos, lors de la Semaine sainte qui est incontournable et très festive, les complexes hôteliers ont enregistré une occupation de seulement 5% de leur capacité d’accueil. En parallèle de cette diminution de l’économie, des personnes gagnées par la crainte de manquer ont attaqué des magasins alimentaires, pour voler quelques vivres. Il y a une recrudescence de ce type de mise à sac car les personnes manquent d’argent et souhaitent nourrir leurs familles par tous les moyens.

 

Quelles mesures ont été prises par l’Etat et les collectivités ?

Le premier cas de coronavirus en Colombie a été diagnostiqué le 11 mars en Colombie. A partir de ce moment, l’Etat et chaque gouverneur régional ont réagi rapidement, en fermant les structures éducatives (écoles, universités) jusqu’au 31 mai et en imposant aux personnes du 3ème âge, les plus fragiles, de rester chez elles jusqu’à cette même date. Le 16 mars un couvre-feu de 20h à 4h du matin était instauré dans le département de la Magdalena (là où se trouve Santa Marta), avec des horaires variables d’une ville à une autre, alors que le seuil des 100 cas n’était pas encore atteint. Puis le week-end suivant un exercice de quarantaine devait être expérimenté dans la capitale, finalement l’isolement préventif et obligatoire devint effectif dès le 20 mars à l’échelle nationale. Peu à peu, les mesures devinrent plus strictes, le système de « pico y cedula » ou « pico y genero » s’est imposé. Il s’agit de restreindre le nombre de sorties hebdomadaires pour les achats (pico) de première nécessité en se basant sur le dernier chiffre de la carte d’identité (cedula) ou selon le sexe (genero) des personnes en attribuant un ordre de passage. Par exemple les hommes à Bogota ne peuvent sortir que les jours impairs, tandis qu’à Santa Marta, les habitants ne peuvent sortir qu’une seule fois dans la semaine (se rapporter à son document d’identité) afin de se rendre dans les centres commerciaux. Les week-ends le confinement est total, seules les livraisons à domicile sont autorisées. Selon une étude récemment menée, il s’avérerait que la gente féminine respecte mieux les consignes de distanciation sociale et de confinement.

Les restrictions ont fleuri parfois laissant place à des contradictions. Effectivement, en Colombie l’enjeu politique est tel, chaque parti politique essaye de servir ses propres intérêts même si cela peut aller à l’encontre des décisions prises par le président. La lutte entre les maires et le gouvernement est réelle, trois maires se sont vu retirer leurs fonctions et pouvoirs pour soupçon de corruption. Une enquête est ouverte. En parallèle certaines mairies ont à cœur d’aider les plus pauvres en offrant des coupons de plusieurs milliers de pesos permettant d’acheter de quoi vivre, des « paniers garnis » de denrées alimentaires ont été fournis aux populations indigènes de la Sierra Nevada pour affronter les semaines à venir de façon plus sereine dans leur habitat. De même, des entreprises privées, des leaders économiques locaux ont choisi d’apporter leur soutien grâce des donations, en l’espace de 24 heures, 7 millions d’euros à Medellin et 13 millions d’euros à Bogota ont pu être récoltés.

Cette semaine, Duque a annoncé le maintien de la quarantaine jusqu’au 11 mai. En revanche, dès le 27 avril il souhaite relancer doucement l’économie du pays en autorisant des secteurs spécifiques à reprendre leur activité, ce sera le cas des secteurs de travaux publics et de la manufacture.

 

Quels impacts les mesures ont-elles eu sur l’activité touristique ?

L’Etat a lancé un plan « prévention et action » pour surmonter cette épidémie et les problématiques qui en découlent. L’activité touristique est réduite à néant depuis plus d’un mois maintenant : les marchés, hôtels, bars, restaurants, les structures culturelles demeurent fermés. Les parcs nationaux et les plages sont interdits à la fréquentation et cela pour encore de nombreuses semaines. Bien que le président ait interdit aux entreprises de congédier leurs employés, les patrons sont contraints de licencier leur personnel. Les employés se retrouvent sans salaire du jour au lendemain, ou voient leurs revenus diminués de près de 75% ne percevant plus que l’équivalent d’une semaine de travail. Il y a un véritable manque de soutien de la part de l’Etat envers les entreprises à qui l’on suggère d’ouvrir un crédit, de s’endetter pour continuer de payer dignement ses salariés au lieu de se mobiliser et d’allouer un budget d’aides pour prendre en charge une partie des sommes versées.

Aux prémices de l’épidémie, un auto-isolement de 14 jours était imposé pour les étrangers arrivés en Colombie début mars puis la fermeture des frontières a été appliquée. Les compagnies aériennes annulaient leurs vols, de nombreux touristes venant des 4 coins de la planète se sont retrouvés bloqués sur le territoire colombien. Les jours qui ont suivi la mise en vigueur de cette nouvelle mesure ont été chaotiques. 

En ce qui nous concerne, au sein de L’EIT – Ecole Internationale de Tourisme, nous avions deux stagiaires françaises, l’une a avancé sa date de retour de quelques jours, l’autre a choisi de rester car fraîchement arrivée à Santa Marta. Les gens voulant rentrer au plus vite en France devaient regagner la capitale, les prix des vols internationaux s’envolèrent. Prise dans ce mouvement de panique, Victoria est rentrée auprès de sa famille en région. Salomé, étudiante qui est confinée ici, a songé à rentrer en région parisienne, mais elle ne disposait pas d’un billet retour, aussitôt elle s’est empressée de consulter en ligne les offres de diverses compagnies aériennes. Les algorithmes de réservation s’affolaient, proposant des billets allant de 7000 à 13000 €, cela représentait un minimum de 2 escales et plus de 45h de voyage sans aucune garantie de circulation du vol. Néanmoins l’ambassade était très à l’écoute et disponible pour répondre à nos nombreux questionnements mais avançait à l’aveugle, les informations évoluaient heure par heure. Que faire ? Quelles options privilégier ? Chaque situation est si différente que cela relève d’une décision personnelle et individuelle. Les derniers jours de mars, le corps diplomatique est parvenu à un accord avec les compagnies Air France – KLM et Avianca (au moment où Iberia et Lufthansa cessaient leurs courriers). Quelques ultimes vols commerciaux vers l’Europe ou directement vers la France seront proposés aux ressortissants français. Les personnes qui possédaient un billet d’avion pour une date ultérieure étaient prioritaires, les personnes aux situations délicates également. Les autres profils pouvaient se rendre à l’aéroport, et demander à être mis sur une liste d’attente en se présentant au comptoir d’enregistrement dans l’espoir d’embarquer sur le prochain courrier. L’ambassade est très active sur les réseaux sociaux nous informant en temps réel, partageant chaque soir une vidéo de l’Ambassadeur M. Gautier Mignot, très prévenant afin de rassurer les citoyens français. Je tiens à les remercier pour leur écoute, leur disponibilité et leur travail salutaire.

Depuis la mi-avril, une publication d’une jeune femme présente sur le groupe Facebook français en Colombie a connu un engouement incroyable. Cette dernière demandait aux personnes qui avaient changé d’avis et qui souhaitaient désormais rentrer en France de fournir leurs coordonnées. Ainsi, une liste de plus de 150 personnes (163+24) a été constituée puis transmise au Quai d’Orsay, aux services consulaires. La situation se décante, un nouveau vol a décollé ce 25 avril, une liaison Bogota-Amsterdam et un vol pour Paris est annoncé pour le 2 mai.

Une autre catégorie d’étrangers est présente : les expatriés qui se sont installés pour lancer un projet, vivre une aventure, parmi eux beaucoup se mobilisent pour aider les communautés vulnérables qui disposent de moyens dérisoires. Une solidarité épatante nait pour fournir des repas aux populations isolées et pauvres. Des collectes se créent, elles sollicitent les Français. Chaque action compte, un vieil adage dit « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». La dévaluation du peso face à l’euro nous permet d’obtenir actuellement 4300 pesos pour 1€. (10€ = 43 000 pesos soit des courses pour 3 personnes 1 couple et 1 enfant pour 1 semaine en moyenne).

 

Comment imaginez-vous le tourisme après le coronavirus en Colombie et Santa Marta ?

Concernant l’évolution de ce domaine, il me semble important de saisir l’opportunité qui s’offre à nous de construire un « après » en repensant l’activité. Il est impératif d’organiser et de structurer ce secteur qui est en pleine croissance pour insuffler un nouvel élan socio-économique. La Colombie a été choisie comme la première destination touristique en 2020 selon l’USTOA – l’Association des Tours Opérateurs des Etats-Unis. Les échanges internationaux risquent d’être fortement limités jusqu’en 2021, malgré cela le tourisme interne pourrait reprendre petit à petit : une chance pour les Colombiens de découvrir les richesses de leur pays. Santa Marta est très plébiscitée par les locaux, elle se présente comme le premier choix parmi les stations balnéaires. En comparaison, Carthagène des Indes va certainement souffrir plus longuement des répercussions de cette crise car 80 % des touristes ou excursionnistes qui s’y rendent sont étrangers.

Pour le moment, la ville de Santa Marta n’a pas entrepris de campagne de communication, pour mettre en avant ses atouts et son patrimoine, une importante réflexion en amont est primordiale afin d’éviter tout impact négatif lors de la reprise des flux touristiques.

Par ailleurs, l’un des bénéfices notables d’un monde qui tourne au ralenti est la diminution de la pollution. Le nuage gris surplombant Bogota se dissipe, les eaux souillées par les échanges industrialo-portuaires retrouvent leur éclat et sont de nouveau cristallines, des dauphins ont été aperçus sur la côte Caraïbe à Santa Marta. Le mode de consommation des voyageurs devra évoluer, l’offre et la demande également nous allons retrouver un marché réduit car de nombreuses entreprises ont interrompu leur activité. Cela sera possible, Promouvoir un tourisme plus juste d’un point de vue économique, cesser de systématiquement tirer les tarifs vers le bas, mais aussi d’un point de vue écologique en façonnant un modèle durable qui favorise la participation des populations locales et protège l’extraordinaire biodiversité colombienne.

Santa Marta, Colombie

 

Nouvelles de Mongolie

 

Quelle est la situation sanitaire et économique en Mongolie ?

Au 24 avril 2020, le nombre de cas confirmés en Mongolie s’élève à 34 personnes. La Mongolie reste un des rare pays à ne pas avoir eu de décès suite au Covid-19. Les 34 personnes contaminées sont des ressortissants mongoles rentrants des pays voisinant Russie, Corée, Japon. Ils sont hospitalisés dans les hôpitaux d’Oulan-Bator. Les ressortissants mongols arrivant de Russie, de Corée ou d’Europe sont testés à l’aéroport ou à la frontière russe et le confinement est obligatoire pour 21 jours.

Sinon, dans tout le pays, il n’y a pas de confinement comme en France. Les restaurants, cafés et les commerces restent ouverts. Les écoles et les universités sont fermés jusqu’au 1er septembre et interdiction est adressée à tout rassemblement public. Dans les rues de Oulan-Bator le port de masque est obligatoire. 

Il est difficile d’expliquer la situation actuelle économique Mongole en quelques lignes. Les confinements, les restrictions de déplacement les fermetures des frontières qui durent déjà plus de 100 jours en Mongolie ont des conséquences dramatiques sur les entreprises privées mongoles. Le gouvernement mongol n’a pas encore pris de mesure d’aide envers le secteur privé. Selon une enquête menée par la chambre de commerce de la Mongolie, sur 1100 entreprises, 33% ont mis au chômage leurs employés, 65 % des entreprises ont vu une baisse considérable dans leurs chiffres d’affaire et certaines ferment les portes. Si le gouvernement n’apporte pas une aide concrète d’ici le mois de mai, on assistera probablement à une augmentation massive du nombre de faillite. Selon les analyses de la « Mongol Bank », au mois de mars 2020, l’inflation dans le pays atteignait 6,8%

Le secteur de tourisme qui emploie plus de 100 000 personnes est le plus touché. Tour-operateurs, agences de voyage et acteurs du secteur de l’hôtelleries s’attendent à une année blanche avec pour conséquence une activité et une rentabilité nulle pour la saison 2020.

L’activité de MIAT Mongolian Airlines, la compagnie aérienne nationale, est en chute libre :     Aucun vol commercial depuis 100 jours, seul quelques vols charter sont effectués depuis février.

 

Quelles mesures ont été prises par l’Etat et les collectivités ?

Le 26 Janvier 2020, la Mongolie, qui partage une longue frontière avec la Chine, a décidé de fermer les points de passages routiers avec ce pays afin d’éviter une contamination par le COVID 19. Oulan-Bator devint ainsi le premier pays voisin de la Chine à fermer sa frontière avec Pékin.

Il y a eu des restrictions évolutives à plusieurs reprises depuis février :

  • 19 février, la fermeture de l’ensemble des établissements d’enseignement et l’annulation de tous les rassemblements publics (spectacles, festivals, manifestations diverses, cinémas, etc.) ont été prolongées jusqu’au 29 mars 2020 inclus.
  • Les déplacements durant la période de jours fériés du Nouvel-an lunaire (23 – 26 février) ont été limité. Des mesures de limitation des déplacements ont été prises par la Commission Nationale d’Urgence.
  • Par décision du gouvernement de la Mongolie, le 8 février, la fermeture de la frontière avec la République populaire de Chine est renforcée avec des restrictions pour tous les étrangers en provenance de Chine et/ou en transit depuis la Chine souhaitant se rendre en Mongolie, circulant par voie routière, ferroviaire ou aérienne.
  • En avril : suite à l’évolution de la pandémie de COVID-19, les autorités de la Mongolieont suspendu toutes les liaisons aériennes et ferroviaires internationales jusqu’à la fin du mois. Par ailleurs, les ambassades et consulats mongols à l’étranger ont suspendu la délivrance de visas pour la Mongolie.    

Au niveau local, le Ministère de la Santé de Mongolie envoie quotidiennement à la population les recommandations suivantes par SMS : « évitez de fréquenter des lieux publics », « éloignez-vous des personnes qui toussent ou qui éternuent », « lorsque vous sortez, portez des gants et masques », « n’embrassez pas, ne serrez pas de mains », « ne crachez pas », etc. Des lignes téléphoniques sont ouvertes 24 heures sur 24 pour conseiller en cas de survenance de symptômes pouvant évoquer le coronavirus Covid-19.

 

Quels impacts ont-elles eu sur l’activité touristique ?

Les autorités mongoles ont suspendu toutes les liaisons aériennes et ferroviaires internationales jusqu’au 30 avril inclus. Par ailleurs, les ambassades et consulats mongols à l’étranger ont suspendu la délivrance de visas pour la Mongolie.

Compte tenu de ces mesures nous sommes en train de différer tous nos voyages inscrits pour la saison 2020 pour une date ultérieure en 2021. Depuis le 20 mars, les activités d’Evasion Mongolie ont été réduites au strict minimum. Mes collègues de bureau sont sans activité et de mon côté, j’assure une permanence environ 1h par jour.

En général Evasion Mongolie en tant que tour-operateur emploie une quarantaine de de saisonniers sur 5 mois et notre camp de yourte Anja (hôtel) une dizaine de saisonniers sur 5 mois. Ces deux activités vont rester fermés cette année. Nous sommes tous au chômage technique et la saison 2020 restera blanche.

 

Comment imaginez-vous le tourisme après le coronavirus en Mongolie ?

La question de reprise nous préoccupe beaucoup. A ce jour il est difficile de prévoir quoi que ce soit et se projeter dans l’après le coronavirus ne sera possible qu’après avoir observé les effets du déconfinement durant les mois à venir.

Il n’est possible aujourd’hui que d’évoquer des scénarios en fonction des tournures que prendraient les évènements.

Si les conditions sanitaires dans le monde s’améliorent, d’ici deux ou trois mois, nous pensons avoir des voyages à la dernière minute, sur une courte durée, ce qui n’est pas une tâche facile, tant l’organisation d’un voyage en Mongolie nécessite beaucoup de préparation.

Si les conditions sanitaires dans le monde s’améliorent doucement, nous aurons une grande saison 2021. Nous devrons alors être prêts à une arrivée massive de touristes.

Dans les deux cas, seul l’activité d’hôtellerie pourra limiter un peu les pertes en se rabattant sur le tourisme interne, et la clientèle chinoise.

Une grosse inquiétude pour 2021 si la condition sanitaire ne s’améliore pas l’année prochaine, nous ne pourrons pas supporter une deuxième année blanche.

Enfin, il y a aussi les effets indirects de cette crise sanitaire sur les comportements : en effet j’entends beaucoup parler de « voyager moins loin, voyager local ». Nous ignorons quels effets cela pourrait avoir sur les destinations long-courrier et l’attrait de la clientèle européenne pour les destinations « lointaines » ou « exotiques ».   

Une évasion mongole à cheval

 

Nouvelles du Vietnam

 

Quelle est la situation sanitaire et économique au Vietnam ?

Au niveau de la situation sanitaire, le Vietnam a levé officiellement, le 22 Avril 2020, ses mesures de confinement dans la presque totalité du pays, après moins de trois mois d’une vie collective en suspension. À trois heures d’avion de Wuhan, en Chine, point de départ de la pandémie, le Vietnam ne déclare, au 22 avril, pas plus de 270 cas d’infection dans sa population de 95 millions de personnes, et surtout zéro décès. Depuis six jours d’affilée, aucun nouveau cas n’y a été détecté, selon les chiffres officiels.

D’un point de vue économique, la croissance du Vietnam n’a atteint que 3,82 % au premier trimestre de l’année, ce qui est le pire résultat de ces dernières années, depuis le premier trimestre 2009, avec 35 000 entreprises fermées.

 

Quelles mesures ont été prises par l’Etat et les collectivités ? 

Le gouvernement a pris des mesures très tôt pour limiter la propagation du virus. Dès la mi- janvier, les autoritésont réuni un comité de gestion de crise avec des médecins et des scientifiques pour contrer le virus. Ils ont, par exemple, tout de suite interdit la réouverture des écoles, ils ont réquisitionné des médecins retraités, ils ont augmenté leurs capacités de production en masques.

Le Vietnam a eu comme priorité d’isoler les malades et de rechercher toutes les personnes avec lesquelles ces malades ont pu entrer en contact, de façon directe ou indirecte. En tout, près de 100 000 personnes ont été placées en quarantaine. C’est également le cas de tous les voyageurs internationaux en provenance de l’étranger, placés immédiatement en quarantaine pendant quatorze jours, souvent dans des bâtiments militaires à l’extérieur des villes. Depuis des semaines, la télévision donne le nom de chaque personne infectée, du quartier où elle habite, des gens qu’elle a côtoyés. Le gouvernement n’a pas hésité à placer des quartiers entiers en isolement. Par exemple, une commune entière de 10 000 habitants au nord de Hanoi a été totalement coupée du monde pendant trois semaines, parce qu’un cas positif y avait été détecté.

En parallèle, le 1er avril, le gouvernement a instauré un plan de confinement de la population avec notamment l’interdiction des rassemblements et la forte « recommandation » de ne pas sortir de chez soi, sauf motif essentiel.

Hanoï a également décidé de suspendre tous les vols entre le Vietnam et la Chine dès le 1er février avant de restreindre tous les vols internationaux. Et surtout, le pays a décidé de fermer sa frontière terrestre avec la Chine, ce qui était vraiment une décision très forte quand on connaît la dépendance de l’économie vietnamienne à la Chine, qui est son premier partenaire commercial.

 

Quels impacts ont-elles eu sur l’activité touristique ?

En 2019, le Vietnam a attiré un nombre record de plus de 18 millions de visiteurs étrangers, soit une hausse annuelle de 16,2%. Aujourd’hui les hôtels sont vides, les plages désertées et il y a des annulations en série. À Hô Chi Minh-Ville, des milliers de guides touristiques sont au chômage technique. De nombreux voyagistes voient leur activité réduite au minimum.

Par exemple, l’hôtel Viên Dông, l’un des plus luxueux de Hô Chi Minh-Ville, est également vide en raison d’une série d’annulations. Le nombre de réservations a chuté de 40% par rapport à la même période de l’année passée. Ses services de restauration ou d’organisation d’événements sont les plus touchés, avec une baisse de 70%.

Au cours des mois d’avril, mai et juin, les pertes du secteur devraient être importantes, de l’ordre de 5,9 à 7,7 milliards d’USD. Le nombre de voyageurs étrangers pourraient connaître une baisse de 3,7 à 4,7 millions comparé aux chiffres de l’année dernière. Concrètement, les Chinois, qui occupent 30% du total des visiteurs étrangers dans le pays, pourraient voir leur nombre chuter de 90% à 100%, et ceux d’autres pays de 50% à 70%, soit une baisse de 2 à 2,8 millions d’arrivées. Le nombre de touristes vietnamiens pourrait connaître, quant à lui, une diminution de 50% à 70%, représentant 10,9 à 15,3 millions de voyageurs.

Quelques chiffres pour illustrer le propos. Les visiteurs internationaux au Vietnam en mars 2020 sont estimés à 449.923 arrivées, en baisse de 63,8% par rapport à février 2020 et en baisse de 68,1% sur la même période 2019. Le total des arrivées internationales pour les trois premiers mois de 2020 a atteint 3.686.779, en baisse de 18, 1% sur la même période en 2019.

En mars 2020, les Russes, représentent 16% des touristes, suivis des Japonais (8,3%), Cambodgien (7,8%) et les Chinois (7,4%). Les pays asiatiques représentent (54%) des visiteurs suivis des Européens (32.6%) et des Amériques (6%).

Notre hôtel de Vung-Tau est fermé depuis le 16 Mars 2020. Mais nous avions déjà senti un ralentissement net depuis le début du mois de février, juste après les fêtes du Tet. Lorsque tous les établissements scolaires ont été fermés. Tous les mariages et évènement des mois de mars à mai ont été reporté et certains annulés.

 

Comment imaginez-vous le tourisme après le coronavirus en Vietnam ?

Transformer la difficulté en opportunité (maitre mot des autorités Vietnamiennes). Pour moi, après l’épidémie du coronavirus, le tourisme au Vietnam va beaucoup souffrir. Les étrangers risquent de ne plus venir pendant plusieurs mois (minimum 1 à 3 mois). Il faut donc miser sur le marché local, qui je le pense devrait redémarrer assez rapidement, dans notre cas pour les chambres et le restaurant. Pour les évènements aussi, il y a depuis 15 jours, malgré notre fermeture, un retour des demandes. Cependant, il semble que les réunions de plus de 30 personnes soient non autorisées. L’impact sur les buffets, mariages et autres évènements devraient être importants. Heureusement que nous arrivons en fin de saison des mariages. (reprise prévue dès la fin Septembre).

Il nous est aussi demandé de mettre en place une vérification systématique de chaque client, prise de température et spray de solution hydroalcoolique. Au premier client contaminé nous serons sommés de fermer l’établissement. De plus, nous devons mettre des solutions hydroalcooliques en accès libre à l’entrée du Ressort et à l’entrée du restaurant. Pour les salariés, nous devons leur fournir tous les jours un masque de protection. Nous devons aussi les former pour ces procédures de contrôle.  Nous devons de plus faire respecter des distances de distanciation de 2 mètres, pour les clients et le personnel. Les contrôles des autorités seront plus fréquents et moins souples. Amende ou fermeture de l’établissement en cas de non-respect de ses consignes.

Vue sur la mer du Binh An Village

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Brice Duthion est manager du projet Campus sud des métiers tourisme de la CCI Nice Côte d'Azur. Il est également consultant et expert indépendant en tourisme, culture et développement territorial. Il intervient auprès de nombreux acteurs publics et privés. Il est expert auprès de l'Open Tourisme Lab, accélérateur de start-up thématisé « Tourisme et Innovation ». Il est membre du comité d'experts tourisme et développement territorial du CNFPT et de [...]
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