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L’herbe est-elle plus verte dans le Metavers ?

Publié le 24 janvier 2022
6 min

C’est le sujet un peu chaud depuis quelques mois dans la tech, et vous remarquez que l’on n’en a pas encore beaucoup parlé dans l’immédiat sur etourisme.info de ce fameux Métavers.

Oui, je suis devenu grincheux !

Je vous avouerai que perso, en quelques années, je suis passé du fan de tech et gadgets un peu early adopter (je n’ose calculer ce que j’ai pu dépenser sur KissKissBankBank et consorts) à une quasi défiance vis-à-vis de tout ce que les GAFAM ou autres startups peuvent nous pousser ces derniers temps !

The Social Dilemna (Derrière nos écrans de fumée) m’a aussi bien éloigné des réseaux sociaux, agrégeant des révélations d’anciens grands pontes avouant le caractère volontairement addictif de ces divers réseaux et applications, dont ils éloignent d’ailleurs leur progéniture, de même que des écrans.

La célèbre photo de Zuckerberg en 2016 traversant sourire aux lèvres un « troupeau » d’humains équipés des casques VR (peu après son rachat d’Oculus) donnait une image un peu effrayante des projets qu’il allait dévoilés. On a longtemps attendu une véritable concrétisation à ces lourds investissements, et c’est donc en 2021 que tout cela s’est matérialisé, avec ce qui paraissait totalement incroyable : changement de nom, changement de logo pour le groupe Facebook qui devient Meta !

« META » cervelle en pause et écoute le messie repenti !

La page de présentation de Meta annonce la couleur, avec en introduction sa profession de foi : « Le métavers est la prochaine évolution des relations sociales. L’objectif de notre entreprise est de promouvoir le métavers, nous changeons notre nom afin d’illustrer notre engagement dans ce futur »

S’ensuivent une série de vidéos thématiques de présentation sur ce que le métavers doit nous apporter en matière de relations sociales, divertissements, jeux vidéos, fitness, travail, commerce, éducation… mais rien sur le tourisme ??!! Surprenant je trouve quand on envisage les extraordinaires possibilités de cette nouvelle dimension.

Je ne reviens pas sur les sommes colossales qu’investissent aujourd’hui les GAFAM, leurs équivalents chinois BATX et leurs partenaires, qui semblent indiquer au vu de leur pouvoir que nos prochains sapins de Noël vont voit fleurir casques et lunettes de réalités virtuelle et/ou augmentée. Vous avez aimez « Ready Player One » de Steven Spielberg, Welcome to the new reality !

Dans sa longue vidéo de présentation, Marco se veut rassurant après les fuites et accusations portées par d’anciens employés et journalistes à propos de Facebook :

« Il ne s’agit pas de passer plus de temps sur les écrans. Il s’agit d’améliorer le temps que nous passons déjà. Les écrans ne peuvent tout simplement pas transmettre toute la gamme des expressions et des connexions humaines. Ils ne peuvent pas donner ce sentiment profond de présence, mais la prochaine version de l’internet le pourra. C’est vers cela que nous devrions tendre. Une technologie construite autour des gens et de la façon dont nous vivons le monde et interagissons les uns avec les autres. »

Et soyez tranquilles, ce monde, on va le bâtir tous ensemble, c’est pas beau ça ? Et de façon responsable comme l’explique une page entière dédiée à cette ambition des quatre grands principes de l’innovation responsable :

  • Ne jamais prendre les utilisateurs au dépourvu
  • Proposer des options de contrôle efficaces
  • Prendre tout le monde en considération
  • Priorité à l’humain

Et oui, Facebook et son fondateur ont compris que c’était pas bien de jouer avec les données de leurs utilisateurs, et même leur vie, leurs démocraties, alors du coup, là, c’est juré, promis, craché, on va nous laisser le contrôle absolu sur nos données. Rassurés ?

Et le durable dans tout ça ?

On parle beaucoup de pollution numérique ces derniers mois, puisque ce seul secteur serait responsable de 4 à 6% des émissions de gaz à effet de serre. Est-ce que le métavers ne va pas en rajouter une (grosse) couche ? 5G, puis 6G pour supporter les hologrammes, des hordes de satellites à basse altitude pour transmettre et connecter au mieux et au plus vite (Cf. les récents démêlés d’Elon Musk via Starlink, ou les investissements d’Amazon en la matière), sans parler des immenses fermes de serveurs nécessaires et bien entendu des terminaux que nous devrons utiliser et dont le rythme de renouvellement s’approchera probablement de celui de nos actuels smartphones.

Mais là aussi, Marcounet compte bien nous aider à prendre soin de la planète : « En fait, si vous voyagez pour le travail et que travailler dans le métavers signifie que vous prendrez un vol de moins chaque année, c’est probablement mieux que presque tout ce que vous pouvez faire pour l’environnement. Je pense que travailler dans le métavers va être ressenti comme un énorme pas en avant. »

Et son Chief Business Officer, Marne Levine, d’ajouter : « Dans le métavers, vous pourrez vous téléporter non seulement dans n’importe quel endroit, mais aussi à n’importe quel moment. La Rome antique. Imaginez que vous vous tenez dans les rues, que vous entendez les bruits, que vous visitez les marchés, pour avoir une idée du rythme de vie d’il y a plus de 2000 ans. Imaginez que vous apprenez comment le Forum a été construit en voyant le Forum se construire sous vos yeux. »

Et voilà donc la petite référence à notre secteur du tourisme, pas bien compliqué d’imaginer tout ce qu’il va être possible d’y faire. Alors pourquoi ne pas en parler alors qu’il semble bien s’agir d’un des secteurs qui pourrait être le plus révolutionné par ce nouveau monde ? Pour ne pas effrayer tout un secteur qui morfle déjà beaucoup avec la crise sanitaire ? Pour ne pas trop projeter tous les gens qui ont envie de voyager pour de vrai dans un monde qui les contraindra à désormais se balader depuis leur salon avec leurs casques sur la tête ? Dans un article traitant du sujet dans Huffington Post, le journaliste relève que l’empreinte carbone d’une heure de voiture pour aller faire une randonnée serait supérieure à quelques heures passées à randonner virtuellement depuis votre salon. On attendra des chiffres sérieux pour se faire une idée, sans même gloser sur la « petite » différence de ressenti pour son esprit et son corps.

Mais du coup, le métavers, ce serait la solution pour ne plus voyager ? Ne plus polluer ? Ou simplement se faire une meilleure idée de l’endroit où l’on ira prochainement ? Explorer les possibilités ? Allez dans dans des endroits qu’on ne doit/peut plus visiter pour les préserver, et qu’on ne peut tout simplement pas s’offrir ?

Troupeau or not troupeau ?

Pour tout vous dire, ce qui m’a donnée initialement l’idée d’écrire ce billet, et l’inspiration du titre au-delà de l’aspect durable, c’est cet article de Creapills montrant cette vache équipée de deux casques VR.

Dans cet établissement turc, on a constaté qu’en immergeant les bêtes dans des praires verdoyantes, avec en plus un fond de musique classique, on passait de 22 à 27 litres collectés chaque jour. 20 à 25% de productivité gagnée, ça vaut le coup d’investir non ?! Bon l’histoire ne dit pas combien la même vache donnerait de lait si elle était RÉELLEMENT dans une prairie verdoyante (ni l’exploitant ni le journaliste ne semblent se poser la question).

Les moins sensibles à la cause animale diront que de toute façon, vu les conditions dans lesquelles ces vaches sont amenées à vivre, un peu plus, un peu moins bien, peut-être même que ça lui convient bien, que cela améliore même son quotidien comme tendrait à le prouver sa meilleure productivité. D’ailleurs, on nous apprend bien depuis longtemps à tromper les sens de nos congénères dans les magasins, avec du parfum, de la musique, une température plus ou moins élevée qui va booster les ventes ?

Bon, au passage, on remarquera quand même qu’on lui a mis un casque sur chaque oeil sans trop se soucier de la façon dont son cerveau allait analyser cette quadruple image qu’on lui balance (faites le test chez vous, déjà que certains vomissent ou tombent à la renverse avec un seul casque !). En tout cas, il paraît que Jeff Bezos, qui n’arrive décidément pas à remplacer tous ses employés par des robots, a liké ça ! Ok, ok, j’exagère… et j’espère qu’un de mes collègues blogueur se penchera de façon plus sérieuse et moins cynique sur cette révolution pour nous en démontrer les bienfaits 😉 !

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Ludovic a démarré sa carrière en Auvergne, à l’Agence Régionale de Développement, puis dans un cabinet conseil sur les stratégies TIC des collectivités locales. Il a rejoint en 2002 l’Ardesi Midi-Pyrénées (Agence du Numérique) et a plus particulièrement en charge le tourisme et la culture. C'est dans ce cadre qu'il lance les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel dont il organisera les six premières éditions à Toulouse. À son compte depuis [...]
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