Keep calm et Slow Travel

Publié le 13 octobre 2023
8 min

Slow design, Slow living, Slow food, Slow déco, Slow fashion, Slow travel, autant de nouveaux modes de consommations qui ont émergé au cours des dernières décennies. De nombreuses marques mais aussi des territoires touristiques ont décidé de s’adapter à ces tendances en mettant en avant une offre plus encline à répondre aux attentes de ces nouvelles clientèles. Mais cette manière de consommer le tourisme est-elle une réalité ? Vos visiteurs prennent-ils vraiment le temps ? Votre territoire propose-t-il réellement une offre économico-touristique slow ?

La tendance Slow

La tendance du Slow a maintenant plus de 30 ans. Elle découle du mouvement slow né en Italie fin des années quatre-vingt en réaction à la consommation ultra-rapide, industrielle et ensuite au rythme de vie et de travail, à l’augmentation du niveau de stress et à la perception de devoir être en mode multitâche constamment. À l’ère de la rapidité et de l’instantanéité, la Slow consommation s’impose comme une tendance salutaire.

Il faudra attendre le début des années 2000 pour que le terme de Slow Tourisme apparaisse et se popularise. Aujourd’hui, le Slow tourisme est bien présent (de manière directe ou induite) dans la communication touristique. De nombreux territoires en ont d’ailleurs fait leur positionnement.

sLOW TOURISME

Pour comprendre, ce qu’est le Slow Tourisme, on peut se référer à la définition suivante : « Le Slow Tourisme, c’est l’art de voyager tout en prenant son temps, de s’imprégner pleinement de la nature qui nous entoure et de la richesses du patrimoine. C’est privilégier les rencontres, savourer les plaisirs de la table avec le souci du respect du territoire et de ses habitants » (source).

Pour aller encore plus loin dans la définition, on peut également prendre en compte les 4 piliers tels que définis par le Slow Tourisme Lab de l’Aube en Champagne :

Prendre le temps de découvrir…vraiment ?

Comme le terme « Slow » l’indique, ce type de tourisme est associé au ralentissement. Ce n’est plus la volonté de faire un maximum d’activités durant le séjour qui prend le dessus. La notion rapidité est supprimée au profit du plaisir de prendre son temps. On peut parler ici de temps choisi durant lequel on va alterner des moments d’immersion, de visites et des moments de bien-être, de détente, de ressourcement, de méditation ou encore de respiration. Dans la logique des choses, le visiteur d’une destination Slow va restreindre le nombre d’activités pour approfondir sa découverte, prendre le temps d’apprécier les choses.

Mais est-ce vraiment une réalité ? L’intention slow de la destination est-elle vécue par les visiteurs ? Il y a quelques mois, je suis partie quelques jours à Madère; une destination qui met en avant ses paysages, sa nature, ses traditions et invites ses visiteurs à ralentir. Emballée par ces promesses de nature et de temps lent, je suis partie vers cette petite île de l’Atlantique avec pleins de rêves en tête : se balader en toute tranquillité, s’arrêter le long d’une balade pour contempler un paysage, avoir la sensation d’être loin de tout…bref, prendre le temps de savourer.

Si Madère tient toutes ses promesses (et même plus) en matière de paysages, d’espaces naturels, d’offres de balades toutes plus belles les unes que les autres, j’ai rapidement été « bousculée » au propre comme au figuré par la manière dont une grande majorité des autres touristes consommaient l’offre « Slow ». Si les paysages de cette île, que l’on qualifie souvent « d’Hawaï européen », sont sa plus grande force et richesse, ils sont aussi sa plus grande faiblesse. Très présents sur Instagram, les paysages de l’île sont devenus des courses aux likes. Adieu, la qualité du voyage ! Les chemins de randonnée deviennent de véritables « circuits de course » avec des personnes qui se dépêchent de se rendre au point de vue, à la chute d’eau .. A peine arrivés, ils prennent leur plus belle pose (tellement naturelle, la pose !), se mettent en scène pour la vidéo et repartent aussitôt vers le spot suivant. « Marcher pour contempler », c’est la proposition de Madère. Malgré, une communication réfléchie et soignée, on ne peut que constater qu’il peut y avoir un gap important entre l’expérience voulue par le territoire et l’expérience attendue et vécue par une part non négligeable des visiteurs et ce, au détriment de deux qui viennent pour découvrir lentement.

Autre situation, vécue lors d’un séjour 100% vélo. Cette fois, direction la Loire. Nous avons choisi cette région pour son positionnement « La Loire à Vélo ». Nos attentes sont claires : quand on arrive, on laisse la voiture au parking, on sort les vélos et on ne déplace qu’avec ceux-ci. Au programme, la découverte de châteaux et de la région. Notre séjour étant de courte durée, nous avons préparé notre programme, téléchargé les tracés sur le GPS… Le premier jour, après 2 heures de trajet à vélo, nous arrivons à destination du lieu de notre première visite. La première impression est bonne; on trouve de nombreux espaces pour stationner nos vélos. La façade du bureau d’accueil nous interpelle, une inscription bien visible et lisible nous informe que le « temps de visite est d’une 1h30 ». L’invitation à prendre son temps n’est pas présente. On ressent plutôt un message de « surconsommation » touristique qui voudrait rassurer les visiteurs (qui se déplacent en voiture) « vous pourrez visiter d’autres châteaux aujourd’hui » !

Ces deux expériences nous montrent que le marketing touristique et la volonté territoriale d’inviter les visiteurs à prendre leur temps peut parfois se heurter à deux éléments :

  • La fréquentation de la destination par une clientèle dont les sources d’information, d’inspiration sont hors des champs traditionnels des institutions touristiques. Le positionnement « Slow » s’avère alors inconnu de ceux-ci et donc inutile pour une partie non négligeable des visiteurs.
  • L’intégration des sites touristiques traditionnels dans la démarche Slow qui est plus (trop ?) lente. La situation vécue en région Loire, on l’a vécue dans d’autres territoires qui se présentent comme Slow. Elle démontre que la volonté territoriale n’est pas suffisante et qu’il est nécessaire d’impliquer de manière active les acteurs de la destination, en ce compris les sites majeurs.

Favoriser les mobilités douces

Pratiquer le Slow Tourisme, c’est favoriser la mobilité douce pour les transports sur la place et dans la mesure du possible vers la destination. Partant de ce constat, de nombreux territoires qui possèdent une offre dense de balades se sont positionnés en tant que destinations « Slow ».

Mais offrir plusieurs centaines de circuits balisés, des itinéraires vélos ou VTT, est-ce suffisant pour construire un positionnement fort et durable ? On peut effectivement se demander si une offre de randonnées « classiques » qui repose trop souvent plus sur une démarche quantitative que qualitative n’est pas un élément suffisamment différenciant.

Construire une destination « Slow », demande de s’interroger sur la qualité de l’offre en matière de mobilités douces touristiques. Ainsi, une destination qui propose une offre moindre mais très qualitative, équipée et connectée avec l’économie locale et l’offre touristique aura plus de chances de réussir qu’une autre qui mise tout sur un nombre élevé de kms à parcourir.

Petit conseil : Mettez-vous dans la peau de votre visiteur qui voit sur votre site plus de 150 résultats dans la rubrique « balades à vélo ». Outre le critère localisation, à votre avis, comment va-t-il comprendre votre offre et pouvoir identifier rapidement « l’itinéraire qui permettra de découvrir votre vallée, vos villages… » ?

Enfin, demandez-vous si proposer une balade qui ne passe pas à côté du petit bistro si typique, de la boulangerie avec ses pâtisseries qui vous font tant craquer, à proximité de la ferme qui vient d’ouvrir un espace de vente et dégustation, a réellement du sens dans une stratégie Slow vu ses 4 piliers.

Expérimenter

Au delà du produit et des services, l’expérience trouve ici toute sa place en proposant au visiteur une découverte immersive par les sens des patrimoines naturels et culturels ; des rencontres et partages ; des activités uniques et authentiques. Les activités sont donc davantage de l’ordre de « faire » et de « vivre » que de « voir ».

L’implication des socio-professionnels est donc indispensable. En Belgique, « Destination Brabant Wallon » (territoire situé au sud de Bruxelles » a décidé d’organiser un accompagnement de ses socio-professionnels au développement de produits et de services « Slow ». Ce programme prévoit différentes actions telles que :

  • L’accompagnement des sites majeurs à l’intégration du temps lent et de l’expérience en créant un produit spécifique où l’immersion, le service soigné, la visite lente, l’enchantement sont les éléments centraux.
  • L’accompagnement des acteurs « slow » qui sont généralement « hors catalogue touristique ». On pense ici aux artisans, producteurs, artistes… qui peuvent proposer, ou qui proposent déjà, de véritables expériences dans l’esprit du Slow Tourisme. Il s’agira de les identifier et ensuite de les accompagner dans une mise en tourisme respectueuse de leurs réalités.

Ce dernier accompagnement a pour objectif de proposer une offre réelle et ainsi d’éviter la présentation d’un catalogue exhaustif reprenant des socios-pros dont « l’activité » est accessible le vendredi de 14 à 16h00, sur réservation au moins 15 jours avant et uniquement par téléphone…

Proposer une économie « Slow Tourisme » demande, ici aussi, de faire des choix, de privilégier les expériences, les rencontres avec les gens qui font le territoire mais surtout qui veulent contribuer à cette économie touristique.

En matière d’expériences, on peut également citer, La Toscane (Italie) à qui a fait du Slow Tourisme une véritable philosophie de développement touristique et économique en proposant des offres expérientielles toutes plus intéressantes les unes que les autres. Cela va du « trek & chocolat » , à l’atelier pour « encadrez ses souvenirs comme un véritable artiste », en passant par une visite sensorielle parmi les vins et les senteurs de Toscane.

Patriquer une forme de tourisme durable

Le Slow Tourisme capte l’attention de ceux qui se préoccupent de leur empreinte écologique, mais il ne s’agit cependant pas d’une motivation essentielle pour tous les consommateurs de ce type de tourisme ; certains consommateurs sont davantage sensibles à la dimension épicurienne pure de la tendance.

Adopter le Slow Tourisme, c’est donc agir en faveur d’un tourisme durable avec moins de déplacements automobiles, des rencontres avec la population locale (artisans, agriculteurs, restaurateurs, créateurs…) mais ce n’est pas une politique de durabilité en tant que telle. En revanche, mener une politique de durabilité sur le territoire et au sein de l’économie touristique permettra de créer un environnement naturel, patrimonial, économique et culturel favorable à l’émergence de concepts tels que le Slow Tourisme.

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Consultante en innovation touristique et développement territorial, Laurence Docquir accompagne au quotidien les acteurs publics et privés du tourisme en Belgique francophone et en France dans leurs projets de développement. La qualité des services et l'expérience client sont deux de ses sujets de prédilection. Elle est Directrice associée chez Un Tour d'Avance, bureau spécialisé en innovation et ingénierie touristique.
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