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Informer les nouveaux élus au tourisme

Publié le 12 avril 2021
6 min
Les communes et les EPCI disposent de nouvelles équipes depuis 2020 et les élections départementales et régionales de 2021 se profilent. Entre ces deux séquences importantes pour la vie locale et régionale, bien informer les nouveaux élus en charge du tourisme s’avère essentiel.

Aux dernières statistiques la France compte 1263 EPCI et 1495 Offices de Tourisme. Cas bien particulier dans le monde, que nous partageons avec des modalités proches avec la Belgique, l’organisation touristique française repose de manière historique sur un lien fort entre secteurs privé et public. Chaque élection s’accompagne de l’arrivée de nouveaux élus en charge du tourisme.

Après les promesses de campagne, parfois marquées de l’émoi local quant à des situations particulières, ces élus doivent apprendre rapidement à comprendre l’organisation touristique, son fonctionnement, ses acteurs et intérêts parfois contradictoires. Ces dernières années, les sujets de crispation comme des perceptions de sur-tourisme d’avant la crise du Covid-19, amplifiées depuis avec l’impression de débordements au cours de l’été 2020, n’ont pas manqué. Naturellement dans la plupart des territoires, la situation sanitaire et économique qui en découle pour les entreprises du tourisme, au sens large, a fait l’objet de la part des élus, d’une prise en compte rapide et forte. Les initiatives de soutien se sont multipliées tant au profit des entreprises, par l’Etat, que des Offices de Tourisme, par leur collectivités. Et l’incitation à la consommation touristique a été révélatrice de l’importance du sujet pour les territoires. Si le tourisme représente en moyenne 8% du PIB français, dans certains secteurs géographiques, l’impact touristique est bien plus sensible.

La métropolisation accentuée depuis dix ans et le déport par contraintes économiques et financières d’une grande partie de la population vers des zones péri-urbaines ou rurales, ont créé des conditions de mobilité compliquées. De même que le sentiment et des preuves bien réelles d’une dégradation des services publics et des conditions de vie pour une grande partie de la population. Le mot thrombose, si d’actualité en ce moment, est vécu depuis des années comme l’un de ces problèmes par de nombreux citoyens qui, pour travailler doivent se déplacer alors que les solutions de mobilité ne répondent pas à leurs horaires et contraintes géographiques. Aussi, le tourisme avec ses apports de visiteurs encombrant routes et chemins est désormais plus critiqué qu’il ne l’a été dans le passé. Il modifie l’occupation de l’espace habituel et cela a nécessairement des incidences locales que les citoyens rapportent dans des réunions publiques et expriment à leurs élus, avant et après élection.

LE TOURISME IMPACTE LA VIE LOCALE

Le tourisme, au-delà de la modification spatiale qu’il induit, on le regarde également par le prisme du changement des comportements qu’il engendrerait : queues dans les commerces, stationnements peu respectueux, flambée des prix, immobiliers d’abord, de biens courants ensuite, pollutions sonores, visuelles et atmosphériques (le cas de navires de croisière en coeur de ville est d’actualité dans des ports français)… Bref, tout cela relève de la vie quotidienne et touche les citoyens, qui sont aussi des électeurs. Aussi, l’élu local, maire, conseiller municipal ou communautaire, président d’Office de Tourisme a fort à faire. Et cela d’autant plus qu’on lui demande d’être rapidement un spécialiste du sujet pour lequel il intervient.

Une fois élu, le délégué (la déléguée) au tourisme doit rendre des compte à ses électeurs et composer avec des contraires. C’est le propre de la politique dans une démocratie. Et le premier outil de compréhension du tourisme et de ses parties prenantes, c’est bien évidemment l’Office de Tourisme. Son président n’est pas nécessairement au fait du sujet. Il est bien passé un jour par une agence de voyages (il faut alors espérer qu’il ne veuille pas en faire une expérience à appliquer immédiatement à l’échelle locale).

Voire, il a soutenu ou s’est opposé à la création d’un établissement touristique (impacts sur l’environnement, peu d’emplois créés ou à l’inverse, un « outil de développement majeur pour notre commune »…). Il peut aussi se demander pourquoi le directeur ou sa directrice est aussi autonome dans la gestion de la politique touristique locale et « d’ailleurs, c’est comme à la médiathèque, pourquoi autant de salariés alors que tout se passe désormais par Internet ». La tentation de la reprise en main peut être forte. Surtout si l’Office de Tourisme est d’abord perçu comme un adversaire et comme un poste de dépenses. Ou bien que l’Office de Tourisme apparaît comme un outil de reconnaissance, à sa main, plus qu’au service du tourisme, des touristes, des pros du tourisme et des habitants. Mais cela, nous sommes bien d’accord, nous ne le voyons pas en France 🙂

On assiste heureusement à des situations bien plus favorables et fréquentes. Des élus, conscients de l’importance du tourisme pour l’attractivité et le développement local, pour l’animation des visiteurs et des habitants, pour la capacité à générer des animations et des images positives, pour faciliter des retombées pour le territoire, s’intéressent avec passion au sujet. Et de bons résultats touristiques naissent alors d’une alliance intelligente entre une direction d’Office de Tourisme, qui sait impliquer son équipe et ses socio-professionnels, de même que des ambassadeurs locaux et une nouvelle présidence. Pour rappel, l’infographie réalisée et publiée par ADN Tourisme en décembre 2019 rappelle que la majorité des OT sont de statuts associatifs à 38%, pour 26% d’EPIC, 9% de régies, autant de SPA.

Un ouvrage pratique


Pour tout cela, il faut de l’information, de la pédagogie et de l’accompagnement. D’autant plus quand on se souvient dans quel contexte se sont déroulées les élections municipales de 2020, en deux tours très éloignés, avec un taux de participation très faible, contribuant par endroits à des choix d’équipes par une petite partie de la population locale. 2020 et 2021, années si particulières au cours desquelles le tourisme, le commerce, la culture sont les autres grands malades de notre société. Et pourtant, ces trois secteurs sont liés car ils participent au dynamisme local. C’est pourquoi, accompagner les nouveaux élus délégués au tourisme, ceux de 2020 et ceux à venir de 2021 est une priorité absolue. A cet effet, de nombreux outils sont à disposition. Comme ceux par exemple de la Banque des Territoires, ou bien encore le kit du CNFPT pour aider les personnels territoriaux à accompagner les nouveaux élus.

Vous pouvez aussi lire le bel ouvrage spécialisé sur le tourisme que notre ami et blogueur Brice Duthion vient de commettre aux Editions Territorial. En une centaine de pages précises et agréables à lire, il rappelle l’importance du tourisme pour l’attractivité des territoires, ainsi que les rôles et moyens de l’élu local en charge du tourisme. La compréhension des arbitrages politiques, la collaboration avec les services techniques et administratifs, l’importance du tissu local sont soulignés. Un long développement expose la méthodologie de conduite de l’élément fondateur de la politique touristique locale, le schéma de développement touristique. Les types d’Offices de Tourisme, les rapports entre l’élu et l’Office, ainsi que les financements sont clairement exposés. Nous vous recommandons cette lecture que vous pouvez commander sur le site des éditions Territorial (45 euros).

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François Perroy est aujourd’hui cofondateur d'Agitateurs de Destinations Numériques et directeur de l’agence Emotio Tourisme, spécialisée en marketing et en éditorial touristiques. Il a créé et animé de 1999 à 2005 l’agence un Air de Vacances.  Précédemment, il a occupé des fonctions de directeur marketing au sein de l’agence Haute Saison (DDB) et de journaliste en presse professionnelle du tourisme à L’Officiel des Terrains de Camping et pour l'Echo Touristique. Il [...]
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