Le désormais très connu Welcome City Lab lance son  5ème appel à candidatures destiné aux startups françaises et internationales du tourisme urbain. D’ici le 17 décembre à minuit, les startups qui souhaitent se faire incuber par le premier lab dédié au tourisme dans le monde peuvent candidater ici

Le WCL fait aujourd’hui tellement partie du paysage touristique français que l’on oublie facilement que cet organisme a vu le jour il y a à peine cinq ans! Depuis, le Lab a fait des petits, en témoigne ce réseau de labs en France et à l’international, avec l’emblématique MT Lab de Montréal.

En 5 ans, selon un pré-bilan, le Wellcome City Lab aura incubé 100 startups avec de beaux succès comme Guest to Guest : 

 

Cette cinquième année de fonctionnement de l’incubateur parisien est l’occasion pour le blog de poser quelques questions à Laurent Queige, son initiateur et délégué général.

Laurent, après cinq années de fonctionnement du WCL, quels sont les grands enseignements sur l’innovation dans le tourisme ?

Laurent Queige  : La première est le phénomène générationnel de l’entrepreneuriat, qui est un excellent signe sur l’évolution de la société française. De plus en plus de jeunes n’hésitent plus à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, y compris en démissionnant de leur confortable CDI en grande entreprise. Ils veulent vivre leur vie d’entrepreneurs et aller jusqu’au bout de leurs convictions et de leurs passions. Les proportions qu’a pris ce phénomène auraient été inimaginables il y a encore 15 ans. Le mérite du Welcome City Lab a été probablement d’avoir su entendre et capter ce phénomène avant d’autres.

La deuxième est que le tourisme attire beaucoup de jeunes qui ne sont pas originaires de ce secteur. Ceci est un signe de sa vitalité économique, partout sur le territoire français. L’intérêt est qu’ils apportent un regard neuf sur nos métiers. L’inconvénient est qu’ils méconnaissent fortement les – nombreuses – contraintes de ce milieu, considéré à tort comme peu réglementé. D’où l’intérêt de lieux de formation opérationnelle comme les incubateurs. Ce qui est étrange – et décevant – c’est que très peu d’entre eux proviennent de l’enseignement supérieur du tourisme. Ceci devrait l’amener à réfléchir aujourd’hui sur la question de son adéquation avec l’évolution des besoins en qualifications professionnelles de notre temps.

Le troisième est que l’innovation est aujourd’hui beaucoup mieux intégrée par les acteurs traditionnels du tourisme qu’il y a 5 ans. Auparavant, ils étaient soit dans le déni, soit dans la méfiance, soit dans l’incompréhension. Avec le temps, et parfois sous la contrainte de leurs propres clients, les grandes entreprises comme les acteurs institutionnels se sont progressivement familiarisés avec l’écosystème de l’innovation, son langage, ses codes, ses fonctionnements, telle « l’innovation ouverte », concept central, ou telle l’expérimentation, ou « preuve de concept » (POC). Peut-être peut-on y voir là le résultat d’années de sensibilisation orchestrée non seulement par le Welcome City Lab, mais aussi par d’autres incubateurs ou acteurs comme BPI France ou la French Tech. Le revers de la médaille est qu’aujourd’hui ces acteurs traditionnels sont devenus plus exigeants à l’égard des incubateurs, car ils se sont professionnalisés, et attendent maintenant des accompagnements plus complexes et plus fins.

 

Aujourd’hui, pour une startup qui a une idée de produit ou de services dans le tourisme, quelles sont les premières choses à faire ?

La première chose est de vérifier que son idée ne repose pas uniquement sur une intuition personnelle qui, si bonne soit-elle, peut être incomplète, voir biaisée. Il faut aller chercher des preuves concrètes que le marché valide l’idée ou le service, par tous les moyens : enquêtes, rencontres professionnelles, contacts avec les clients potentiels, réunion d’un ensemble de signaux faibles, via des articles de presse ou la participation à des évènements de son écosystème.

Et pour un territoire ?

Idem, dans un contexte néanmoins très différent : la startup démarre en général ex nihilo, alors qu’un territoire part avec des caractéristiques intrinsèques (population, position géographique, sites culturels, etc) qui complexifient l’équation de départ.

Est-ce que tout a été inventé dans les outils digitaux touristiques ? Est-ce que l’innovation en etourisme, c’est fini ?

Pas du tout, l’humanité n’a jamais fini de créer ! Je me souviens que, les premiers temps après la création du Welcome City Lab, nous nous posions la question « : « Mais, toutes ces idées innovantes ne vont-elles pas finir par se tarir un jour ? ». Et bien non, nous sommes émerveillés de constater que les nouvelles startups qui se présentent à nous sont tout aussi innovantes que celles d’il y a 5 ans. Elles se lancent toujours à partir d’une idée simple, qui peut s’énoncer en quelques phrases, et qui suscite souvent la réflexion : « Mais c’est vrai, pourquoi n’y avait-on pas pensé auparavant ? ».

 

Quelles sont les tendances dans les nouveaux services développés par les start-up?

Pour le savoir, je vous invite à lire notre dernier cahier des tendances de l’innovation dans le tourisme et les voyages, que nous venons de publier. Il est téléchargeable gratuitement sur notre site : http://welcomecitylab.parisandco.paris

Nous en avons identifié cinq : les idées pour lutter contre les phénomène de surtourisme, celles qui relèvent de la stimulation des 5 sens des visiteurs, les nouveaux lieux touristiques hybrides, comment le travail sur les émotions des visiteurs peut devenir le cœur de l’expérience client, et comment les approches prédictives vont révolutionner la relation entre les sites et les touristes.

L’idée centrale de ce cahier-tendances, unique au monde, est de détecter les tendances de l’innovation qui vont impacter les professionnels du tourisme, à partir d’une analyse des startups récemment créées à l’échelle internationale. Nous faisons le pari que les startups sont aux avant-postes de l’innovation et sont des sentinelles qui nous donne des informations précieuses sur les phénomènes qui vont concerner les acteurs plus traditionnels du monde du tourisme.

Traduit en anglais, il bénéficie d’une audience d’environ 30.000 lecteurs qualifiés à l’échelle internationale. Il est devenu avec le temps la meilleure carte de visite du Welcome City Lab, et la démonstration de notre capacité à décrypter l’univers complexe de l’innovation pour l’ensemble des acteurs du tourisme.

 

Il y a toujours une forte appétence des territoires, que ce soit en france ou à l’international, à développer et installer des Tourisme Lab. Où en est le réseau ?

Il avance bien. Le réseau France Tourisme Lab a été créé officiellement il y a deux ans par l’Etat au sein de la Direction Générale des Entreprises (DGE) du Ministère de l’Economie et des Finances. Le Welcome City Lab y joue le rôle de grand frère qui communique à ses homologues les bonnes pratiques pour créer, gérer et animer un incubateur dans le domaine du tourisme. Je suis souvent sollicité pour les conseiller sur tel ou tel aspect de leurs projets. Les modèles économiques constituent une question majeure, car il n’existe pas de financement national d’ensemble, contrairement à l’Espagne qui a créé l’organisme Segittur, une sorte d’Atout France de l’innovation touristique. Chaque incubateur essaie donc de trouver son propre modèle en fonction des acteurs institutionnels et professionnels locaux. Ainsi, BPI France joue un rôle majeur dans celui du Welcome City Lab, ce qui n’est pas forcément le cas ailleurs.

 

Notre spécificité étant le tourisme urbain, ce qui est logique compte tenu dans notre localisation à Paris, il y a de la place pour des incubateurs qui s’adressent à d’autres types de territoires, comme la montagne, le littoral ou le rural par exemples. Les structures existantes à ce jour sont : Open Tourisme Lab (Nîmes), Provence Travel Innovation (Aix-en-Provence), Angers Tourism Lab (Angers), Slow Tourisme Lab (Troyes), Oenotourisme Lab (Châlons-en-Champagne) et Welcome City Lab (Paris). D’autres projets sont en cours d’élaboration en Nouvelle-Aquitaine, en Savoie, dans les Hauts-de-France, etc. Le réseau organisera son évènement annuel le mardi 4 décembre prochain au musée du Quai Branly à Paris.

Par ailleurs, le Welcome City Lab, très sollicité par d’autres métropoles étrangères, ainsi que par des universités et des écoles, travaille activement à la création d’un réseau international d’incubateurs touristiques. L’objectif principal que nous poursuivons est de favoriser le développement international de nos startups les plus matures en leur donnant la possibilité d’être aidées par d’autres incubateurs à s’implanter dans des métropoles touristiques majeures et à les connecter avec l’écosystème local du tourisme et de l’innovation. L’idéal serait de créer une forme d’ « Erasmus des startups du tourisme » et de favoriser les échanges de part et d’autre. Notre premier partenaire est l’incubateur MT Lab à Montréal, dont nous avons accompagné la genèse et le lancement. Nous faisons actuellement de même au Bénin, avec le soutien de la Banque Mondiale. Nous sommes en discussion avec d’autres incubateurs aux Etats-Unis, en Thaïlande, au Japon, au Portugal et en Scandinavie. Ces échanges internationaux sont passionnants et stimulants.

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Jean Luc Boulin est directeur de la Mission des Offices de Tourisme Nouvelle-Aquitaine (MONA). Cette structure, unique en France, regroupe les Pays Touristiques et les Offices de Tourisme de Nouvelle-Aquitaine. Elle est soutenue par le Conseil Régional. Deux missions principales lui sont confiées : la structuration touristique des territoires et la professionnalisation. Dans ce cadre là, la MONA assure une veille permanente sur le etourisme et accompagne des expériences dans son réseau. Directeur de l’office de tourisme de l’Entre-deux-Mers (Gironde) et du pays d’accueil touristique du même nom pendant plus de dix ans, Jean Luc Boulin dirige la MONA depuis sa création en 2003. Le manque de source d’information au même endroit sur le etourisme institutionnel et le besoin d‘échanger sur cette formidable mutation du métier des offices de tourisme vers l’Internet ont donné l’idée à Jean Luc Boulin de créer ce blog “etourisme.info”, qui se veut être le creuset de l’etourisme institutionnel sous toutes ses formes. Jean-Luc Boulin est également enseignant en Master Tourisme AGEST (aménagement et gestion des sites et territoires touristiques) à l'université de Bordeaux Montaigne. Le site Internet de la MONA. |Email : jlboulin at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots). |Twitter : @JeanLucBoulin