sharing economy by Libby Levi

Même si les offices de tourisme ont pris conscience de l’irruption des nouveaux acteurs de l’économie collaborative dans le paysage local, même si on dit souvent qu’il vaut mieux travailler AVEC les AirBnb, Vizeat et Couchsurfers plutôt que contre, même si on veut évoluer en ce sens, il y a encore peu d’expérimentations en ce sens.

C’est pourquoi l’aventure de l’office de tourisme Val de Garonne (Marmande, Lot-et-Garonne) est vraiment intéressante. Ou comment ouvrir l’office aux acteurs de l’économie collaborative?

De quoi s’agît-il ? Comme l’explique Marion Oudenot, en charge du développement dans cet EPIC résolument dynamique et innovant, « A l’Office de Tourisme du Val de Garonne, nous avons décidé de profiter du dynamisme de ces acteurs (de l’économie collaborative) pour nous réinventer et nous repositionner. « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », Disons que nous voyons les choses du côté des opportunités ! nous ne devons pas sous-estimer les pratiques des générations Y et Z qui en plus d’être connectés, sont de fervents utilisateurs des pratiques de l’économie collaborative. Notre « stratégie accueil » se doit d’être en phase avec les attentes de ces clients et leurs nouvelles façons de consommer un territoire touristique. »

Une rencontre avec Samuel Roumeau, connector dans la communauté Ouishare, a permis de lancer ce projet : intégrer l’offre de l’économie collaborative dans celle de l’office de tourisme.

Les avantages ne sont pas négligeables, pour Marion :

  • S’adresser à une cible plus jeune, connectée, la génération de touriste d’aujourd’hui
  • Acculturer les partenaires historiques à ces pratiques émergentes
  • Considérer les acteurs de l’économie collaborative comme des partenaires permettant de générer des flux supplémentaires
  • Créer une dynamique et rendre le territoire plus attractif
  • Réaffirmer l’identité du territoire en valorisant les locaux et le patrimoine
  • Rester en phase avec l’évolution de la société et ces modes de consommation

 

Six start-ups motivées par un partenariat

Ceci dit, l’office de tourisme ne s’est pas contenté de lister les meublés AirBnB sur le site Internet de la destination. L’idée d’une véritable collaboration avec les acteurs du collaboratif va plus loin. En rencontrant des start-ups et entreprises du collaboratif, pour la majorité basées en Nouvelle-Aquitaine (d’où la proximité), des partenariats se sont envisagés.

Les six start-ups sélectionnées par l’office de tourisme ont répondu positivement pour envisager un partenariat. Voici quels sont ces nouveaux acteurs :

  • Startup Caramaps -> application gratuite d’informations pratique pour camping-cariste. Mais aussi communauté d’hébergeurs particuliers et professionnels pouvant accueillir les campingcars dans leur jardin, dans leur ferme, leur vignoble et tout autre lieu atypique –
  • Startup Otoktone -> implantée en Dordogne, cette plateforme d’activités locales met en relation des acteurs locaux proposant des activités plutôt originales ou très insolites www.otoktone.fr
  • Startup Yescapa (ex Je loue mon camping-car) -> plateforme de location de camping-cars et de vans aménagés entre particuliers. www.yescapa.fr
  • Startup Samboat -> plateforme de location de bateaux entre particuliers www.samboat.fr
  • Startup CForGood -> plateforme web et mobile qui connecte les commerçants locaux et responsables avec des citoyens désireux de consommer autrement. www.cforgood.com
  • Startup Vizeat -> plateforme permettant la réservation de repas chez l’habitant. www.vizeat.com

Quelle a été la réponse de ces startups ? « Au fil des échanges, nous raconte Marion, nous nous sommes vite rendu compte que ces startups avaient effectivement une place et un rôle à jouer au sein de notre organisation. Mais le plus flagrant, et c’est ce qui est finalement le plus important, c’est l’essence même de nos motivations respectives. Nous sommes tous animé par la même ambition, celle de vouloir faire vivre une expérience unique et authentique aux touristes, de leur faire rencontrer des locaux, de transmettre des valeurs positives et de rendre les villes et les territoires attractifs.

 

Même si les idées ont fusé, nous ne présenterons ici que deux exemples de ce partenariat avec les acteurs de l’économie collaborative. Ces deux projets sont vraiment sur les rails.

 

Les propriétaires de camping-car, nouveaux prestataires de l’office de tourisme ?

Avec Yescapa, qui fédère une énorme communauté de propriétaires de camping-car, l’idée a été d’utiliser les véhicules des propriétaires du territoire (et autour) comme des hébergements potentiels supplémentaires.

Yescapa (anciennement jelouemoncampingcar) est une startup bordelaise créée il y a 4 ans. Elle emploie actuellement 30 personnes, a su simplifier et sécuriser la location de véhicules de loisirs en créant la première application mobile et gratuite dédiée à cette pratique. Forte d’une communauté de plus de 85 000 utilisateurs, elle recense plus de 100 000 jours de location et 2 875 véhicules y sont actuellement référencés

Pourquoi établir ce partenariat ? Cela permettra à l’office de tourisme de proposer un mode d’hébergement alternatif : venir en vacances en Val de Garonne et loger dans un camping-car ! Idée qui permet de créer un parc d’hébergement éphémère par exemple lors d’un festival. L’’objectif est également de fédérer une communauté de loueurs de camping-car qui va venir renforcer le réseau des partenaires existants. Mais cela permet aussi de toucher une nouvelle cible de clientèle !

Cela ne se fera pas du jour au lendemain. L’office de tourisme en est à à la phase de préfiguration, reste encore celle de sensibilisation, de fédération et d’animation de cette future communauté.

 

Réinventer la carte d’hôte

Tous nos lecteurs connaissent la limite de ce dispositif, extrêmement pertinent dans son objectif, mais difficile à animer, et assez peu plébiscité par les touristes en dehors des stations.

Lorsque Marion a rencontré la startup Cforgood, elle a vite imaginé comment utiliser cette initiative sur son territoire.

Que propose cette startup ?

CforGood est une entreprise sociale bordelaise, qui connecte les commerçants adoptant des démarches locales et responsables à des citoyens qui veulent consommer autrement. C’est une plateforme collaborative accessible sur PC, tablette et mobile (ce n’est pas une application) qui permet aux utilisateurs de localiser les commerces responsables qui se trouvent autour d’eux et de bénéficier des bons plans proposés chez chacun d’entre eux simplement en montrant leur carte de membre. Cette carte est accessible à travers une participation libre qui est reversée à l’association/projet positif de leur choix. 

L’Office de Tourisme a vu dans ce dispositif innovant le moyen de réinventer le sempiternel Pass Tourisme (ou la carte d’hôte) qui regroupent dans un livret ou chéquier des réductions chez les partenaires touristiques du territoire.

Pourquoi donc ne pas offrir l’accès à Cforgood à tous les visiteurs du moment qu’ils ont passé une nuit sur le territoire ? Les offres sont directement accessibles, et peuvent être même boostées lorsque le visiteur est à proximité. Elles sont beaucoup plus nombreuses car elles incluent les commerçants.

De plus, l’opération mobilise le visiteur car il sait qu’une partie du prix de sa carte d’hôte sera reversée à une association locale, par exemple de valorisation du patrimoine.

Au lieu de créer une nouvelle application, l’office de tourisme a su utiliser une solution existante, en finançant un léger développement !

Photo Dennis Skley

De la bonne conjonction stratégique avec d’un coté, un office de tourisme qui a des projets innovants et de l’autres des acteurs du collaboratif, en esprit startup qui trouvent là des partenaires engagés pour un développement territorial.

C’est une belle histoire, non ?

 

 

 

 

PARTAGER
Article précédentUn aménagement très touristique
Prochain articleUn p’ti canevas pour débuter la semaine ?
Jean Luc Boulin est directeur de la Mission des Offices de Tourisme Nouvelle-Aquitaine (MONA). Cette structure, unique en France, regroupe les Pays Touristiques et les Offices de Tourisme de Nouvelle-Aquitaine. Elle est soutenue par le Conseil Régional. Deux missions principales lui sont confiées : la structuration touristique des territoires et la professionnalisation. Dans ce cadre là, la MONA assure une veille permanente sur le etourisme et accompagne des expériences dans son réseau. Directeur de l’office de tourisme de l’Entre-deux-Mers (Gironde) et du pays d’accueil touristique du même nom pendant plus de dix ans, Jean Luc Boulin dirige la MONA depuis sa création en 2003. Le manque de source d’information au même endroit sur le etourisme institutionnel et le besoin d‘échanger sur cette formidable mutation du métier des offices de tourisme vers l’Internet ont donné l’idée à Jean Luc Boulin de créer ce blog “etourisme.info”, qui se veut être le creuset de l’etourisme institutionnel sous toutes ses formes. Jean-Luc Boulin est également enseignant en Master Tourisme AGEST (aménagement et gestion des sites et territoires touristiques) à l'université de Bordeaux Montaigne. Le site Internet de la MONA. |Email : jlboulin at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots). |Twitter : @JeanLucBoulin