Mon article de ce jour sera bref, car il traite de la capacité à faire mieux avec moins, autrement dit de la frugalité par l’innovation. L’esprit “less is more” n’est pas neuf mais il prend un nouveau tournant avec notamment Navid Radjou, franco-indien installé en Californie qui le développe dans les cercles entrepreneuriaux et médiatiques. Ici une belle intervention de sa part en français pour la MAIF (deuxième vidéo), là un autre de ces propos en anglais

Jugaad est un mot hindi qui est traduit dans nos contrées par système D, ou de manière plus élégante par solution improvisée née de l’ingéniosité. Les pays émergents sont très adeptes de ces démarches qui transforment les contraintes en opportunités. Notamment dans l’agriculture et l’artisanat, mais pas seulement, dans l’économie industrielle, également de pointe. Bien entendu, le numérique est largement appelé et mis à contribution.

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Si l’on retient que le subir est pénible, à l’inverse le choisir est mieux. Ou dit en radjounien, “la rareté peut ne pas être une privation mais une émancipation”. La génération Y qui n’achète presque plus de voitures, mais les partage, avec le succès que l’on sait de Blablacar et compagnies, en est un brillant exemple. Les makers qui inventent des solutions faites maison, en sont aussi des exemples probants. 

Tout le monde semble pris par la réflexion qui remet en question notre manière d’engager de la recherche et du développement. Ici l’industriel français Legrand, là le magazine L’Expansion. Pour mieux comprendre tout cela, un hub ou cluster en cours déploiement et un doc de Cap Gemini faisant le lien avec l’innovation numérique.

Et dans le tourisme institutionnel, comment parler le jugaad ? Bah, vous y êtes déjà avec des moyens en réduction sensible depuis des années qui vous invitent à l’innovation permanente. Mais peut être il y a-t-il à se poser des questions avec les deux réformes en cours : la loi NOTr qui confère aux intercos les offices de tourisme à compter du 1er janvier 2017 et avec la nouvelle régionalisation. Je prendrai ce dernier point pour glisser une suggestion d’innovation : 

  • à nouvelles régions, nouveaux marchés touristiques de proximité 
  • à nouveaux marchés touristiques de proximité, nouvelles capacités d’étonnement et de conviction de touristes auparavant extérieurs, désormais internes (vos outils statistiques prendront en compte ces modifications de provenance)
  • il me semble du coup que vos offices de tourisme doivent mieux intégrer des contenus permettant l’inter-connaissance des nouvelles régions : un habitant de la Vienne pourra être intéressé pour mieux découvrir, depuis chez lui et depuis son office de tourisme local les stations côtières des Landes appartenant désormais à la même région, ou un Lyonnais pourra être sensible aux attraits de Clermont et de son parc naturel. Le développement d’un esprit d’appartenance et d’une envie de découverte prioritaire me paraît être une innovation dans l’esprit less is more : moins loin, moins cher, découvertes plus fréquentes…
  • les offices de tourisme peuvent ainsi devenir de super ambassadeurs d’un tourisme intra-régional dont les coûts d’action et de mutualisation seront ainsi renforcés

Et à l’argument facilement opposable qui consiste à rappeler qu’un OT travaille d’abord pour son territoire de destination, rappelons que les initiatives telles que Mon week end à Lyon sont déjà dans cette veine.

Autres innovations en vrac :

  • apprendre à abandonner certaines missions (la commercialisation des hébergements, franchement !),
  • clairement se poser la question de la pertinence des moyens entre un petit OT strictement local et une médiathèque qui accueille du public y compris les samedis et dimanches
  • je vous laisse imaginer, beaucoup de choses sont possibles, à commencer par une réflexion poussée sur l’optimisation des relations et de la billetterie de spectacles locaux, générateurs de flux physiques ou numériques au cours desquels des messages touristiques up-sellés peuvent être glissés

Le tourisme institutionnel offensivement frugal, voilà ce qu’il vous faut amplifier car vous êtes déjà sur la pente par la force des choses. Je vous laisse imaginer de bien belles innovations à partir de ces éléments d’inspiration. Et, clin d’oeil à la marge, si vous cherchez un moyen sympa, partageable, esthétique et économiseur de moyens pour faciliter votre promotion, regardez cette belle idée d’habillage de sacs et valises de voyages par des commanditaires via Orion, qui pourraient désormais être vos destinations. Mais cela est un autre sujet.

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François Perroy est aujourd’hui cofondateur d'Agitateurs de Destinations Numériques et directeur de l’agence Emotio Tourisme, spécialisée en marketing et en éditorial touristiques. Il a créé et animé de 1999 à 2005 l’agence un Air de Vacances.  Précédemment, il a occupé des fonctions de directeur marketing au sein de l’agence Haute Saison (DDB) et de journaliste en presse professionnelle du tourisme à L’Officiel des Terrains de Camping et pour l'Echo Touristique. Il écrit par ailleurs des ouvrages et articles techniques sur le tourisme ainsi que des créations plus personnelles. Contact : fperroy at etourisme.info (cette adresse apparait en clair pour éviter les robots)