Note de la rédaction :
Durant la crise, les différents contributeurs au blog ne peuvent pas faire comme s’il n’y avait pas de #COVID_19. Nous nous sommes réunis (virtuellement !) pour vous apporter des réponses adaptées face au défi que notre société et notre secteur du tourisme affrontent. Nous vous proposons donc des billets de blog adaptés et plus nombreux, de nouveaux formats, des réflexions et des outils pour passer le temps du confinement sans le perdre. N’hésitez pas à nous faire vos propositions et retours.

En ces temps de confinement, on ne peut que s’enthousiasmer de la chance qui nous est donnée de rester connectés à nos proches grâce aux technologies. L’Internet reprend son rôle le plus vertueux, être une fenêtre ouverte sur le monde.
Débute ici une série de billets qui relateront sous diverses formes l’état du monde et du tourisme face à une crise sanitaire généralisée.

C’est ainsi que je suis partie aux nouvelles du Japon, où réside et travaille mon amie Junko, contactée tôt ce matin par messenger.

Junko Sasaki, cadre tokyoïte, raconte : 

LAURENCE : Où habites-tu ?
JUNKO : Tokyo, Japon.

L : Quel est ton métier ?
J : Je travaille dans la section Contrôle et Management de la division Création des films publics comme assistante de direction.

L : Par rapport au coronavirus, quel est ton quotidien en ce moment ? Est-ce différent par rapport à d’habitude ?
J : Pour moi, sans enfants la vie quotidienne n’est pas trop changée. Mais je commence à travailler un peu plus tard le matin et je rentre plus tard le soir, car il y a trop de monde simultanément dans les transports publics, spécialement ici à Tokyo. C’est pour éviter la congestion que notre gouvernement demande aux gens de décaler leurs horaires de travail, en considérant que c’est une façon d’éviter l’infection.
Peut-être qu’en France, vous n’imaginez pas la situation comme ça …, mais à Tokyo c’est normal donc j’ai un peu l’habitude.

En plus chez nous, nous n’étions pas très avancés pour le telework avant le coronavirus. Mais dans la situation actuelle, ça change petit à petit. Il y a beaucoup de sociétés qui mettent en place le telework. La société dans laquelle je travaille aussi.

L : A combien de semaines de vacances les japonais ont-ils droit ?
J : 10 jours minimum légal par an. Moi, dans ma société, nous avons 10 jours supplémentaires.

L : Tu m’as dit que tu es en vacances en ce moment : As-tu changé tes vacances en raison du coronavirus ?
J : Non, ce n’est pas à cause de ça. Je reste à la maison parce que ma société m’oblige à prendre 10 jours consécutifs, mais ce n’est pas réalisable, je suis obligée de travailler à la maison. Donc je n’avais pas prévu de partir en séjour.
C’est la révolution de style de travail au Japon*.

L : Avais-tu prévu des voyages plus tard dans l’année ?
J : Oui. Pendant les vacances d’été.
J’aimerais revenir visiter la France. Mais je vais sûrement changer, ça dépend de la situation. J’attends la fin de l’épidémie.

L : Es-tu inquiète de la tenue des Jeux Olympiques à Tokyo en juillet ? Penses-tu qu’il faut les maintenir cet été ?
J : Oui, beaucoup.
Ici on parle énormément des JO. Si c’est possible comme prévu de les maintenir en Juillet, ce serait bien. Mais en même temps, il faut envisager la possibilité de reporter après l’épidémie de coronavirus en pensant aussi aux athlètes.

L : Est-ce que les japonais font des stocks de nourriture ?
J : Oui, on dit qu’il faut garder des stock de nourriture pour trois jours. Chez nous, il y a des séismes souvent, nous sommes habitués aux désastres de la nature*. On peut dire que c’est une sorte de désastre de la nature, ce coronavirus.

L : Achètent-ils beaucoup trop de papier toilette ? (en France tout le monde achète beaucoup de papier toilette en ce moment)
J : Oui, pareil. On sait, c’est des fous.

L : Peux-tu m’envoyer une photo qui révèle la situation aujourd’hui au Japon ?

* Junko m’a écrit directement en français, si j’ai corrigé quelques fautes et tournures, j’ai laissé des expressions en l’état, révélatrices d’une pensée intraduisible.

On fait le point.

Au Japon, le premier cas a été détecté le 15 janvier.
Mardi 17 mars, les chiffres officiels du gouvernement japonais établissaient 824 cas de contaminations et 28 décès. En termes de mesures préventives, on teste 900 personnes par jour au Japon (ce qui est, pour comparaison, dix fois moins qu’en Corée du Sud pour une population plus faible).

Les japonais ne sont pas confinés.
Le gouvernement a décrété la fermeture des écoles élémentaires et les collèges (contrairement aux crèches, maternelles et universités) et encourage au télétravail. Shinzo Abe, le premier ministre japonais, mise sur les habitudes d’hygiène des japonais (qui n’ont aucun problème à porter un masque et à se laver les mains), ainsi que sur leur discipline habituelle, c’est la raison pour laquelle les rassemblements ne sont encore que “déconseillés”.

Les frontières ne sont pour l’heure pas fermées, mais il est demandé aux ressortissants de pays étrangers à risque de respecter une quarantaine de deux semaines à leur arrivée dans le pays.

Pour évoquer la question touristique, on voit bien que la tendance est au “wait and see”, d’autant que les japonais ont très peu de vacances. Ils favorisent souvent un tourisme de proximité, phénomène qui risque d’être renforcé par la crise sanitaire. Ce qui n’est (évidemment) pas une bonne nouvelle : la France est la première destination européenne au Japon, qui représente 650 000 visiteurs annuels (dont presque la moitié sont des repeaters, et dont la dépense moyenne est plus élevée que la moyenne des touristes internationaux : 192 €/jour contre 142€/jour).

Côté Japon, j’illustrerai l’effondrement de la fréquentation touristique actuelle par un “dommage collatéral” survenu à Nara, située dans le Kansaï (au centre de l’archipel). Les cerfs, qui y sont vénérés et y vivent en liberté, sont devenus une véritable attraction touristique. Jusqu’à lors nourris par les visiteurs de craquelins de riz, ils envahissent maintenant la ville à la recherche d’herbe fraîche ou de toute autre denrée.
Nara et ses cerfs Sika, ce sont 1,65 millions de visiteurs par an, pour une ville de 370 000 habitants.

Capture d’écran, article paru sur le Huffington Post le 17 mars 2020

Autre forme de tourisme, les centaines de milliers de personnes attendues cet été pour les Jeux Olympiques de Tokyo, prévus à compter du 24 juillet 2020. Alors que l’UEFA a assez vite pris la décision de reporter l’Euro de football, le Comité International Olympique ne s’est pour l’instant pas prononcé sur un éventuel report de l’évènement. Ce serait une première historique.
By the way, 69,9% des japonais “n’imaginent pas la possibilité d’un maintien des JO”, et 45% de la population se formule carrément contre. De plus, l’un des deux vice-présidents du Comité Japonais Olympique vient d’être testé positif au coronavirus.
Le Japon se dirige vraisemblablement vers un report, et un manque à gagner certain pour toute l’industrie touristique.

Le Japon, c’est aussi la troisième puissance économique mondiale, et Shinzo Abe, le premier ministre, a réuni jeudi 19 mars au matin un certain nombre de ses ministres ainsi que le Gouverneur de la Banque du Japon, pour bâtir un plan de relance qui devrait être mis en œuvre en avril. Ce plan économique est constitué d’un ensemble de mesures (dont le détail n’est pas encore connu) et sera doté de 278 milliards de dollars.

Pour finir avec le sourire, à l’instar de nos amis japonais d’égale et permanente bonne humeur, Slate nous rapporte un aspect positif de la pandémie : devant une rumeur de pénurie de lait, les japonais en ont acheté massivement. Trop, en fait. Pour ne pas gaspiller, ils ont remis au goût du jour une recette ancestrale de fromage !