Principe en démocratie : la collectivité est plus intelligente que l’unité. Ou dit autrement, la société est supérieure dans ses analyses, débats et choix que l’oligarchie. Pourtant à bien regarder la manière dont évolue notre monde on peut s’interroger sur la valeur désormais accordée à ce principe. Et bien, il me semble que l’Organisme de Gestion de la Destination touristique est encore un tenant de cette manière démocratique d’organiser et de prévoir le tourisme. Plusieurs exemples récents ne doivent pas nous faire douter qu’il y de bonnes décisions à prendre. Je prends trois exemples qui me paraissent éclairants. Suivez-moi.

Au Royaume-Uni

Le premier se situe à Bridlington, une ville moyenne sur la côte du Yorkshire au Royaume-Uni. Là, nous rapporte la BBC, pour promouvoir le tourisme hors saison, en l’occurence en octobre, un autobus est mis à disposition des habitants de la ville de Sheffield à 80 miles de là, pour se rendre en week-end gratuitement sur place. Le principe oblige à avoir réservé deux nuits sur place pour bénéficier de l’opération. Certes il s’agit de développer le tourisme, tant mieux pour l’économie locale, mais en dehors des périodes de forte affluence. C’est intelligent du point de vue marketing et ça l’est au regard des probables besoins de régulation des flux et des conditions de transports qui tendent vers du collectif. L’Office de Tourisme local a inventé cette solution avec ses socio-professionnels. Le collectif démontre sa capacité d’action.

A Minorque

Deuxième exemple, l’île de Minorque, qui n’est pas si mineure que cela. Bien différente des autres îles des Baléares, elle a su préserver sa nature, son agriculture, ses traditions, son art de vivre. Restée fidèle au gouvernement républicain pendant la guerre civile, Minorque est ignorée par le franquisme et reste à l’écart du saccage immobilier qui a emporté les autres îles de l’archipel. Chance ! Mais une chance née d’engagements pour des valeurs fortes de la part de sa population. Deuxième chance, en 1993, l’île est reconnue par l’UNESCO comme réserve de biosphère. Que se passe-t-il là bas ? L’île mise sur un tourisme responsable et culturellement haut de gamme. L’agritourisme se développe et vise un créneau honnêtement rémunérateur pour les acteurs locaux. Quelques exemples sont à découvrir sur ce blog du magazine Capital.

Plus que cela, la politique touristique est clairement orientée vers une forme de confidentialité. L’île se mérite et son site web touristique officiel le confirme rien que dans son style et ses contenus. Et désormais, c’est l’ensemble des îles des Baléares qui se posent des questions et agissent, mais à contre courant des années passées, en conséquence de manière radicale. Le gouvernement local interdit clairement le tourisme de cuite qui a tant fait pour rendre le tourisme insupportable dans beaucoup d’endroits d’Espagne. Pour autant, tout n’est pas aussi simple qu’on pourrait l’imaginer : le business persiste, des intérêts contraires s’affrontent, mais une image de qualité s’installe. En 2019, l’île a accueilli un peu plus de touristes et a réalisé un volume d’affaires moins important. Preuve qu’il faut du temps et de la concertation pour affirmer des positions et réussir un pari au long cours.

Aux Pays-Bas

NBTC, le bureau du tourisme des Pays-Bas, va fermer ses représentations en Espagne, Italie et au Japon. La nouvelle stratégie touristique du pays, dont nous avions compris une composante lors de l’intervention de Nico Mulder aux ET14 à Pau en octobre 2019, vise à disperser les visiteurs internationaux dans le pays. Pour cela, le NBTC va privilégier ses efforts de conquête auprès de ses marchés traditionnels, constitués de “repeaters”, autrement dit de clients rémanents. Allemands, Britanniques, Belges, Français et Américains sont les bienvenus.

On en conclut que le primo étonnement est synonyme d’attroupement et de désagrément, pour les habitants. Peut-être aussi pour les touristes (20 millions d’arrivées internationales), qui se retrouvent coincés dans l’étroite Amsterdam. Là, des mesures sont décidés pour compliquer la vie des touristes et des entrepreneurs en mobilités (transports en commun, calèches attelées, loueurs de Segway, bateaux mouches…). Le pays a tant à offrir ailleurs (villes superbes, expositions des grands maîtres de la peinture, fromages, sabots, promenades en vélo, tulipes..). Une vidéo exprime très bien les avantages d’un tourisme mieux maîtrisé, vivable pour tous et profitable pour l’économie, ne l’oublions pas : le tourisme demeure une activité économique rentable. Mais il s’organise.

En conclusion, l’esprit de pondération, la concertation, mais aussi l’autorité née de la force collective permettent de piloter un développement touristique harmonieux. En tous les cas décidé. Il suppose une acceptation par les parties prenantes. On voit que plus les parties prenantes sont associées, plus elles sont impliquées. Une démarche de design thinking adaptée pour construire un développement maîtrisée peut être investie à cette fin. L’OGD est un outil d’animation utile pour qu’il soit reconnu et qu’il sache comprendre les positions de chacun. Cela suppose une bonne culture économique et une bonne capacité à poser, expliquer, faire partager et défendre une stratégie de développement économique et social.