Point de technologie dans ce billet mais bien de l’humain. En tant que seul rédacteur du Plat Pays au sein de l’équipe de etourisme.info, je vous propose aujourd’hui d’en savoir plus sur une des clientèles étrangères les plus importantes de France: les Belges. Nous serions, par exemple, la première clientèle hors France dans la belle région d’Alsace qui, il est vrai, n’est qu’à un jet de pierre de la frontière qui sépare nos deux pays mais à voir le nombre de plaques de voitures belges croisées lors de mon séjour breton en juillet, j’ai parfois l’impression que pendant les grandes vacances, tout mon pays passe la frontière pour se diriger dans toutes les régions touristiques de France.
Le Belge est donc bel et bien un enjeu économique pour le tourisme; mieux le connaître est dès lors intéressant pour les professionnels du tourisme de France. Je vais modestement essayer de vous permettre de mieux nous comprendre et ainsi encore mieux nous satisfaire 😉

Sire, Vous régnez sur deux peuples. Il y a en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges.

Jules Destrée, homme politique belge (1863-1936)

Il n’y a pas de belges ?

Ne faites pas comme TF1 qui avait inversé les deux régions il y a quelques années…

Je ne vais pas faire un cours d’histoire; cela nécessiterait un développement bien trop long pour expliquer la création de la Belgique en 1830, création artificielle nées des cendres de la débâcle napoléonienne et fruit de compromis politiques divers entre les vainqueurs du plus célèbre des Corses. Toujours est-il qu’on a construit un pays en associant deux peuples différents: les wallons, au sud du pays et les flamands, au nord. Deux langues différentes (voire beaucoup plus à l’époque des patois locaux) et deux cultures différentes qui trouvent déjà leur origine à l’époque de la domination romaine; la frontière linguistique entre wallons et flamands correspondant à la concentration de villas gallo-romaines différentes entre le Nord et le Sud. Mais bon; je m’arrête là pour les aspects historiques. Par contre la carte ci-dessus vous permettra d’y voir plus clair et de constater l’un des nombreux paradoxes belges: la Région de Bruxelles-Capitale, très majoritairement francophone est en plein territoire flamand (la ville de Bruxelles est d’ailleurs également la capitale de la Flandre). Cela pose d’ailleurs régulièrement différents conflits communautaires…

Et les blagues belges alors ?

Ah ça ! Disons qu’en raison de ces différentes communautés, on ne peut pas vraiment identifier UN accent belge; si nous reconnaissons volontiers que nous pouvons être identifiables (comme un Marseillais ou un Ch’ti peut l’être), il y a plutôt DES accents belges mais, celui des Bruxellois mis à part (et encore), si votre référence de l’accent belge ce sont les blagues de feu Carlos à l’époque des Grosses Têtes version Philippe Bouvard, on ne va pas être copains…
Pour découvrir ces différentes facettes du parler belge, je vous invite à visionner la séquence suivante:

Cela dit, wallons ou flamands, nous avons tous un sens de l’auto-dérision très prononcé et si une blague belge est drôle, elle nous fera rire autant que vous !
Si Wallons et Flamands parlent deux langues différentes, le Français pour les premiers et le Néerlandais pour les seconds, nous partageons malgré tout quelques traits culturels et sociaux communs; on ne gomme pas comme ça deux siècles d’histoire commune.

Particularités culturelles et sociales des “Belges”

On va entrer là dans le vif du sujet et sur qui nous distingue de vous, amis français.

Commençons par notre rapport à la nourriture. La gastronomie belge est très proche de la gastronomie française; nous sommes donc réceptifs et amateurs de la plupart de vos plats régionaux. Ce ne sont pas les restaurateurs français qui me contrediront; les belges contribuant largement à leur chiffre d’affaire.
Par contre, et c’est bon à savoir, nos horaires et attentes diffèrent quelque peu des vôtres; une sensibilisation des socio-pros sur les aspects que je vais développer ne serait pas inintéressante.

Tout d’abord, le premier repas des belges est le “déjeuner” (soit votre “petit-dej”), pris au lever et assez sommaire la plupart du temps: tartines ou céréales, tasse de café et c’est parti ! Je précise” la plupart du temps” car il y a forcément des exceptions.

Ensuite, on passe à midi au “dîner” (soit votre déjeuner; je sais vous aviez compris ou vous le saviez). Ici encore, quelques différences avec bon nombre de Français. À commencer par l’horaire: on passe à table plutôt entre midi et midi trente pour un repas relativement simple, à savoir un sandwich ou une “crasse” (frite, burger, kebab,…), voire nos propres tartines avec un peu de charcuterie ou de fromage. Bref, pas vraiment souvent une formule “entrée-plat-dessert”; à 13h, c’est plié. Pour ma part, étant une “bonne fourchette”, c’est toujours avec plaisir que je retrouve mes amis et confrères français lors de rencontres professionnelles ponctuées d’un repas de deux heures entre 13h et 15h. Ça change de mes habitudes !

Le “gros” repas est pris le soir: c’est le “souper”, qui comme son nom ne l’indique pas n’est pas une soupe. Là, pas de souci: vous pouvez sortir hors d’oeuvre, plat de résistance, dessert et si vous proposez aussi une assiette de formage, on ne dira pas non. Par contre, c’est “dur” (=difficile) pour nous en France: on passerait plutôt à table vers 18h30; attendre 19h nous force à compenser avec moult apéros au bistro local pour patienter jusqu’à l’ouverture du resto convoité 😉
Pour info, sachez que nos voisins (les nôtres, pas les vôtres) des Pays-Bas passeraient quant à eux à table déjà vers 17h30 ! Pour eux, c’est l’horreur.

Si les vacances scolaires sont chez nous aussi organisées en juillet et en août, le belge serait majoritairement un juillettiste, certains partant même déjà les derniers jours de juin. Bon à savoir pour anticiper l’exode belge et surtout, prévoir vos campagnes de marketing pour le marché belge.

Le Belge n’est pas un client difficile (même s’il y a aussi des imbéciles et des Tatie Danielle chez nous), de caractère plutôt “bon enfant”, il tolèrera volontiers des approximations horaires ou des gaffes. Par contre, il sera beaucoup moins tolérant vis-vis de l’impolitesse ou du manque de chaleur manifeste. Bref, si vous êtes “mauvais”, faites-le avec le sourire.

Notre fête nationale, c’est le 21 juillet. À cette occasion, une attention particulière (menu, bal, feu d’artifice, soirée spéciale,…) est particulièrement appréciée: un message à faire passer aux gestionnaires de campings, d’hôtels ou de villages de vacances; certains y pensent déjà mais pas tous…

Petite demande presque personnelle (mais partagée par la majorité de mes compatriotes): pourriez-vous faire en sorte que nous puissions facilement trouver une bière blonde (“pils”) autre que Aie-Nekken ou Craunambourre (j’ai volontairement “quelque peu” changé les noms) ?
Si nous apprécions énormément vos bons vins, une VRAIE petite bière fait toujours du bien quand il fait chaud.

Wallons, Flamands, Bruxellois,… les différences

Passé ces traits communs évoqués plus haut, il y a effectivement également des différences de taille entre Wallons, Flamands et Bruxellois. Pour ces derniers, le temps nous manque pour entrer dans le détail; ce sont peut-être les seuls “vrais” belges, à la croisée des deux cultures.

Nous différencierons donc principalement les belges néerlandophones (les Flamands et quelques Bruxellois) des belges francophones (Les Wallons et des Bruxellois également).

Le Flamand est fier de sa culture (et je parle bien de culture flamande, pas néerlandophone, car le flamand ne partage pas énormément de choses avec le voisin des Pays-Bas; à l’inverse du Wallon qui a une très forte proximité culturelle avec la France) et possède une conscience identitaire plus prononcée que le Wallon.

Bref, soyons clairs: le Flamand n’est pas un grand consommateur de culture populaire française: qu’il s’agisse de télévision ou de musique (c’est moins le cas pour le cinéma), ne pensez pas qu’il connait bien la France. Sur ces aspects précis s’entend: pour le reste, le Flamand qui séjourne en France est souvent cultivé d’un point de vue historique ou artistique; il sera d’ailleurs souvent sensible à ces aspects de votre offre.

Par contre, amis français, le Wallon sait tout de vous: à l’exception de M6 ou encore de C8, nous captons et consommons énormément de télévision française: de Top Chef à Des Racines et des Ailes en passant par On n’est pas couché, vos figures médiatiques nous sont bien familières. Je connais même des belges qui regardent Plus belle la vie ! Va savoir pourquoi… 😉
Bref, le client wallon (on dit “oualon” comme dirait l’ami Paul Fabing, comme on dit un “ouagon” de train… En passant, on ne dit pas BruXXXelles mais bien “Brusselle”; c’est comme ça, na !), excepté pour les traits culturels spécifiquement belges évoqués précédemment ne nécessite pas d’attention ou d’adaptation particulière et même s’il est belge (et donc pas futé, paraît-il selon la légende française), il vous comprendra parfaitement, même quand vous dites soixante-dix-huit ou quatre-vingt-quatorze.

Je vais en rester là; je ne voudrais pas abuser… J’aurais pourtant encore mille choses à dire. J’ai également été contraint de prendre quelques raccourcis dont je suis conscient mais j’espère avoir éclairé votre lanterne belge. Vivement juillet: je pars en Bretagne !

Pour terminer avec le sourire, voici un extrait d’une conférence donnée par notre Benoît Poelvoorde national (si vous voulez bien prononcer, dites “Poulevaurde”) à La Sorbonne devant un parterre de jeunes étudiants français qui l’interrogeaient sur la différence entre le cinéma belge et le cinéma français.