Pendant le confinement, on a beaucoup parlé du monde d’après. Dans notre secteur, on a eu l’impression que la crise sanitaire faisait enfin décoller le tourisme durable. Les médias nous ont renvoyé l’image de français qui partaient en France,  pour beaucoup d’entre eux à la campagne ou à la montagne en recherche de nature et même parfois de séjours éco-responsables.

Dans mon entourage de cadres sup et autres « bobos » parisiens, j’ai eu, en les interrogeant sur les vacances 2020, l’impression d’une vraie tendance : des vacances en France largement improvisées avec une forte recherche de nature et une préoccupation écologique affichée. Il est, d’ailleurs, assez intéressant d’écouter ces personnes qui ont l’habitude de partir à l’étranger, raconter leur vacances en France (et conster combien c’est plus cher de partir en France qu’en Grèce et que l’accueil n’est toujours au top…).

Donc la crise COVID + une prise de conscience du réchauffement climatique et de l’urgence à changer nos comportements auraient accéléré le changement mode de consommation de nos compatriotes pour les vacances ?

Je me suis demandé, au-delà de ne pas prendre l’avion et de limiter sa consommation de plastique à quoi correspondait des vacances éco-responsables ? Quelle est la problématique de l’offre et de la demande pour ce tourisme durable ?

Les urbains qui recherchent des vacances à la campagne voire en pleine nature sont-ils vraiment ces nouveaux touristes conscientisés et responsables ?

J’ai donc appelé Mélanie Mambré, fondatrice de Vaovert et j’ai eu envie de vous raconter l’histoire de cette start-up.

Vaovert c’est une plateforme d’hébergement écoresponsables de France, avec l’ambition d’être la plateforme de référence du tourisme en France. La promesse faite au client est de pouvoir y trouver un « séjour authentique et ressourçant dans le respect de l’environnement ».

En un mot, Vaovert veut devenir le « Booking des hébergement éco-responsables ».

Après avoir beaucoup voyagé dans le monde entier, Mélanie avec un enthousiasme et une énergie rare, a lancé en 2018 le prototype de Vaovert.  Avec un positionnement 100% France, ce qui prouve l’intuition de sa fondatrice dont l’expérience du voyage était surtout asiatique.

De la mise en relation à la réservation directe

En 2018, la start-up affiche 300 hébergeurs adhérents mais la première version de la plateforme ne permet pas la réservation directe : l’internaute est invité à faire une « demande de réservation » à laquelle l’hébergeur doit répondre. Résultat : 70% de perte entre la demande et la réservation effective. Et une énorme frustration pour l’équipe quand elle réalise que les internautes découvrent des hébergements sur Vaovert et finalement les réservent sur…Booking !

En 2020, Vaovert suivi par des investisseurs de l’Economie Sociale et Solidaire, se lance donc dans une refonte du site avec une connexion directe aux chanel manager des hébergeurs et la possibilité pour l’internaute de réserver réellement sur la plateforme. Un moteur de recherche efficace et une entrée par destinations :

Mais patatra, la crise du Covid surgit et Vaovert voit son catalogue diminuer de près de moitié : des établissements ferment, d’autres décident de faire l’impasse sur 2020  estimant que les protocoles sanitaires sont incompatibles avec l’atteinte d’un seuil minimum de rentabilité.

Enfin nombreux sont les hébergements à être, vite après le confinement, déjà complets et choisissent donc de n’ouvrir que la réservation directe et de se passer des plateformes intermédiaires.  Ces mêmes hébergeurs reviennent actuellement vers les intermédiaires comme Vaovert, l’arrière-saison apparaissant comme bien plus difficile que prévue.

Vaovert connaît donc une situation paradoxale : au moment où la demande est au plus fort pour les hébergeurs qu’elle distribue son offre n’est plus quantitativement suffisante du fait de leur occupation maximale.

C’est que Vaovert, contrairement à d’autres, a constitué un catalogue en opérant une véritable sélection, une réelle qualification de son offre, noue de vraies relations avec les hébergeurs et leur propose de nombreux services.

Qu’est-ce qui est durable ?

Ce qui est particulièrement remarquable c’est que Vaovert évalue l’éco-responsabilité des offres mais laisse à l’internaute le choix en affichant des scores.

Ainsi chaque hébergement (hôtel, gîte, camping, chambre d’hôte, éco-lodge, etc.) reçoit une note globale synthèse de 5 notes :

  • Habitat: qualité environnementale, isolation, peintures et enduits, toiture, produits d’entretiens, etc.
  • Energie: source d’énergie (photovoltaïque, poêle à bois, etc.) , ampoule, contrat énergies vertes, lampes, interrupteur, etc.
  • 3 R : « Réduire, réutiliser, recycler » : tri des déchets, compost, ampoule, recyclage piles, batteries, etc.
  • Manger sain : potager, produits d’accueil fait maison, bio, petit déjeuner de produits locaux, etc.
  • Partage : activités, prestation, sensibilisation des voyageurs aux pratiques écoresponsables, mise à dispo de vélos, etc.

Je trouve ce système de score hyper pertinent : au-delà du label, il montre l’engagement de l’hébergement et l’accompagne dans ses progrès. C’est valorisant et pédagogique tant pour le client que pour le professionnel hébergeur.

Vaovert établit ces score après une « enquête numérique » sur l’offre mais surtout à partir de longs questionnaires renseignés (et justifiés) par l’hébergeur et nombreux entretiens et échanges. Car l’hébergeur est considéré comme un adhérent : il paye une adhésion annuelle qui lui donne accès à des services (reportage photos, kit de sensibilisation écoresponsable, éco-guide du voyageur, etc.) et un véritable accompagnement de l’équipe de Vaovert (5/6 personnes pour la plupart diplômées et experts du tourisme durable). Ensuite, Vaovert prélève une commission de 13 % sur les réservations, commission dégressive jusqu’à 10%.

C’est, à mon sens, cette qualité de qualification de l’offre et de relation avec les hébergeurs qui fait tout sa valeur à Vaovert : appréhender la distribution digitale, à la Booking, en étant une entreprise de l’Economie Sociale et Solidaire voilà un défi passionnant !

Vaovert va donc devoir relever plusieurs défis : connecter tous ses adhérents pour proposer aux internautes la réservation en quelques clics, l’élargissement de son offre, sa fidélisation pour constituer un large catalogue tout en conservant cette qualité de relation et enfin faire face à l’apparition de concurrents qui eux peuvent parfois mettre en ligne une offre moins qualifiée mais de ce fait plus nombreuse.

Pour Mélanie, la crise de la Covid est clairement une épreuve pour de nombreux hébergeurs et Vaovert mais c’est aussi un tournant où une nouvelle demande, au-delà des « initiés », des « militants », se tourne vers des offres d’hébergement éco-responsable.

Les investisseurs ont reconnu la dynamique de ce marché et la compétence de Vaovert. Et les ambitions de l’équipe sont grandes puisqu’il s’agit, tout simplement et au-delà des discours, de concrétiser et rendre accessible une véritable offre française de séjour éco-responsable !

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Nicolas BARRET est aujourd'hui fondateur & CEO de UNIGO. Expert du marketing de destination, du e-marketing, Il propose aux entreprises du Tourisme, de la Culture et du Digital un accompagnement personnalisé, agile et engagé pour la création de valeur. Il publie, notamment, la revue de presse Tourisme & Digital, synthèse hebdomadaire et gratuite de l'actualité de la transformation numérique. Auparavant, il a été Directeur Destinations France de du Groupe Voyages-sncf.com où il a conduit le développement du marketing de destination. Il a, pour le leader européen du e-travel, élaboré de nombreux partenariats avec les acteurs du Tourisme français et mis en oeuvre d'importantes campagnes de promotion on-line.De 2002 à 2012, il était DGA du CRT Paris-IDF en charge du marketing, des études, de la promotion et des partenariats. Il a, en outre, mené une stratégie innovante de collaboration avec les OLTA, hébergeurs et transporteurs pour promouvoir et distribuer la destination Paris et sa région dans le monde entier. Entre 1995 et 2002 Nicolas BARRET a successivement été Consultant pour Price Waterhouse Management, Chef de projet Billetterie au Comité d’Organisation de la Coupe du Monde de Football FRANCE 98 et Conseiller Technique auprès de la Ministre du Tourisme.