Aujourd’hui Monsieur Sauternes se lance. Si tu veux retrouver le fil du feuilleton, tu peux remonter les 8 premiers épisodes à partir de mon profil. Toujours la même règle : un épisode en 2019 signes comme au temps du Covid19. La vie au ralenti, l’introspection, l’animalerie et les bizarreries des choix de l’époque. Bonne lecture en 4 § et bon son.

Les aventures de Monsieur Sauternes au temps du Covid 19 par François Perroy – Couverture par Pierre Eloy

Episode 9

Sauternes était chaud patate. Une frite précuite avant la plongée dans l’huile. Malhabile à l’apéro, il excellait dans la dégustation des vins. Et saluait certain muscadet en ouverture de palais pour atteindre la béatitude avec des meursault. Célébrant ses ondes cérébrales au vin blanc, il s’attaquait enfin à l’écriture. Son rêve d’écrivain tenait davantage de la quête d’un statut que de la capacité à écrire promptement.

Si l’on résume, ses relations sociales étaient éloignées : la vive Rachida Chasselas écumait le Pérou, Chablis pourchassait d’improbables trafics à moins de 1 euros l’unité masquée, la vieille Merlot était enfoncée dans les profondeurs d’un sol à faible irrigation, les vieux Tannat le tenaient à l’oeil mais ne possédaient le moindre bouchon de liège de pouvoir pour attirer des touristes. Chasseurs et gibier de la forêt alternaient leurs présences près de la villa. Les lapins fournissaient d’excellents morceaux chasseurs à la cocotte. Sauternes aimait le vin blanc qui aide à formuler des idées aiguisées, des mots vifs et des sentiments limés à la pierre à fusil. Il n’avait à l’instant aucune diablesse d’esprit et de corps comme il les aimait à proximité d’onde. Les bouteilles de meursault avaient cheminé dans sa 4 L depuis Boulogne-sur-Mer. On lui avait livré 1000 attaches galvanisées.

Dans des couleurs crépusculaires on entendit un cliquetis lent. Un son ancien portant ses notes dans la pinède vidée saturée du silence abrutissant du confinement parcellaire. Sauternes s’était lancé dans l’écriture ! Depuis qu’il en rêvait. De ses missions lointaines à Dayr Kifa au Liban à sa réinsertion civile, en passant par ses relations matures, joyeuses et juteuses avec Rachida Chasselas, dorée à souhait dès l’été venu, il n’aspirait qu’à écrire ses merveilleuses aventures.

Mais il fallait vivre. Et le temps du passage de l’intensité à la normalité, l’écriture s’était cantonné à des exercices de rewriting du meilleur de San Antonio. C’est qu’il en fallait des jours pour rédiger des idées à 24 carats. Enfin, il se jetait à l’eau sur sa machine à écrire de la Underwood Typewriter Company. Car cela était connu, un écrivain se devait d’écrire sur une Underwoord, de surcroît, seul au fond des bois après avoir tordu le col (de cygne) à quelques bouteilles de vin, blanc comme neige en signe d’un poème d’une blancheur éclatante au signal d’un crépuscule tonitruant des aventures d’un passeur de lumières et de matos frontalier.

Les aventures de Sauternes vont-elle prendre un nouveau tournant ? La suite samedi prochain ici-même dans le renommé blog etourisme.info