Les aventures de Monsieur Sauternes au temps du Covid 19 commencent aujourd’hui

Chaque pays et chaque époque connaissent des crises. Certaines nous lient ou délient encore plus à l’humanité. Nous sommes dans l’un de ces moments au cours desquels l’inattendu devient propriétaire du temps. Un feu d’artifice observé et vécu depuis le mitard. La solitude imposée est la particularité de ce Décaméron des temps modernes. Depuis sa création en 2006 par une poignée de gentils cinglés, le Blog etourisme.info a partagé des informations, des moments autour du tourisme et des innovations digitales. Jamais nous n’avions occupé l’espace du samedi. C’est désormais chose faite et je vais vous expliquer pourquoi et comment.

Mon propos est de vous proposer un feuilleton. Une série, parce qu’elle comporte des soubresauts, des personnages aux trajectoires multiples et entrecroisés, ne m’est pas apparue si adaptée. Nous recourons ici à l’écrit et non à la narration tournée et montée. Le feuilleton de presse, aussi appelé littérature du bas, était publié au rez-de-chaussée, c’est à dire en bas de page des journaux quotidiens, dans l’espace a priori le moins lu des journaux. C’est pour cela que j’ai choisi le créneau disponible du samedi matin.

Il y a une autre raison, c’est que la littérature du bas évoque un monde souterrain, enfoui dans les interstices de la vie. Nos vies confinées du moment, en discontinuité temporelle entre travail en miettes et loisirs contraints, ne sont que des pâles contrepoints des missions tenues avec acharnement par les héros de la santé et des forces publiques et des soutiens privés associés qui alimentent et tiennent le front.

Ce feuilleton ne traitera pas spécifiquement de tourisme et de digital, quoi que parfois il s’en rapproche. Il sera composé d’épisodes autonomes en moins de 2019 signes, comme notre ennemi commun le Covid 19. Il épousera tantôt des histoires de tous les jours, presque en temps réel, parfois il reprendra les ressorts du genre cliffhanger, au bord de la falaise. Il sera éventuellement bon dans quelques-uns de ses épisodes, probablement mauvais dans d’autres.

Ce feuilleton est une innovation pour moi, un appel à l’imaginaire. Il est une fiction totale et repose sur un sujet sans trompettes ni tambours, ni masques d’ailleurs. Il offrira, je l’espère un moment de détente et d’essai de compréhension et partage de nos tranches de vies recluses. Je le tiendrai les samedis, parfois il se glissera un autre jour dans la semaine selon les circonstances. Il s’arrêtera soit pour raison indépendante, soit pour grève de la pensée, soit à la fin des événements, mais dépassera, je l’espère, le temps du confinement tant la suite à venir nous promet des moments qui forceront nos capacités d’adaptation et d’imagination.

Pourquoi Monsieur Sauternes ? Usurpateur, faussaire, rentier, Monsieur Sauternes se sentait tout cela à la fois depuis l’émergence de la pandémie. Sa vie professionnelle, tout en déplacement, avait mûri dans la volupté de brumes liquoreuses. Changeant de lieu de vie et d’occupation comme d’autres se brossent les dents avec un soin méticuleux, Monsieur Sauternes découvrait pour la première fois que le stationnement, le confinement et la solitude constituaient une expérience nouvelle.

Je tiens du hasard le plus panoramique, autant que cela soit possible dans un confinement, qui modifie nos vies, ce récit inédit que je m’apprête à écrire et à vous partager. Ce saut, je me dois de vous l’indiquer, me conduit vers un vide à la profondeur inconnue. Je ne sais pas ce qu’il adviendra à Monsieur Sauternes. La couverture de ce feuilleton a été réalisée par l’ami créatif et d’excellente composition Pierre Eloy. Bonne lecture et bon confinement, respectueux de l’immense travail conduit par les soignants et les acteurs de la production indispensable à la sécurité du plus grand nombre.

Les aventures de Monsieur Sauternes au temps du Covid 19 par François Perroy – Couverture par Pierre Eloy

Les aventures de Monsieur Sauternes au temps du Covid 19 commencent ici

Monsieur Sauternes contemplait le paquet qu’il venait de recevoir d’un livreur envoyé de la part d’une entreprise mondiale à la réputation cavalière. L’emballage était conforme à la description. L’idée d’ouvrir le paquet et de vérifier que 1000 unités étaient bien présentes effleura son esprit.

Il aurait pu le faire. Mais il eut fallu qu’il débarrassât la nappe cirée de ses occupants. Des mugs culottés, des boîtes de pâté de foie en conserve, un cageot de carottes des Landes, des crayons et des cornichons. Des boîtes paracétamol 1000 gr. Cela eut demandé du temps. Le livreur pressé avait déposé le paquet sur la boîte à lettres et lui avait demandé sans aménité de ne pas s’approcher mais de signer l’écran de son terminal électronique signifiant que la commande avaient bien été déposée au bon endroit, le jour J.

1000 trombones attaches galvanisés

Monsieur Sauternes avait également réceptionné un lot de cartes de visites qu’il avait maquettées via une plateforme en ligne. Sauternes, écrivain à Bourrindays, telle était la mention, suivie de l’adresse précise de l’airial et de son téléphone filaire.

A bord de sa 4L il avait pu quitter Boulogne pour descendre vers son repaire. Les ronds-points n’étaient pas encore surveillés. C’est par la Beauce, les campagnes de la Loire, du Poitou et par le dernier bac du Médoc qu’il avait pu rejoindre la forêt réparatrice. Dans son automobile s’entassaient ses effets pour une période indéterminée. Une cagoule et des gants de ménage ainsi que de nombreux souvenirs.

Sauternes avait tenu la route ne rencontrant ni danger, ni gendarmes. Il avait bien préparé son affaire. Entendant le président à la radio pour sa première intervention conduisant à la réclusion nationale, il n’avait pas barguigné. La situation ne l’étonnait pas, c’était d’ailleurs en prévision des événements qu’il avait passé commande en dirigeant son expédition vers Bourrindays.

Ses trombones attaches galvanisés et ses cartes de visite arrivaient le lundi matin, soit trois jours après sa propre installation. On livrait encore, dans l’immensité du vide qui préside aux grandes destinées. A l’heure de la distanciation sociale et géographique et de l’Internet comme bien commun, au même titre que l’eau, l’avait décidé le gouvernement et ça c’était une franche nouveauté, qu’allait-il pouvoir faire d’autant de trombones attaches galvanisés et de cartes de visite ?

PARTAGER
Article précédentDes tips pour le confinement
Prochain articleSaisir les opportunités du confinement
François Perroy est aujourd’hui cofondateur d'Agitateurs de Destinations Numériques et directeur de l’agence Emotio Tourisme, spécialisée en marketing et en éditorial touristiques. Il a créé et animé de 1999 à 2005 l’agence un Air de Vacances.  Précédemment, il a occupé des fonctions de directeur marketing au sein de l’agence Haute Saison (DDB) et de journaliste en presse professionnelle du tourisme à L’Officiel des Terrains de Camping et pour l'Echo Touristique. Il écrit par ailleurs des ouvrages et articles techniques sur le tourisme ainsi que des créations plus personnelles. Contact : fperroy at etourisme.info (cette adresse apparait en clair pour éviter les robots)